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La Guerre des mondes  (2005)

War Of The Worlds

Decca (28 juin 2005) - 1:01:12 - en digital | Original Score [musique originale]


 

Après un STAR WARS Episode III d'excellente facture, on était en droit d'attendre de John Williams une partition exceptionnelle pour le non moins exceptionnel nouveau film de Steven Spielberg, adapté du célèbre roman de H.G Wells. Dans la droite lignée de l'excellent MINORITY REPORT, le trio Spielberg / Cruise / Williams accouche une nouvelle fois d'une oeuvre majeure et radicale.



[© Texte : Cinezik] •
La Guerre des mondes

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Prologue (2:54)
2. The ferry Scene (5:49)
3. Reaching The Country (3:24)
4. The Intersection Scene (4:13)
5. Ray and Rachel (2:42)
6. Escape From The City (3:49)
7. Probing The Basement (4:12)
8. Refugee Status (3:51)
9. The Attack On The Car (2:44)
10. The Separation Of The Family (2:36)
11. The Confrontation With Ogilvy (4:34)
12. The Return To Boston (4:29)
13. Escape From The Basket (9:21)
14. The Reunion (3:17)
15. Epilogue (3:11)

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A la première écoute, la musique de John Williams pour LA GUERRE DES MONDES est sans aucun doute l'une des plus difficile d'accès qu'il ait composé depuis des années. C'est donc bien loin des thèmes de JURASSIK PARK ou de HOOK que rôde l'ambiance désespérément sombre de ce film qui ne raconte rien de moins que la fin du monde.

De la même manière que le film de Spielberg s'inspire des films catastrophes des années 40 et 50, John Williams s'inspire de ses prédécesseurs de l'époque à travers une orchestration dense qui rappelle certaines partitions de Herrmann ou Korngold. Force est de constater que si John Williams excelle pour trouver les meilleures mélodies du cinéma (quand même, les thèmes de JAWS, STAR WARS, INDIANA JONES, E.T, etc, ce n'est pas rien), c'est aussi un compositeur de "musique savante", qui manie à merveille l'écriture orchestrale atonale et contemporaine, comme on avait pu l'entendre dès 1973 sur IMAGES (pour le film de Robert Altman), où Williams délivrait un score presque entièrement expérimental (malheureusement toujours inédit en CD), ou plus récemment, sur MINORITY REPORT, qui comportait déjà de bien sombres morceaux, d'une complexité orchestrale à couper le souffle.

La musique de LA GUERRE DES MONDES, c'est la même chose, encore plus radical.
Après un prologue latent sur lequel on peut entendre la voix de Morgan Freeman, le premier "gros morceau" du CD se lance : "The Ferry Scene", qui nous rappelle que même à 73 ans, papy Williams en a encore dans le ventre, en développant un morceau d'une exceptionnelle complexité, sombre et malsain, qui annonce le pire.
C'est dans un fracas assourdissant que l'on découvre ensuite "The Intersection Scene", morceau-clé du score, probablement le plus sombre de l'album. Des percussions lourdes et soutenues rythment ce passage de 4 minutes qui ne dévoile pas un seul instant de lumière ou d'espoir : l'ambiance y est totalement désespérée.

Le morceau suivant, "Ray and Rachel", permet de souffler après ces passages terrifiants, avec un thème plus lumineux, chaud et humain, mais qui transpire encore une évidente mélancolie qui n'augure pas du meilleur. Un faux espoir, sans doute.

Le score repart de plus belle avec des morceaux d'action trépidants ("Escape From The City", "The Attack On The Car"), avec des cuivres et des percussions beuglants de tous côtés. On y reconnaît le style désormais si reconnaissable de John Williams sur les séquences d'action, où les cuivres donnent le tempo, doublés par une orchestration dense et fouillée qui ne donne que peu d'occasions à l'auditeur de respirer. On a l'impression de fuir sans espoir. On s'étouffe dans le noir.

Lorsque Williams illustre d'autres moments d'espoir ("Refugee Status"), quelques thèmes apparaissent, mais de manière si anarchique qu'on a du mal à y voir (et entendre) clair. Comme si la menace planait encore au-dessus de nous...

Dans "The Separation Of The Family", l'orchestration se fait plus légère, plus intimiste (comme dans les nombreuses scènes réunissant parents et enfants dans les autres films de Spielberg), avec un thème innocent joué au piano, mais destructuré, désordonné. "The Confrontation with Ogilvy" prolonge cette approche et cette ambiance malsaine pour déboucher sur un nouveau morceau d'action très sec et puissant, toujours rythmé par de lourdes percussions et des cuivres grinçants qui donnent réellement la chair de poule. Des crescendos de violons accentuent ce sentiment d'entrangeté et de confrontation entre les humains et les extra-terrestres.
Une ambiguité latente plane encore pendant "The Return To Boston", où l'on retrouve un Williams de facture plus classique, qui rappelle par moments certaines marches d'INDIANA JONES. Mais encore une fois, c'est une brève de courte durée.

Dernier passage-clé du film et de l'album, "Escape from the Basket" développe pendant neuf longues minutes une tension glauque, avec cordes grinçantes et voix caverneuses, le tout sur une orchestration atonale terrifiant, laissant augurer un final monumental. Alternant action, tension et moments d'espoir, John Williams joue littéralement avec nos émotions en brouillant sens cesse les pistes. Rien n'est prévisible, tout peu arriver, à n'importe quel moment.

