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Critiques BO

De nouveaux thèmes et motifs et une ambiance plus sombre.
Le Hobbit : la désolation de Smaug (Howard Shore)

Sylvain Rivaud - Publié le 17-12-2013


Une fois de plus, découvrir le score du nouveau film de la trilogie du Hobbit dans sa version longue sur deux disques n'est pas le plus aisé. En particulier parce que les nouveaux thèmes et motifs sont dilués dans beaucoup de musiques « de remplissage » quelque peu ennuyeuses. [Analyse des pistes des disques]

Il est assez lassant de constater que le succès des coffrets des BO des versions longues du Seigneur des Anneaux semble avoir conforté Shore dans le fait que strictement TOUT ce qu'il écrit pour ces films est intéressant en écoute seule. Ce n'est jamais vrai, même si on peut prendre plaisir à écouter les versions longues quand on connaît bien les films. Une bonne musique de film s'apprécie surtout en écoute isolée mais le travail de Shore pour The Hobbit prend sens dans les films, ou s'apprécieraient mieux dans des versions CD raccourcis (qui malheureusement n'existent pas, puisque même la version CD standard est sur deux disques). Encore une fois, pourquoi ne pas avoir fait une version standard sur un seul CD comme pour le Seigneur des Anneaux, en plus de l'édition spéciale sur deux disques ? Vous trouverez donc à la fin de cet article une suggestion de compilation avec les morceaux les plus intéressants des deux éditions, pour une écoute isolée plus agréable et synthétique (77 min). Ce qui ressort de ce deuxième opus de la saga « The Hobbit », c'est une grande quantité de nouveaux thèmes et motifs associés à de nouveaux personnages, et une ambiance plus sombre.

*** ATTENTION SPOILERS : article à lire de préférence après avoir vu le film ! ***

Le premier morceau (« The Quest for Erebor ») expose quelque nouveaux motifs, et rappelle le thème des Hobbits, plutôt sombre. Le thème des nains est rappelé en filigrane avec une certaine amertume, une incertitude plane sur ce morceau. « Wilderland » fait apparaître plusieurs autres motifs, notamment le thème de Smaug, le dragon. Morceau plus rythmé, martial. Dans le massif « A Necromancer » (sur la Special Edition), Shore esquisse le thème de l'Anneau, reprend le motif des orques du premier film, puis les thèmes associés à Isengard et aux Nazguls dans le Seigneur des Anneaux. De même que les scènes aux ruines de Dol Guldur font le lien entre la saga du Hobbit et celle du Seigneur des Anneaux, Shore crée un pont musical nécessaire.

Howard Shore écrit un motif pour le personnage de Beorn (mi-homme, mi-ours), mais c'est un motif plutôt discret, à l'image de l'apparition de ce mystérieux personnage, qui sera sans doute mieux exploité plus tard dans le saga. « Mirkwood » est un morceau d'ambiance qui évoque l'oppression de la forêt éponyme. On aurait pu attendre un peu plus de folie de la part de Shore sur ce morceau, où il aurait pu évoquer l'ivresse et les illusions provoquées par la forêt enchantée, mais il n'en est rien. Morceau assez paresseux jusqu'à une belle grimpée progressive de cordes atonales et de choeurs qui évoque les araignées.

« Flies and Spiders » est le premier gros morceau d'action de ce film, pour la séquence des araignées. Du Shore plutôt inspiré, qui évoque l'urgence et le danger avec une orchestration sacrément massive, puissante, bien rythmée. On est habitué mais l'effet fonctionne à fond. La deuxième partie du morceau rappelle le thème du Hobbit, évoque une cavalcade effrénée, et signe le retour du thème de l'Anneau au violon solo, puisqu'il s'agit de la scène où Bilbo utilise son anneau pour délivrer les nains des araignées. A l'arrivée des elfes, Shore fait apparaître un motif très péplum et un nouveau grand thème d'aventure, associé au personnage de Tauriel (Evangeline Lily).

Dans «  Feast of Starlight », c'est un retour au calme, dans l'ambiance féérique des elfes. Même si une certaine tension persiste, Shore développe un motif romantique pour le début d'idylle entre le nain Kili et l'elfe Tauriel, qui rappelle le love theme de la rencontre Aragorn/Arwen dans le Seigneur des Anneaux. Très beau morceau qui évite certaines facilités. Parallèlement, on entend le thème de l'Anneau pour les scènes où on voit Bilbo s'en servir.

« The Forest River » est le deuxième tour de force du score. Ce morceau d'action démarre sur des chapeaux de roue, avec roulement de percussions et cuivres enlevés. Il illustre la fameuse séquence dite « des tonneaux ». Le superbe thème de Tauriel exposé précédemment est repris en fanfare. Un nouveau motif virevoltant a la part belle (associé probablement à Legolas), avant le retour du thème des nains. Orchestration très « golden age », massive mais inspirée. Clairement l'un des morceaux d'anthologie composés par Shore pour cette saga, tout comme la scène filmée par Peter Jackson figure déjà parmi les grands moments de « The Hobbit ».

