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Wolf Creek   (2006)

• Greg McLean • En salle le 09-08-2006

• Musique composée par François Tetaz

L'australien François Tetaz utilise un piano et un quartet de corde pour une partition expérimentale d'une force poignante rare avec des bruits, des ambiances, pour une écoute fascinante.

[© Texte : Cinezik] •

Wolf Creek

Sortie de la BO

Colosseum (7 avril 2006) - 0:44:47

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. The Wires: Part 1 (2:13)

2. Hall's Creek (2:18)

3. Emu Creek (0:28)

4. The Crater (1:29)

5. Alien 5100 (0:57)

6. Abysmal Horizon (4:12)

7. Talimnavi (2:05)

8. Liz (2:58)

9. The Shed Part 1 (0:56)

10. Arcane Menace (2:42)

11. Escape (1:26)

12. The Shed: Part 2 (0:45)

13. The Cliff (0:54)

14. Mick (1:00)

15. The Return (1:54)

16. Trophy Room (2:11)

17. Head On A Stick (1:49)

18. Kristy (2:14)

19. Statesman Deville (2:35)

20. Ben (1:40)

21. Monumental Isolation (1:55)

22. Epilogue (1:43)

23. The Wires: Part 2 (0:50)

24. Wolf Creek: Main (3:28)

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Autour de cette BO

Nos articles sur cette BO

Il s'agit d'une expérience auditive unique, un vrai travail de bande sonore qui à elle seule provoque l'émoi et la peur. « Nous avons toujours songé à une bande originale abstraite et qui se développe graduellement », explique François Tetaz, « de manière à ce que dans la seconde moitié du film, elle puisse devenir plus soutenue et plus dramatique. Il fallait être raccord avec le ton du film et éviter les clichés du genre ; nous n’avons pas essayé de faire peur avec la musique. Mais elle ne se contente pas de sous-tendre le récit, elle agit aussi de bout en bout de façon émotionnelle et poétique. »

Benoit Basirico

Le jeune compositeur australien François Tétaz a apporté au film de Greg McLean une ambiance très particulière, élaborant une partition inventive et expérimentale très éloignée des traditionnelles musiques horrifiques hollywoodiennes. A noter que Tétaz est plus connu pour avoir produit le premier album du jeune chanteur australien Lior intitulé Autumn Flow. Ici, point d’orchestre massif en perspective, juste un trio à cordes – violon, alto, violoncelle –, une clarinette basse, un piano, un clavier Rhodes, une guitare, un ukulélé (une guitare hawaïenne) et quelques sonorités produites à partir des cordes d’un piano préparé, technique héritée des travaux musicaux expérimentaux du compositeur John Cage dans les années 60, consistant à ouvrir un piano et à jouer à l’intérieur de l’instrument sur les cordes métalliques à l’aide de différents objets – crayon, baguettes, etc. Mais l’idée la plus intéressante vient en fait de l’utilisation d’une banque de son réalisé par Alan Lamb, musicien électro australien qui a enregistré dans les années 80 des sons sur des câbles métalliques d’un vieux télégraphe abandonné au milieu du désert australien à l’aide d’une série de petits microphones qui ont capté le son du vent résonnant sur ces câbles. Le résultat est tout à fait étonnant et à des années lumières des conventions musicales horrifiques habituelles. D’un point de vue association musique/image, le résultat est d’autant plus probant que la musique semble venir des lieux même où se déroule l’histoire (le désert australien, la mine désaffectée) comme un véritable effet sonore à part entière. Ces sons sont dévoilés dès le début dans ‘The Wires: Part I’ et ‘The Wires: Part II’, avec dans les deux cas l’utilisation particulièrement mélancolique et amère d’un trio à cordes pour la partie plus humaine de l’histoire, suivi d’un ‘Hall’s Creek’ complètement atmosphérique pour illustrer le début du voyage de nos trois randonneurs. Le mélange de samples électroniques et de piano Rhodes crée une ambiance particulière et purement abstraite, totalement dénuée de la moindre mélodie ou harmonie traditionnelle.