Pour finir, John Williams retrouve le veine solennelle de IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN sur "The Reunion", avec cor et piano intimiste. Une sorte de happy end, narré par Morgan Freeman, qui boucle la boucle. Pour autant, est-ce réllement fini ?
Non, car le morceau final laisse planer un sérieux doute, à l'image du film, plutôt ambigü sur sa conclusion. "Epilogue" est un morceau malsain exclusivement interprété par des violons envahissants, qui trahissent un affreux sentiment de doute. Un retournement de situation bourré de sens, qui ne fonctionnerai probablement pas dans le film sans la musique. Une subtilité de plus dans ce score décidément complexe, d'une rare intensité dramatique, qu'on aura peu entendu sur un film de Spielberg.

La musique de LA GUERRE DES MONDE est sans aucun doute l'une des plus passionnantes partitions que John Williams ait pu délivrer ces dernières années. De facture à la fois classique (en hommage aux films fantastiques des années 50 et 60), et très contemporaine (pas une seule mélodie mémorable ou de leitmotiv redondant), c'est une partition radicale, sombre et redoutablement adaptée au sujet du film. En bref, un nouveau tour de force orchestral du maître parmi les maîtres de la musique de film symphonique, qui nous prouve une fois de plus qu'il dispose d'une totale maîtrise de son art, en allant bien au-delà des clichés de la musique hollywoodienne (dont il est pourtant l'un des plus illustres représentants). A plus de 73 ans, papy Williams nous étonne encore. Sans se renouveller pour autant (et à quoi bon ?), le compositeur accouche ici d'une oeuvre monumentale, peut-être un nouveau classique, qui transcende l'esprit du film comme on l'avait rarement entendu.

Sylvain Rivaud

Bonus DVD

EDITION COLLECTOR - 2 DVD

Documentaire : "La Musique de LA GUERRE DES MONDES"

Durée : 12 min.

(Paramount)

Date de sortie du DVD : 06-01-2005

Chaque film de Steven Spielberg est un événement en soi, et il en est de même pour les partitions de son fidèle compositeur John Williams, qui donna ses lettres de noblesse au cinéma hollywoodien de pur divertissement dans les années 70 mais surtout 80, notamment avec Star Wars mais aussi Indiana Jones, Hook ou Jurassik Park.

La Guerre des Mondes fut l'occasion aux deux compères de s'étonner mutuellement, Steven Spielberg réalisant l'un des films les plus pessismistes qu'Hollywood nous ait donné à voir depuis des années, tandis que John Williams accouche ici d'une partition sombre et radicale, très différente de ses oeuvres précédentes pour Spielberg, même si le déjà excellent Minority Report annonçait un certain revirement de la carrière de Spielberg, aux préoccupations plus complexes et matures.

Sur le double DVD édité par Paramount, nous retrouvons parmi les bonus du second disque un petit documentaire de 12 minutes sur la musique de La Guerre des Mondes, où l'on voit John Williams évoquer son travail sur le film, entrecoupé d'images des sessions d'enregistrement de la musique, filmées par Steven Spielberg lui-même !

John Williams explique que pour la première fois de sa collaboration avec Steven Spielberg, il a commencé à écrire la musique sans avoir vu l'intégralité du film : il lui a suffit de visionner les 60 premières minutes du métrages pour se sentir assez inspiré pour entamer la phase de composition du score, ce qui étonne encore Spielberg lui-même ! Williams a très étroitement collaboré avec les sound-designers (le son a une très grande importance dans le film). Il parle également de son influence (évidente) aux films d'invasion extra-terrestre des années 50, auxquels le film de Spielberg fait lui-même hommage, tout en développant un propos plus contemporain.

Le compositeur évoque également l'utilisation de la voix dans sa partition, discrète mais essentiel : notamment des choeurs féminin (très poussés pour les scènes choc où les tripodes déciment les humains avec des rayons aux sonorités étranges), ou quelques choeurs d'hommes très graves (pour la fameuse scène de la cave). Il explique également l'utilisation discrète mais subtile du synthétiseur dans sa partition (élément très rare chez Williams), pour les séquences d'ouverture et de clôture, narrées par Morgan Freeman.

Les sessions d'enregistrement sont filmées par Spielberg lui-même : on l'entend d'ailleurs parler avec Williams sur une séquence où la syncho avec le son, l'image et la musique n'est pas parfaite (Williams demande une modification du montage à Spielberg, qui lui répond hors champ). On voit néanmoins les deux amis ensemble à la fin du reportage.

Au final, un documentaire malheureusement très court, mais qui évoque de manière assez synthétique les intentions de Williams et sa manière de travailler avec Spielberg, qui semble toujours aussi fluide et intuitive au fil des années, le travail des deux hommes confirmant qu'il s'agit d'une collaboration sans faille, et toujours d'une redoutable efficacité à l'écran, avec une exigeance qualitative impressionnante (le CD de la bande originale est une vraie merveille). Bref, un coup de maître à revoir et à écouter !

Sylvain Rivaud

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