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Le Parfum   (2006)

Perfume : The Story of a Murderer • de • En salle le --2006

B.O de Reinhold Heil



Tom Tykwer, cinéaste allemand virtuose, avait déjà participé à la musique rythmée de Cours, Lola Cours en 1999, aidé de ses compères musiciens Reinhold Heil et Johnny Klimek, du groupe Pale 3, avec qui il collabore depuis plus de dix ans, après déjà cinq collaboration au cinéma. Ils signent ici leur oeuvre phare, l'une des plus belles musiques de film de l'année 2006.

[© Texte : Cinezik] •

Le Parfum

Emi Classics (ALL : 01/09/06 - FR : 02/10/06)
Durée : 1:10:03

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Prologue / The Highest Point (1:50)
2. Streets Of Paris (3:07)
3. The Girl With The Plums (5:26)
4. Grenouille's Childhood (5:15)
5. Distilling Roses (1:52)
6. The 13th Essence (2:26)
7. Lost Love (1:42)
8. Moorish Scents (5:08)
9. Meeting Laura (4:10)
10. The Method Works! (3:27)
11. Grasse In Panic (5:33)
12. Richi's Escape (4:26)
13. Laura's Murder (3:03)
14. Awaiting Excecution (3:06)
15. The Perfume (5:28)
16. The Crowd Embrace (3:01)
17. Perfume - Distilled (7:12)
18. Epilogue - Leaving Grasse (2:54)

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Attention, chef d'oeuvre ! Si le film a été décrié ici et là pour ses maladresses (réelles mais oubliables), le film de Tom Tykwer a aussi marqué des milliers de spectateurs grâce à une mise en scène ambitieuse et somptueuse, qu'on pourra à juste titre qualifier de maniériste par moments, mais qui donne la part belle aux sens : tandis que la vue est comblée par une image soignée, les textures et le goût habilement suggérés par l'image, les parfums sont comme évoqués par la musique, élément comparable aux odeurs par sa nature inivisible et insaisissable, seulement sensorielle. Nul ne peut décrire ou imaginer un parfum sans décrire ou imaginer des sensations ou des souvenirs : il en est de même pour la musique. En ce sens, la partition de ce film a une importance promordiale à l'image, et joue même un rôle dramatique de premier ordre dans la mise en scène, en participant au sens même - ou aux sens - du film.

Partition classique, ample et généreuse, extrêmement mélodique (plus d'une demi-douzaine de thèmes évoqués), la musique du Parfum est l'âme du film, le fil rouge d'une histoire où les sens sont mis à l'épreuve. Tom Tykwer a tapé fort en convoquant pour l'occasion l'Orchestre Philarmonique de Berlin pour l'interprétation de la musique (élu meilleur orchestre du monde en 2006 par les spécialistes), sous la direction de l'un des plus grands chef d'orchestre actuels, Sir Simon Rattle. Etonnamment, le chef britannique connaissait le travail du cinéaste allemand pour avoir vu Cours, Lola, Cours, que des amis lui avaient conseillé afin de sa familiariser avec sa nouvelle ville, Berlin : "Depuis, j'admire le travail de Tom, et je me suis toujours dit que puisque désormais nous habitions tous les deux à Berlin, nous devrions vraiment nous rencontrer !".

L'adaptation du Parfum en fut l'occasion. Il ne restait plus qu'au trois compositeurs de livrer leur partition au maître anglais. "Entendre notre musique interprétée par ce grand orchestre pour la première fois était très émouvant, raconte Johnny Klimek. Le son du Berliner Philarmoniker est plus beau encore que ce dont nous avions rêvé". Reinhold Heil ajoute : "Pouvoir travailler avec l'un des meilleurs orchestres de la planète a été une chance extraordinaire !". Tom Tykwer commente : "Sir Simon Rattle a utilisé la personnalité et l'énergie de l'orchestre pour apporter une toute nouvelle dimension à notre partition".

Sous la direction de Simon Rattle, l'interprétation est sans faille, l'orchestre traduisant avec subtilité l'essence de la musique, ses sonorités sucrées et éthérées, mais aussi provoquant le malaise quand l'horreur est suggérée à l'image. Comme dans le film, beauté et laideur se succèdent avec des plages tantôt lyriques, tantôt plus difficiles, créant dans l'album une alternance de morceaux grandioses, savoureux, dérangeants, atmosphériques, rythmés, lancinants, créant une attente, une tension, ou développant au contraire un sentiment exacerbé, au regard de la personnalité de Jean-Baptiste Grenouille, jeune homme torturé par la vie et par les sens.

A la partition orchestrale, dense et complexe, s'ajoute un travail vocal impressionnant, inspiré de la musique sacrée (choeurs éthérés, chants caverneux...), interprété par le Choeur National de Lettonie. Les personnages féminins sont quant à eux décrit par une voix soprano (Chen Reiss ou Melanie Mitrano) qui domine littéralement la partition orchestrale (notamment dans le magnifique "Meeting Laura", où la voix fait une apparition quasi divine dans la bande son au même titre que l'actrice Rachel Hurd-Wood à l'image). Compositeurs électroniques à la base, Tykwer, Heil & Klimek convoquent également quelques sonorité électro discrètes au sein de leur partition orchestrale (dans 5 morceaux sur les 18 publiés sur le CD), rythmant la musique sans alourdir la partition, en créant une couche supplémentaire qui donne une couleur toute particulière au score. Parmi les morceaux anthologiques du CD, on retiendra également "The Perfume" et "The Crowd Embrace", illustrant les troublantes scènes de fin (qui furent aussi les plus délicates à adapter), où la musique passe progressivement d'une attente trouble à un lyrisme grandiose, quasi impressionniste, qui ne pourra pas laisser de marbre l'auditeur sensible aux grandes envolées orchestrales lumineuses teintées de mysticisme.

Ainsi, la musique du Parfum décrit sans détour les sensations olfactives de la même manière que l'image tente de les suggérer par des mouvements de caméra et des gros plans sur ce qui dégage des odeurs. Et si parfois la musique envahi l'écran (au risque de paraître excessive), c'est pour mieux enivrer le spectateur comme ces parfums qui font dériver Grenouille vers la folie et l'obsession. Obsessionnelle, c'est peut-être l'adjectif qui pourrait qualifier cette musique, qui malgré ses excès et ses répétitions, développe des idées puissantes et enivrantes, avec une richesse mélodique et harmonique rarement entendue au cinéma depuis longtemps. A déguster avec modération, mais pour mieux en apprécier les saveurs inoubliables. Sans aucune doute la BO la plus inspirée de l'année.

Sylvain Rivaud

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