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Critiques BO

Une musique d'ampleur pour une modeste comédie
Les Seigneurs (Guillaume Roussel)

Sylvain Rivaud - Publié le 10-10-2012


Guillaume Roussel s'est amusé avec les sonorités de sa partition pour cette comédie d'Olivier Dahan. Oublions les chansons qui représentent la moitié du disque, et interessons-nous au Score de Roussel, plus savant que ce que le film léger pouvait le présager.

Comme dans LA MÔME, ce film d'Olivier Dahan donne beaucoup d'importance à la musique, tant au niveau des chansons que du score instrumental. Comme pour LA MÔME, c'est le superviseur musical Edouard Dubois qui a soigneusement dosé tout cela, travaillant de concert avec le compositeur Guillaume Roussel, qui a apporté son expérience musicale pour donner une vraie plus-value aux images de la comédie d'Olivier Dahan. La musique se distingue par plusieurs parti-pris : d'abord une musique classique de comédie, puis une orientation très western, avec un soupçon de folklore breton et enfin quelques envolées purement hollywoodiennes. La partie comédie (morceau "Ziani") est faite d'instrumentation légère, sautillante, très "mickey-mousing", avec ensuite des flûtes et des guitares qui évoquent le far west (on pense un peu à RANGO de Hans Zimmer - dont Roussel à co-écrit la musique du jeu vidéo).

Dans "Léandri", la musique se fait plus grandiose, avec des choeurs qui rappellent Ennio Morricone (LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND), ajoutant ainsi un décalage comique entre les scènes à l'écran et la musique, très hollywoodienne. Roussel introduit un thème héroïque aux cuivres, toujours dans cet esprit western spaghetti, mais avec une orchestration plus moderne et touffue, avec boucles rythmiques et ostinati de cordes. Ce décalage un peu surréaliste sera le parti pris du compositeur par la suite, notamment pour les scènes de matchs de foot où alternent les musiques folkloriques bretonnes et une musique de type western, avec parfois des guitares électriques et autres éléments "rock". Ce cocktail étonnant dynamise la mise en scène et apporte fraîcheur et dérision à l'histoire.

Le compositeur sait aussi affirmer ses mélodies dans des morceaux plus intimistes et subtils, comme dans "Veillée d'armes" où on retrouve le thème principal aux cordes et à la flûte. Dans un tout autre genre, "Première victoire" est l'occasion d'écrire un morceau rythmé aux sonorités bretonnes (bombarde, notamment), très agréables et amusantes. "Entrée à Brest" est l'occasion d'utiliser le biniou (cornemuse) sur un fond de musique hollywoodienne qui évoque Hans Zimmer ! Le match ultime ("Contre l'OM") est l'occasion pour Guillaume Roussel d'écrire un morceau d'action de plus de six minutes dans la tradition du genre. On y retrouve naturellement le thème principal, sur fond d'ostinati de cordes et d'envolées de cuivres. On y entend aussi à l'occasion bombarde et cornemuse, jusqu'au morceau de suspense ultime ("Tir au but") où l'on retrouve l'esprit de western comme pour illustrer le duel, le face à face à mort (ici, entre deux équipes). Le musicien conclut le film avec un autre thème aux cordes, esquissé plus tôt, qui évoque l'apaisement. Tout cela avec une orchestration soignée (Roussel a été aidé par Mathieu Alvado, jeune prodige dans ce domaine). Bout à bout, ces audaces font leur petit effet et ajoutent une ampleur à cette modeste comédie. Surtout, on sent que le compositeur s'est amusé à créer cette musique, à mélanger les instruments et des sonorités a priori sans rapports, et ce plaisir est communicatif.

 

Sylvain Rivaud - Publié le 10-10-2012

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