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Molière  (2007)

Milan Music (5 février 2007) - | Original Score [musique originale]


 

Frédéric Talgorn compose pour ce film de Laurent Tirard (avec Romain Duris, Fabrice Luchini, Laura Morante, Edouard Baer, Ludivine Sagnier et Fanny Valette), après une année 2006 bien remplie et inspirée (avec Les Aiguilles Rouges, Nos jours heureux et Président).



[© Texte : Cinezik] • 3299039910320
Molière

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Thème De Molière (1:06)
2. Lever De Jour Et Visite Au Frère Du Roi (2:13)
3. Page Blanche (0:42)
4. Au Chevet D'Elmire/Flashback (1:38)
5. Thème De Célimène (1:38)
6. Arrivée De Molière Chez Jourdain (4:54)
7. Molière Précepteur (2:02)
8. Musique De Table (0:28)
9. Montrez-Moi Ce Que Vous Savez Faire! (3:05)
10. Tentative De Fuite (1:12)
11. Dorante (1:45)
12. Jeux De Miroirs (4:03)
13. Molière Et Elmire (2:51)
14. Professeur De Chant (0:30)
15. Scènes De Chasse/Interlude (3:47)
16. Jourdain Rencontre Célimène (2:25)
17. La Galère (1:52)
18. Coup De Théatre Chez Célimène (2:18)
19. Molière Et Elmire Pris Sur Le Vif (0:46)
20. Départ De Chez Jourdain (3:52)
21. Au Théatre (1:39)
22. Mort D'Elmire (4:53)
23. Générique De Fin (6:31)
24. Past Times, Past Lives (2:58)

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Dès l'ouverture ("Thème de Molière"), Frédéric Talgorn nous délivre un superbe thème rythmé, malicieux et noble, exprimant en quelques notes la grandeur d'âme de Molière et surtout son ambition artistique (le film insiste souvent sur ce point, donnant au personnage de Romain Duris la pleine conscience de son talent et son importance dans l'histoire du théâtre). Le thème reviendra souvent par la suite, pour structurer et rythmer l'ensemble du film (comme des actes) et rappeler au spectateur qu'il a affaire à Molière dans telle scène (donc : ne pas oublier qui il est vraiment !).

L'instrumentation est classique, mais il ne s'agit pas réellement de "musique d'époque" : seul un clavecin et l'utilisation des cordes nous rappelle l'époque sans pour autant y faire explicitement référence. Talgorn préfère la suggestion, et crée une bande originale plus intemporelle, pour notre plus grand plaisir. Les morceaux suivant sont dans la même veine : tantôt légers et pétillants, tantôt plus dramatiques ("Au Chevet D'Elmire" rappelle l'écriture de cordes de John Williams sur La Revanche des Sith, c'est dire !), le compositeur alterne entre le rire et les larmes, avec subtilité et délicatesse et écrit de la vraie "musique de comédie" dans tous les sens du terme. Le personnage du bourgeois interprété par Fabrice Luchini est naturellement affublé d'une musique potache et grotesque.

Cependant, Talgorn ne joue pas toujours la carte de facilité et de la dérision, et accentue quand il le faut la note dramatique de sa musique, comme l'explique Laurent Tirard dans le livret : « Frédéric m'a souvent surpris dans sa vision de certaines scènes, et je lui en suis sincèrement reconnaissant de m'avoir obligé à accepter le potentiel émotionnel de certains moments (je pense notamment à la scène du miroir), alors que, pas excès de pudeur, j'étais tenté de jouer la carte de l'ironie. » En effet, dans la scène romantique ("Molière Et Elmire"), Talgorn se fait sensible et plein de pudeur, évitant les clichés ou l'emphase (les dialogues font le reste), même s'il se se prive pas de décrire l'ivresse des sentiments par des morceaux enlevés et grandioses par moments, comme le superbe "Molière et Elmire pris sur le vif"). Pour finir, Talgorn se fait plus solennel (mais toujours en retenue) dans "La Mort d'Elmire", longue pièce mélancolique de près de cinq minutes, avec un motif répétitif de cordes graves, tristes et généreuses : superbe. Le disque se clôt en beauté avec un générique de fin somptueux et brillant, rassemblant l'essentiel des thèmes du film, dans la tradition de la musique hollywoodienne des "End Titles" qui rappellent musicalement les moments forts du film, ainsi que sur une pièce délicate et mélancolique intitulée "Past Times, Past Lives", un morceau étonnant qui tranche avec le reste du score par sa profondeur. Impressionnant.

Encore une fois, après Les Aiguilles Rouges et Président, on apprécie les grandes qualités mélodiques de l'écriture (toujours raffinée par ailleurs) de Frédéric Talgorn, décidément très inspiré ces derniers temps, avec un quasi sans-faute à chaque film. Apportant son lot de moments légers et dramatiques, Talgorn sait toujours révéler l'émotion d'un film au bon moment, quitte à surprendre le spectateur (et même ici le réalisateur lui-même !), son expérience du cinéma américain aidant pour la construction dramatique de l'ensemble, toujours au poil (même si sur le disque il y a parfois quelques longueurs). Bref, le retour de Frédéric Talgorn dans le cinéma français fait beaucoup de bien et Molière le confirme encore, après le déjà excellent Président. Vivement la suite !

Sylvain Rivaud

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