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Le compositeur s’efface face aux images avec un thème unique soulignant simplement l’humanité du personnage
12 years a slave (Hans Zimmer)

Sylvain Rivaud - Publié le 17-01-2014


Pour ce film ayant pour sujet l’esclavage, Hans Zimmer signe probablement sa partition la plus épurée, la plus “nue”. Il imagine un thème unique, associé au personnage de Solomon Northup, joué aux cordes, qui reviendra tout au long du film.

Pour la musique de son précédent film, SHAME (2011), le cinéaste anglais Steve McQueen avait fait appel à Harry Escott, jeune compositeur qui avait signé un score dramatique pour cordes très fortement inspiré par la musique de LA LIGNE ROUGE de Hans Zimmer (1998). L'influence des cordes élégiaques de Zimmer pour le film de Malick était alors flagrant, jusqu'à en devenir gênant. Ce n'est donc pas une surprise que le même cinéaste demande au compositeur allemand de signer le score original de son nouveau film, démarche plus logique qu'engager un inconnu afin de lui demander de "copier" Zimmer.

Il faut rappeler que LA LIGNE ROUGE est devenu un score sur-utilisé comme musique temporaire (le fameux "temp track") dans de nombreux films depuis plus de dix ans, et dans de nombreuses bandes-annonces. Une démarche d'ailleurs dénoncée par le compositeur lui-même, qui affirmait l'an passé qu'il "ne travaillerait pas sur un film dont la musique de la bande-annonce est un morceau de LA LIGNE ROUGE". Ce devait être une boutade car c'était pourtant le cas de la bande-annonce de MAN OF STEEL et c'est toujours le cas pour la bande-annonce de 12 YEARS A SLAVE, où l'on entend le célèbre morceau "Journey to the line" : dans les deux cas, Zimmer a finalement composé la musique du film !

12 YEARS A SLAVE aborde un "gros sujet" qui représente un vrai défi musical comme les aime Hans Zimmer. Même sur les plus gros blockbusters, il aime s'imposer des règles, inventer des "concepts" musicaux qui l'amènent parfois vers des idées très minimalistes, ou une certaine radicalité musicale (comme dans THE DARK KNIGHT et son absence quasi systématique de mélodies, avec un score proche du sound-design). Evidemment, pour un film ayant pour sujet l'esclavage, l'erreur aurait été d'en faire trop. Zimmer le sait bien, et pour le coup, il signe ce qui est probablement sa partition la plus épurée, la plus "nue". Il imagine un thème unique, associé au personnage de Solomon Northup, composé de quelques notes lentes. Ce thème joué aux cordes, qui reviendra tout au long du film, rappelle très distinctement un autre motif composé par Zimmer pour INCEPTION de Christopher Nolan (2010), entendu notamment dans le morceau "Time". Hasard ou paresse ? Difficile à dire.

Ce qui est sûr, c'est que Zimmer essaie de s'effacer au maximum face aux images et son thème souligne simplement l'humanité du personnage, même dans les moments les plus difficiles de sa captivité. Il rappelle sa liberté perdue, qu'il désire ardemment retrouver. Son utilisation est donc, dans le film, souvent judicieuse et éclaire d'une note d'espoir les scènes les plus sombres, suggérant une émotion brute. En dehors de ces rares moments lumineux, le score de Zimmer est très sombre, avec des cordes graves (qui rappellent son travail pour les scènes de guerre de LA LIGNE ROUGE), et se fait parfois même très dérangeant, atonal, bruitiste, pour évoquer les conséquences de la violence et l'animalité de certains hommes. Il utilise aussi des percussions assez brutes (comme dans la séquence du bateau pour la Nouvelle Orléans, où il utilise aussi des vents très graves qui évoquent la sirène du navire), ou des cordes pincées ou frappées, héritées de la musique contemporaine.

Le thème de Solomon évoluant peu, la musique reste discrète et n'en fait jamais trop, apportant juste ce qu'il faut d'émotion. C'est franchement minimaliste, mais efficace et beau.

 

Sylvain Rivaud - Publié le 17-01-2014

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