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Critiques BO

Alexandre Desplat sur les terres de Nino Rota, avec la candeur du personnage rêveur.
Reality (Alexandre Desplat)

Benoit Basirico - Publié le 03-10-2012


Le français Alexandre Desplat signe pour la première fois la musique d'un film italien et saisit l'occasion, en plus d'être sur ses terres, d'emprunter le territoire musical de Nino Rota, également en toute logique avec le sujet du film.

La référence à Rota n'est pour lui pas une première puisque le compositeur était étroitement inspiré par le maestro à ses débuts (surtout chez Marion Vernoux : "Reines d'un jour", "Love etc"). De plus, au-delà de ce choix géographique et de coeur, cette partition emploie un clavier électrique (comme Rota dans "Juliette des esprits") dont le caractère artificiel désigne directement le sujet du film : un personnage partagé entre la réalité et ses fantasmes, entre sa famille et le bocal d'une émission de télé-réalité.

Le sujet du film est lui aussi fellinien, et la musique participe à instaurer un imaginaire, sans perdre pied, toujours ancrée dans le réel. A cet effet, le clavier électrique, ajouté à quelques voix célestes, quelques carillons, quelques nappes cotonneuses, nous transporte dans un monde merveilleux (pour nous faire épouser la psyché du personnage), mais un thème tendre au piano ne fait pas oublier le lien à la famille, l'ancrage dans une réalité sociétale.

Car le film, par son sujet, est aussi une critique sur la société italienne et le pouvoir des médias, mais la musique n'est jamais cynique, toujours avec le personnage rêveur. Le thème, à la fois mélancolique et joueur, avec son zeste de malice ("L'illusione"), rappelle celui de TAMARA DREWE, autre film où les personnages étaient aussi partagés entre la réalité et la fiction qu'ils s'inventent.

La partition de REALITY est aussi pour Desplat une synthèse de son travail, parvenant à réunir son versant thématique et ludique, et son versant plus sombre et atmosphérique qu'on lui connait chez Jacques Audiard ("La Casa"). Et un "finale" grandiose sous forme de délivrance, avec des cordes, jusque là retenues, qui se lâchent.

Voici pour nous la plus belle réussite de Alexandre Desplat en 2012 parmi ses nombreuses BO annuelles, il est juste dommage que le disque ne réduise le Score qu'à 9 pistes (plus une reprise du thème). S'ajoutent quatre chansons qui dans le film ont une justification, mais qui sur disque ont du mal à s'apprécier hors contexte.

 

Benoit Basirico - Publié le 03-10-2012

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