Dans « Bard, a Man of Lake-town » puis dans « Protector of the Common Folk », Shore introduit plusieurs nouveaux motifs associés aux hommes. Ce dernier morceau est plus champêtre, si on peut dire. Shore expose un thème qui semble associé au personnage de Bard (Luke Evans). Il y a toujours de l'inquiétude, de l'attente, mais c'est plus mélodique. Sur le second disque, « Thrice Welcome » est une ouverture de type péplum qui rappelle Conan le barbare, puis on entend du clavecin. La musique se fait plus raffinée, bien que toujours inquiétante. Shore exploite le motif associé à la ville de Bourg-du-Lac (Esgaroth), et utilise de nombreux motifs précédents (notamment le thème des nains). Quant Bard révèle sa vraie nature, (« Girion, Lord of Dale ») Shore écrit un motif associé à Girion (c'est le même personnage avec un statut différent). Une certaine majestuosité finit par s'en dégager. Il s'agit de la scène où il s'interpose avec Thorin.

« A Spell of Concealment » est un morceau d'action avec des percussions héritées de celles utilisées pour les mines de la Moria dans la précédente trilogie, et par extension, qui évoque le territoire des nains sous la montagne. Parallèlement, est repris en fanfare le motif d'Isengard, grondant et trépidant, ici associé au regroupement des orques aux ruines de Dol Guldur sous les yeux de Gandalf. Dans « On the Doorstep », on retrouve le thème utilisé dans le film précédent pour les runes lunaires, et une grande quantité d'autres motifs assez courts. C'est la scène où Bilbo trouve la serrure permettant d'entrer dans la montagne. Ambiance plus calme et féérique.

« The Courage of Hobbits » est le morceau qui illustre l'entrée de Bilbo dans l'antre du dragon. Shore rappelle le thème des Hobbits, puis utilise des choeurs d'hommes et du carillon. Ambiance méditative, sourde et ancienne, qui évoque la méditation et la sagesse. Jusqu'ici, le dragon dort encore. Shore parvient à créer une belle ambiance qui tranche avec les sonorités habituelles de la saga. L'aura du dragon est bien suggérée. Dans « Inside Information », le thème de six notes associé au dragon Smaug se développe peu à peu. Orchestration toujours enrichie de notes de carillon et de gong. Ca change, on n'avait jamais entendu ça. Dans « The Hunters », le thème de Smaug s'emballe (carillons à l'appui, toujours). Morceau très long, comportant beaucoup de passages d'action, avec plus de rythme, des choeurs et de beaux thèmes. Clairement un des morceaux phares du score, qui illustre l'arrivée des nains dans l'antre du dragon. Le morceau « Smaug », dans la continuité du précédent, fait la part belle au dragon, avec de la tension et du suspense, suivi de « My Armor Is Iron », morceau martial et guerrier illustrant l'affrontement entre Smaug et la compagnie des nains. Le thème de Smaug est repris de manière hypnotique, avec des choeurs sibyllins, comme l'aurait fait un Bernard Herrmann. Excellente construction dramatique.

Ce double-album se termine par deux morceaux : la chanson « I See Fire » interprétée par Ed Sheeran, petite chanson folk à la guitare qui contraste méchamment avec le reste. La voix de Sheeran est pour le moins mainstream... curieux choix. « Beyond the Forest » est un chant plus mélodique, calme et en accord avec le reste du score, avec des voix d'enfants. On y entend une superbe reprise du thème de Tauriel. Beau morceau qui conclut un double-programme plutôt chargé.

On ne saurait donc trop vous conseiller de « faire le tri » dans tous ces morceaux assez inégaux. Nous avons évoqué ici les principaux à ne pas manquer, mais il y en a quantité de plus anecdotiques, qui ont un intérêt dramaturgique dans le film, mais moins en écoute isolée. Néanmoins Shore semble avoir été assez inspiré dans ce second film de la saga du Hobbit, et a écrit une très grande quantité de nouveaux thèmes qu'il associe aux nouveaux personnages, dans la tradition du Seigneur des Anneaux et, plus généralement, dans la tradition du leitmotiv utilisée à l'opéra et dans d'autres sagas cinématographiques d'importance comme Star Wars. De même que ce second film se clôt en plein suspense, difficile de juger ce score sans avoir vu et entendu le troisième et dernier volet, qui sortira fin 2014. Shore a l'air à l'aise avec cet univers, même si on décèle une certaine paresse dans l'écriture, et peu de prise de risque. Les thèmes principaux sont tout de même très satisfaisants et devraient plaire au plus grand nombre.

Voici une suggestion de « sélection » pour obtenir un disque de la bande originale un peu plus « écoutable ». La plupart des morceaux sont sur l'édition standard à l'exception des trois principaux morceaux d'action qui se développent de manière plus intéressante dans leur version longue, disponible sur la Special Edition :

1. The Quest For Erebor
2. Wilderland
3. Mirkwood
4. Flies and Spiders (Extended)
5. The Forest River (Extended)
6. Protector Of The Common Folk
7. Thrice Welcome
8. Girion, Lord of Dale
9. Durin's Folk
10. A Spell of Concealment
11. The Courage of Hobbits
12. Inside Information
13. The Hunters (Extended)
14. Smaug
15. My Armor Is Iron
16. Beyond The Forest

(durée : 77:16)

 

Sylvain Rivaud - Publié le 17-12-2013

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