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Critiques BO

Partition résolument orientée rock/folk avec une même utilisation des guitares rustiques et americana si chères à Ry Cooder.
Bullet to the Head (Steve Mazzaro)

Quentin Billard - Publié le 19-02-2013


On connaît le goût de Walter Hill pour les musiques rock/blues de Ry Cooder, son fidèle complice avec lequel il collabora sur plusieurs films. Généralement, les choix musicaux dans les films de Walter Hill sont souvent originaux ou anti-conventionnels, notamment dans le refus quasi systématique des musiques symphoniques et l'abondance de rythmes rock/folk/blues ou électroniques (Jerry Goldsmith avait du par exemple écrire une musique particulièrement synthétique et moderne pour « Extreme Prejudice » en 1987. On se souvient aussi des expériences exotiques/synthétiques/orchestrales particulières de James Horner sur « 48 Hours » en 1982). La partition de Steve Mazzaro pour « Bullet to the Head » ne déroge donc pas à la règle, le compositeur - membre du studio Remote Control en tant qu'arrangeur/programmeur sur « The Dark Knight Rises » d'Hans Zimmer et compositeur additionnel sur « Assassin's Creed III » de Lorne Balfe - signant ici une partition résolument orientée rock/folk avec une même utilisation des guitares rustiques et americana si chères à Ry Cooder.

Pour les besoins du film, Steve Mazzaro réunit donc un ensemble instrumental incluant guitares électriques/acoustiques, basse électrique, batterie, harmonica aux consonances résolument bluesy, claviers et synthétiseurs. L'approche musicale voulue par Steve Mazzaro est aussi un moyen pour Walter Hill de prolonger le style instauré par Ry Cooder depuis quelques décennies dans les films du cinéaste américain, une ambiance qui reflète par la même occasion l'atmosphère très 'americana' de la Nouvelle-Orléans, qui rappelle les travaux de Cooder sur « Johnny Handsome » ou « Last Man Standing ». Le thème principal rock/folk est dévoilé dans le fun « Here's the Story », mené par les guitares électriques et l'harmonica 'bluegrass'. Quelques sonorités discrètes de l'habituel violoncelle électrique de Martin Tillman viennent s'ajouter à la section rock/folk du score, le morceau s'écoutant d'ailleurs aussi bien dans le film que sur l'album.

Les effets sonores du violoncelle électrique reprennent dans « Staying in the Game », pour lequel Mazzaro s'oriente davantage vers le sound design bien que la partie rock/folk reprenne rapidement le dessus. Idem pour « Just Another Soldier », la méthode du compositeur consistant simplement à éviter l'habituelle technique du wall-to-wall en laissant sa musique évoluer plus librement sur les images sans pour autant chercher de point de synchronisation précis. Le choix est appréciable, la musique possédant ainsi sa propre autonomie sur l'album, même si certains choix musicaux laissent à désirer, et notamment la pédale sonore constituée de sons saturés de la guitare et du violoncelle à la fin de « Just Another Soldier », associés au redoutable Keegan dans le film mais indéniablement emprunté au motif du Joker dans « The Dark Knight » d'Hans Zimmer. Si le travail du sound design est bien présent (l'approche orchestrale hollywoodienne habituelle étant ici totalement écartée pour les besoins du film), Steve Mazzaro ne perd jamais de vue son utilisation de l'effectif instrumental rock acoustique dans « On the Road » (qui fleure bon la musique de road movie très 'americana'), sans oublier son thème principal de guitare associé au personnage de Sylvester Stallone dans le film, comme dans le musclé « Don't Touch My Gun » ou « Ambushed ». La musique évoque aussi par son panache et son énergie virile la complicité fragile entre Bobo et Kwon, une amitié qui ne tient qu'à un fil, l'un étant un tueur à gages bien décidé à se venger, l'autre un policier intègre qui jure de coffrer Bobo quand tout cela sera terminé. On appréciera aussi le fun de « The Fox and the Hound », dans lequel Mazzaro traduit la violence du film par un rythme rock soutenu et quelques superbes solos de guitare ou du violoncelle de Martin Tillman (à partir de 0:44, sur un rythme de tango assez irrésistible).

Seule ombre au tableau : l'approche musicale voulue par Mazzaro sur ce film est certes intéressante et non hollywoodienne, mais aussi très limitée et malheureusement ultra répétitive : les morceaux se suivent et se ressemblent tous dangereusement, à tel point qu'on se lasse rapidement de cette musique au bout de quelques minutes sur l'album (difficile par exemple d'aller jusqu'au bout des 6 minutes interminables de « End of the Line » sur le CD publié par Varèse Sarabande !). Mais dans le film, la musique apporte essentiellement une ambiance particulière et une certaine personnalité aux images du long-métrage de Walter Hill, une ambiance très réussie et propre au film, qui change des musiques électro habituelles de Remote Control et s'impose par son style acoustique détonnant et ses rythmes rock/blues du plus bel effet qu'on recommandera donc chaleureusement aux amateurs de musiques dans la lignée des travaux de Ry Cooder pour Walter Hill !

Quentin Billard - Publié le 19-02-2013

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