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Thor  (2011)

Walt Disney Records (25 avril 2011) - 1:11:40 | Original Score [musique originale]


 

Le compositeur écossais signe ici sa neuvième partition musicale pour un film de Kenneth Branagh. Cette fois-ci, Doyle change quelque peu de registre avec « Thor » et se tourne désormais vers un style musical plus hollywoodien, teinté de percussions synthétiques et de rythmiques modernes.



[© Texte : Cinezik] • 5099902832852
Thor

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Chasing The Storm
2. Prologue
3. Sons Of Odin
4. A New King
5. Ride To Observatory
6. To Jotunheim
7. Laufey
8. Frost Giant Battle
9. Banishment
10. Crisis In Asgard
11. Odin Confesses
12. Hammer Found
13. Urgent Matter
14. The Compound
15. Loki's Lie
16. My Bastard Son
17. Science And Magic
18. The Destroyer
19. Forgive Me
20. Thor Kills The Destroyer
21. Brothers Fight
22. Letting Go
23. Can You See Jane?
24. Earth To Asgard

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Comble du comble, le compositeur, connu pour son sens du lyrisme et de la mélodie, tombe lui aussi en plein dans les concessions et a dû se plier aux exigences d'une production frileuse, désireuse de retrouver sur « Thor » un son plus proche de l'univers musical de chez Remote Control et toute la bande à Hans Zimmer. Décidément, la mode des musiques d'action made in Zimmer est plus que jamais tenace à Hollywood, et touche de plus en plus des compositeurs symphonistes autrefois considérés comme des musiciens intègres (cf. Alan Silvestri sur « G.I. Joe », Trevor Jones sur « G.I. Jane » mais aussi les récents travaux de Daft Punk sur « Tron Legacy », James Horner sur « Avatar » ou ceux de James Newton Howard et Brian Tyler).

Le score de « Thor » est l'exemple même de la musique d'action hollywoodienne d'aujourd'hui, dans laquelle les compositeurs sont obligés d'adopter des schémas musicaux préconçus. Ne soignez donc pas étonné si, en écoutant la musique de « Thor », vous reconnaîtrez des accords à la Hans Zimmer, des sonorités à la Steve Jablonsky ou des rythmes à la Ramin Djawadi. Le résultat est pourtant très réussi dans le film. Après une introduction relativement sombre (« Chasing the Storm ») dans laquelle Doyle utilise les cordes du prestigieux London Symphony Orchestra et quelques parties chorales, la conclusion du morceau introduit tout un lot de percussions 'action' musclées qui seront au coeur même de la partition de « Thor » : ce sont d'ailleurs ces percussions qui apportent un côté « Remote Control » totalement impersonnel au score de Patrick Doyle et qui paraissent parfois de trop sur les images.

Dans « Prologue », les percussions fonctionnent encore, avec un orchestre couplé à des choeurs grandioses mais une écriture orchestrale assez simpliste pour du Doyle, à base de choeurs, de cuivres et d'ostinatos de cordes tendance « The Dark Knight » de Zimmer. La musique réussit pourtant à illustrer l'immensité fabuleuse du royaume d'Asgard et les pouvoirs mythiques de Thor, le compositeur en profitant pour annoncer et développer pour la première fois le thème principal associé à Thor dans le film, thème ample, majestueux et solennel qui n'est pas sans rappeler certains thèmes de « Hamlet » ou même « Henry V ».

Dans « Sons of Odin », on retrouve cette idée de solennité avec un deuxième thème attaché aux splendeurs du puissant royaume d'Odin constitué d'harmonies majestueuses des cuivres sur fond de cordes virevoltantes et de percussions martelées. Dommage cependant qu'ici aussi la simplicité des rythmes et le caractère étrangement plat des orchestrations (très peu de bois utilisés) nous renvoie clairement à du Steve Jablonsky façon épilogue de « The Island », d'autant que les percussions paraissent parfois totalement inutiles et surchargées sur les images - on a parfois l'impression étrange qu'elles ont été simplement ajoutées sur les images pour rendre la musique plus 'moderne' et plus proche des goûts du public actuel, là où un accompagnement orchestral normal et sans percussion aurait fonctionné tout aussi bien si ce n'est mieux. Que voilà donc un bien étrange parti-pris musical de la part de Patrick Doyle, épousant ici le son et les tics de l'univers musical d'Hans Zimmer et de toute sa bande.

Le thème solennel de Thor revient dans « A New King », pour la scène du couronnement (avorté) de Thor. Ici aussi, la majestuosité de l'orchestre renvoie à certaines partitions shakespeariennes plus anciennes de Patrick Doyle, même s'il est regrettable de retrouver encore une fois les percussions 'action' un brin envahissantes et assez surfaites sur les images. C'est le cas notamment de « Ride to Observatory », où le thème majestueux d'Asgard « Sons of Odin » revient, tout comme « To Jotunheim » et ses ostinatos de cordes simplistes. La musique devient plus sombre lors de la scène d'affrontement avec « Laufey », privilégiant davantage les cordes du LSO, tandis que l'action prend le dessus sur le percussif et cuivré « Frost Giant Battle » lors de la séquence de la bataille contre les géants des glaces, premier grand morceau d'action malheureusement gâché par un style totalement impersonnel, mais qui apporte suffisamment d'énergie et d'excitation à cette scène d'action. Certains passages plus dramatiques apportent un semblant d'émotion comme « Science and Magic » et son écriture plus lyrique et suave des cordes évoquant la romance naissante entre Thor et Jane, « Letting Go » et son utilisation touchante du piano ou « Can You See Jane ? » et sa très belle partie de violoncelle soliste. On appréciera pour finir l'ultime reprise grandiose et épique du thème principal dans « Earth to Asgard » pour le générique de fin.

« Thor » reste donc un score frustrant sur plus d'un point, car assez réussi dans le film mais incroyablement impersonnel et anecdotique dans la carrière d'un compositeur pourtant talentueux comme Patrick Doyle. Jusqu'à présent, sa collaboration avec Kenneth Branagh était quasiment un sans-faute, mais avec « Thor », le compositeur semble décevoir quelque peu pour la première fois, alors que l'on était en droit d'attendre autre chose sur un film pareil qu'une banale musique d'action épique à la Remote Control. Voilà donc un score épique fonctionnel et réussi sur les images, mais qui risque fort d'en décevoir plus d'un par son manque de personnalité, sa trop grande simplicité (orchestrations plates, percussions envahissantes, ostinatos de cordes entendus 1000 fois auparavant, etc.) et ses trop nombreuses concessions faites à un univers musical qui n'a rien à voir avec celui de Patrick Doyle !

Quentin Billard

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