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Stay Alive  (2006)

Nicabella Records (US : 10 mai 2006) | Original Score [musique originale]


Un score horrifique intelligent et étonnant, qui change un peu de la routine hollywoodienne habituelle même si la plupart des codes musicaux y sont repris, mais agencés différemment. Frizzell nous prouve qu’il aime expérimenter avec des alliages de sonorités inédits, comme il l'avait fait d’une façon plus nuancée dans certains passages de Alien Resurrection ou de 13 Ghosts.

[© Texte : Cinezik]
Stay Alive

Tracklist

1. Entering the House (1.51)
2. Loomi's Funeral (2.18)
3. Playing the Game (6.03)
4. Finn Plays Alone (1.55)
5. Strange Things... (1.21)
6. Investigation (3.01)
7. Phinn Dies (1.21)
8. Mourning Phinn (2.04)
9. Hutch's Story (1.39)
10. Loomi's House (2.07)
11. Meet the Counters (2.34)
12. End of October (1.10)
13. Winning by a Rose (3.25)
14. Abigail is Captured (1.39)
15. Going Below (2.05)
16. Countess and Abigail (1.36)
17. Final Encounter (2.12)
18. In Stores Now (0.45)

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La musique de John Frizzell est l’un des rares points positifs de Stay Alive. Frizzell a toujours manifesté un goût sur pour l’expérimentation, et grâce à Stay Alive, le jeune compositeur a enfin eu l’occasion de mettre en avant certaines idées neuves pour coller au plus près à l’ambiance spéciale du film de William Brent Bell. Le compositeur devait trouver une idée pour représenter le concept de la réalité perceptive, ou de l’effacement des frontières entre réel et virtuel. Pour se faire, il a donc eu l’idée d’utiliser un orchestre symphonique et d’enregistrer une partie de l’orchestre sur ordinateur afin de remanier ces parties à l’aide du logiciel de traitement de son ProTools. On se retrouve donc avec une partie orchestrale jouée en "live" et une partie enregistrée et trafiquée sur ordinateur. Du coup, le concept de réel/virtuel apparaît dans toute sa splendeur dans la musique de John Frizzell. L’idée peut paraître simple en soi, encore fallait-il y penser! Frizzell installe donc tout au long du film une atmosphère particulièrement sombre, macabre et mystérieuse, mêlant l’étrange et l’oppressant avec une agilité certaine.

Dès l’introduction, ‘Entering the House’, la musique donne le ton: cordes sinistres et agitées, sonorités glauques et sons de cordes déformés sur ProTools. Ce sont les sonorités trafiquées des cordes qui attirent ici notre attention, Frizzell jouant sur les différents paramètres du son comme l’attaque, la durée ou la réverbération du son pour créer ces sons étranges, froids et bizarrement électroniques, parfaitement intégrés dans l’ambiance musicale associée au jeu vidéo Stay Alive. ‘Entering the House’ fait monter la tension en personnifiant la menace et la terreur de la comtesse de sang durant la scène introductive dans le jeu. ‘Playing the Game’ se fait ainsi l’écho de ‘Entering the House’ en reprenant son mélange sons live/déformés pour accentuer l’expérience virtuelle cauchemardesque. A noter que le début du morceau correspond à l’introduction du jeu, exposant le très mystérieux thème de la comtesse de sang personnifié ici par des harmonies sombres et un choeur samplé qui possède un côté quasi mystique assez angoissant. Le thème est joué ensuite par un piano lointain, une mélodie elle aussi profondément mystérieuse, un air qui semble surgir d’une autre époque. Frizzell y prolonge son travail sur les sons et nous propose un cocktail assez intrigant, qui possède une réelle personnalité dans ses textures sonores étranges, personnalité qui apporte beaucoup à l’ambiance du film de William Brent Bell. A noter l’utilisation de traits de cordes vers le milieu de ‘Playing the Game’ qui évoque par moment par son côté très écrit maintes partitions thriller de Bernard Herrmann à l’ancienne (comme toujours, John Frizzell reste soumis à beaucoup d’influences). On trouvera même un motif de cordes de 4 notes répétées inlassablement pour évoquer les parties à l’intérieur du jeu vidéo.

