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Critiques BO

Une démesure moderne héroïque. Analyse.
Pacific Rim (Ramin Djawadi)

Charlotte Dematte - Publié le 08-08-2013


Grande B.O. pour film à grands moyens, la dernière orientation du multi-casquettes Mexicain emmène le compositeur Ramin Djawadi vers une musique organisée autour de thèmes forts et investis. Continuité du Fantastique imaginé par le réalisateur de l'inquiétant (Cronos - 1993, Mimic - 1997, ou sur fond socio-historique avec L'Echine du diable - 2001, Le labyrinthe de Pan - 2006) jusqu'à la veine Action-super héros (Blade II - 2002, Hellboy - 2004, Hellboy II - Les légions d'or maudites - 2008). Pacific Rim livre par sa démesure moderne héroïque un score ramenant au Grand Spectacle du cinéma.

 

Ramassée dans le premier et dernier tiers de l'album, répartie en rupture avec cette structure dans le film au gré des scènes, à travers des plages assez courtes, la matière de la B.O. regroupe différents éléments. Le jeune Ramin Djawadi y développe la musique poignante induite par le projet, à l'issue d'un cheminement décloisonné vers le genre. On a entendu par le passé de lui Blade : Trinity (2004) et Blade : The Series (série tv, 2006), rejoignant le travail du réalisateur, et Threshold (série tv, 2005), pour le Fantastique / surnaturel ; Medal of Honor : War Fighter (jeu vidéo, 2012), Game of Thrones (série tv, 2011-2013), pour l'Action ; Fly Me to the Moon (2008), Iron Man (2008), pour l'Action / Fantastique / mécanique ; Le choc des Titans (2010) pour l'Action / Fantastique / super-forces. L'orchestre fait intervenir la formation habituelle essentielle de cuivres, cordes, percussions, chœur (masculin), auxquels viennent s'ajouter guitare électrique, synthétiseur, instruments ethniques (erhu chinois à 2 cordes frottées par un archet, installation de la earth harp aux larges cordes mises en vibration par la main et jouée par son créateur, William Close), voix féminine ou encore quelques sons.

Dans cette idée du blockbuster comme gageure d'une qualité, la BO commence ainsi à se dégager par ses thèmes. Le thème 1, « principal », que l'on devine vite en tant que tel, s'impose comme l'élément marquant et revient, tout au long du film. Il se présente sur un jeu descendant-ascendant de doubles croches-croche, volontaire et plutôt positif. Référence traversant la partition, il porte une approche du musicien des plus subtiles : sous forme de prémices (à la guitare électrique dans les titres 1. Pacific Rim et 18. Go Big Or Go Extinct) ; dans son schéma normal (par les ensembles cuivres-cordes, le synthétiseur et la guitare électrique, « pure » ; 1, 18 et 21. No Pulse) ; dans le même schéma bien marqué par la cadence (milieu du 23. Deep Beneath The Pacific) ; suivi d'un 2ème segment, forme a / b (2. Gipsy Danger et 20. For My Family) ; dans son seul 2ème segment, b (10. To Fight Monsters, We Created Monsters) ; sous une forme a / b condensée (9. Jaeger Tech) ; resserré (18) ; en variation sur une sorte de marche (fin du 24. The Breach) ; en autre variation (14. Striker Eureka et début du 23 ; mélodique puis rythmique en 15. Physical Compatibility). Collant au mieux aux dimensions robotique et militaire de l'histoire, ce thème apparait dans le film dès le début, sous différentes utilisations : notamment sur la présentation du tandem musclé formé par le héros [Raleigh Becket] et son frère et l'équipement de leur Jaeger ; l'arrivée du chef et du héros sur la plate-forme (cordes) ; l'idée de l'action à venir (vif) ; le pilotage du Jaeger (cuivres) ; la progression dans l'eau des Jaegers vers l'ennemi (cuivres, forme a / b lente) ; les scènes d'affrontement entre Jaegers et Kaijus, polymorphes, en ville ou dans l'océan (cuivres, guitare électrique, percussions) ; la victoire du Jaeger sur un Kaiju (cuivres ; cordes, lent) ; le générique de fin (guitare électrique, cuivres, cordes, percussions).