La découverte du cratère (‘The Crater’) permet d’entendre un nouveau mélange audacieux entre clarinette basse/sons de câble métalliques et nappes électroniques pour une atmosphère musicale toujours très sonore et abstraite, créant un sentiment d’étrangeté et d’inquiétude dans le film. Dans ‘Alien F100’ (pour la scène des lumières dans la voiture ressemblant à celles d’un OVNI) Tétaz explore les traditionnels effets de clusters dissonants stridents de cordes déjà plus proche des techniques de la musique contemporaine du 20ème siècle tandis que le trio à cordes revient dans ‘Abysmal Horizon’ comme pour offrir pendant un court instant un bref repère familier pour l’auditeur qui retrouve des sonorités plus humaines et conventionnelles dans ce morceau atmosphérique sombre et pesant qui n’annonce rien de bon pour la suite de l’histoire, créant un sentiment d’attente, d’angoisse, de doute. A noter que le compositeur joue ici sur les cordes de son piano préparé pour obtenir des sonorités métalliques sombres, étranges et inquiétantes. On est très proche par moment ici du style de certaines partitions atmosphériques de Jeff Rona (Traffic), Tomandandy (The Mothman Prophecies) ou bien encore Cliff Martinez (Solaris). D’une façon similaire, ‘Talimnavi’ et ‘Liz’ développent une atmosphère à la fois sombre, mélancolique et étrange à l’aide de sonorités métalliques du piano préparé, piano Rhodes, percussion métallique et tenues stridentes et discrètes de cordes. Dans ‘Liz’, l’héroïne se réveille dans l’établi poussiéreux pour découvrir qu’elle a été séquestrée. Plutôt que d’utiliser des effets massifs et artifices musicaux de terreur, Tétaz préfère opter pour une approche 100% abstraite, un travail d’effets sonores expérimentaux particulièrement intéressant bien que pas toujours très agréable à écouter en dehors du film. Effectivement, un morceau comme ‘The Shed: Part I’ et son mélange de sonorités métalliques diverses tient plus de l’effet sonore aléatoire que d’un morceau de musique à proprement parler, même s’il y a ici une construction évidemment volontaire de la part du compositeur.

‘Arcane Menace’ illustre la séquence de la torture de Kristy dans un mélange de sonorités métalliques étranges et totalement désarmant pour le spectateur qui se sent perdu au milieu de ce mélange de sonorités bizarres, brutales et abruptes héritées de la musique concrète du 20ème siècle. Si ‘Escape’ apporte un rare moment d’humanité à l’aide d’un motif de cordes mélancolique lorsque Liz et Kristy s’échappent du garage de l’autochtone sanguinaire, ‘The Shed: Part 2’ nous replonge très vite dans une atmosphère abstraite et étrange particulièrement glauque et pesante. ‘The Cliff’ semble même traduire un climat d’oppression et de danger à travers une exploration plus intense et brutale des différentes sonorités métalliques que produisent les cordes du piano préparé (on est décidément très proche ici de certaines oeuvres expérimentales des musiciens de l’IRCAM en France). Il est juste regrettable qu’au fur et à mesure que l’histoire avance, la musique semble devenir monotone et répétitive, incapable de se renouveler ou d’apporter le moindre relief, hormis peut être un très beau et poignant ‘The Return’ avec un trio à cordes plus dramatique et intime lorsque Liz décide de revenir au garage du fou furieux pour lui voler une voiture et s’enfuir avec ses deux compagnons. La scène précédant la mort de Liz est sans aucun doute l’un des passages les plus sombres (‘Trophy Room’) avec le brutal et chaotique ‘Statesman Deville’ où le magma sonore semble atteindre ici une plus grande intensité. Finalement, le motif de cordes mélancoliques de ‘The Return’ revient dans ‘Epilogue’ en guise de conclusion tragique à cette sombre histoire de survival australien.

Vous l’aurez donc compris, Wolf Creek est une BO hors norme de la part du compositeur australien François Tétaz, qui s’est vu offrir la possibilité avec le film de Greg McLean de s’éloigner des sentiers battus et d’expérimenter de façon audacieuse sur une musique tour à tour déstabilisante, étrange, inquiétante et toujours continuellement abstraite, sans repère temporel ou thématique comme pour renforcer la sensation de l’isolement, du danger, du désespoir, d’un piège sans issue. Mais si la musique apporte un impact véritable aux images du film, on ne pourra pas en dire autant d’un point de vue de l’écoute isolée. Le score est une longue succession de pièces atmosphériques proches de l’esthétique de la musique concrète/aléatoire du 20ème siècle, mais sans grand relief. Passé les premiers morceaux, la musique devient très vite répétitive et ennuyeuse, difficile à écouter d’un trait et à apprécier sans les images du film. Revers de la médaille, une approche plus conventionnelle aurait certes était musicalement moins intéressante pour le film mais plus adéquate pour une écoute sur CD. Cependant, en tant que musique de film, la BO de Wolf Creek remplit parfaitement le cahier des charges et pourrait surprendre les amateurs d’oeuvres expérimentales et tout ceux qui rejettent le conventionnalisme ambiant des musiques horrifiques d’aujourd’hui.

Quentin Billard

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François Tetaz a signé la musique d'autres films de Greg McLean : Solitaire (Rogue) (2008) •

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