‘Finn Plays Alone’ prolonge cette ambiance sombre et étrange lorsque Phineas continue de jouer au jeu seul, tandis que ‘Strange Things’ et ‘Investigation’ accentuent l’atmosphère plus mystérieuse et pesante d’un score clairement orienté vers la terreur et le suspense. ‘Investigation’ dévoile quand à lui un motif de piano mystérieux que l’on pourrait appeler "thème de l’enquête" et qui est entendu ici lorsque Hutch et ses amis cherchent à découvrir la vérité au sujet de tous ces terrifiants meurtres en rapport avec Stay Alive. A noter une reprise du thème de la comtesse de sang au piano à la fin du morceau, comme pour rappeler la présence démoniaque de la terrifiante comtesse. Les meurtres sont évoqués de façon froide et macabre comme ‘Phinn Dies’ ou ‘End of October’. Dommage ceci étant dit que Frizzell ait tendance à reprendre les mêmes éléments enregistrés tout au long du score, ce qui donne l’impression d’un score somme toute très répétitif malgré ses bonnes idées initiales. On a même parfois l’impression que le compositeur tourne en rond dans ses idées. Ceci étant dit, un morceau comme ‘End of October’ est une magnifique démonstration de ce que la MAO (musique assistée par ordinateur) peut nous offrir en terme de sonorités inédites à l’aide de samples enregistrés à partir de vrais instruments et de vrais orchestres. Frizzell répète durant la scène de la mort d’October le même motif de cordes ascendantes reprises de ‘Entering the House’ sous différentes versions, la normale d’abord puis une légèrement plus accélérée, plus aigue, plus fine, saccadées avec des notes en moins, etc. A l’écran, s’il paraît évident que l’on ne pourra malheureusement pas apprécier toutes ces subtilités, l’écoute sur l’album demeure assez passionnante même si l’on regrette le manque de renouvellement du score qui donne parfois l’impression de tourner un peu en rond à la longue.

Les passages à suspense/atmosphérique sont parfois moins intéressants à l’écoute comme c’est le cas pour ‘Meet the Counters’, ‘Going Below’ ou ‘Loomi’s House’, lorsque Hutch et Abigail explorent ensemble la maison de Loomis pour rechercher des preuves et des indices. Frizzell nous offre même quelques passages plus intimes et apaisés comme ‘Loomi’s Funeral’ (scène où Hutch se rend aux funérailles de son ami au début du film) avec son traditionnel mélange piano/cordes ou le mélancolique ‘Mourning Phinn’ lorsque October rumine sur la mort de son frère Phineas après son meurtre, sans oublier ‘Hutch’s Story’ avec son mélange cordes/piano/violoncelle du plus bel effet, lorsque Hutch raconte son histoire sur l’origine de sa phobie du feu qui remonte à un drame survenu au cours de son enfance. Les derniers morceaux basculent dans la terreur pure pour la confrontation contre la comtesse de sang avec le sinistre ‘Abigail is Captured’ ou le violent ‘Final Encounter’ où la musique se veut plus chaotique comme la séquence en elle même, la seconde partie du morceau étant nettement plus apaisée. A noter que Frizzell reprend dans ce morceau le mystérieuse thème de la comtesse de sang aux cordes, dans une version qui rappelle curieusement les premières notes du thème de Schindler’s List de John Williams (coïncidence ?). Finalement, ‘In Stores Now’ marque le retour du motif de cordes trafiquée de ‘Entering the House’, que Frizzell s’amuse même ici à coller sur la partie réelle non trafiquée, idéal pour conclure cette étrange partition horrifique en beauté, le jeu vidéo étant toujours présent et prêt à étendre sa malédiction sur de futurs joueurs.

Stay Alive est une partition horrifique à la fois conventionnelle et originale, tour à tour classique et déroutante. John Frizzell désormais avec habileté toutes les conventions musicales du genre pour pouvoir dorénavant s’autoriser quelques touches expérimentales plus surprenantes qui permettent de rompre un peu avec la routine hollywoodienne habituelle. Du coup, la musique apporte au film une réelle personnalité musicale, le score se transformant en une expérience particulière sur l’album qui, grâce à ses 39 minutes de score, retranscrit toute l’atmosphère si étrange et inquiétante de la musique du film de William Brent Bell. Voilà donc un score horrifique intelligent et étonnant, qui change un peu de la routine hollywoodienne habituelle même si la plupart des codes musicaux y sont repris, mais agencés différemment. Frizzell nous prouve qu’il a décidément plus d’un tour dans son sac et qu’il aime expérimenter avec des alliages de sonorités inédits, quelque chose qu’il nous avait déjà fait comprendre d’une façon plus nuancée dans certains passages de Alien Resurrection ou de 13 Ghosts. Dommage que le score ait tendance à devenir très répétitif vers le milieu du film. Un score somme toute assez remarquable, sans être pour autant le chef-d’oeuvre du siècle!

Quentin Billard

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