Le thème 2, mélancolique, posé sur des valeurs plus longues, vient lui se déployer sur une succession d'accords. Il est au centre du synthétique titre 6. The Shatterdome, présentation de la base militaire ; revient en une variation alternant différentes mesures dans le 7. Mako ; ralenti et en une variation plus poussée en 16. Category 5 (cuivres graves), bref Final de l'apparition du dernier Kaiju.

Le thème 3, majestueux, apparaît à travers un élan basé sur une mesure à 3 / 4 suivi par une échappée franche. On le découvre en 5. 2500 Tons Of Awesome (dessin ascendant), on le retrouve en 23, 24 et en variation en 20.

Le thème 4, aux ½ tons descendants dramatisants, confirme la maîtrise de l'écriture abordée plus tôt. Il ressort à travers une voix de femme aiguë / douce sur « oo » à la texture proche de celles de James Horner en 7, en fait variation très étirée du thème principal (et amené là par une déviation du thème 2) ; en une variation (prenant elle la base du thème principal) en 25. We Need A New Weapon (cuivres), sur la désactivation de l'horloge et la joie des militaires de la base. A ces schémas, identifiables, les deux figures des titres 18 et 17 (sur la fin, cuivres) peuvent s'ajouter, en tant qu'individuelles.

En lien avec les caractères déjà présentés, on distingue une ambiance massive (portée par l'instrumentation très grave et l'ensemble, titre 16), parfois très rythmée (13. Double Event) ; belle et douce (notamment pour la romance Raleigh-Mako, 15, 17, 6, 25) ; ou trouble (4. Just A Memory, par une dissonance en fond). Au sein de cette dérive des Goldorak (Toei Animation, 1975), Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) ou encore Tron (Steven Lisberger, 1982 / Joseph Kosinski, 2010), d'autres pistes sortent avec l'image. L'Action vient souvent avec l'attaque des Jaegers et s'exprime pleinement sur l'entrée tardive des « monstres » dans la Brèche (cuivres) ; le Dramatique-Sentimental sur les conséquences de la confrontation des frères Becket avec le premier Kaiju (cordes, mélodiques), la vision du nouveau Jaeger de Raleigh, ses moments de sensibilité, la désorientation de Mako, l'horreur et la rencontre « lumineuse » de son passé (cuivres, percussions, voix de femme sur le ½ ton), les adieux chef-Mako et père-fils Hansen avant le dernier combat ; la gravité intervient enfin.

Concernant l'efficacité des aspects présent et armé, il peut être signalé que le compositeur implique dans ses remerciements le studio Remote Control du maître Hans Zimmer et que Nick Glennie-Smith, autre membre de la team, a assuré là la direction de l'orchestre. Interviennent à un niveau secondaire : l'ethnicité, via les instruments déjà cités, pour la situation de l'histoire à Hong Kong, la collaboration militaire internationale et le marché noir parallèle autour des organes de Kaijus ; quelques instants tribaux, par les percussions, « vraies » (le combat d'entraînement Raleigh-Mako) et les voix d'hommes sur des onomatopées ; l'humour, essentiellement par la guitare électrique funky, en jeu picking, pour les scènes des deux scientifiques, « savants-fous », et de Newton, ainsi que celles de Hannibal Chau [Ron Perlman, acteur fétiche du réalisateur dans un rôle de Mac « bling bling »].

D'un point de vue général et notamment grâce au thème principal, on relève différentes directions et un jeu dans l'écriture (autour des valeurs, du rythme et de la mélodie), pour permettre une progression en phase avec les sentiments impliqués. Les tonalités sont principalement mineures et facilement appréhendables et le dessin des phrases s'appuie sur des éléments comme les cellules rythmiques répétées, ponts entre thèmes ou élans (en figure un peu extrême, la marche ascendante en fin du 1). Si les thèmes forment le premier niveau de repères, la B.O. explore par ailleurs aussi la Couleur, amenée beaucoup par les successions d'accords (20, 22. Kaiju Groupie, et surtout 25, avec toute la palette des cordes). La résonance et les trames (synthétiques, guitare) en fond viennent compléter l'imagerie moderne du film, pour ce qui concerne par exemple la base militaire.

 

Charlotte Dematte - Publié le 08-08-2013

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