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Ilan Klipper : Un Juke-Box avec Christophe
Rencontre / Court-métrage

- Publié le 05-02-2014
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Après plusieurs documentaires sur le milieu policier ou psychiatrique, le réalisateur Ilan Klipper signe sa première fiction avec le court-métrage émouvant et captivant JUKE-BOX qui met en scène Christophe en chanteur reclus cherchant l’inspiration pour une nouvelle chanson. L’actrice Sabrina Seyvecou qui figure au casting s’est également chargée de la direction d’acteur.

 Retrouvez toutes nos interviews liées aux court-métrages du Festival de Clermont Ferrand 2014

 

Interview Ilan Klipper / Sabrina Seyvecou
(JUKE-BOX) 

Quelle place avait la musique dans vos documentaires ?

Ilan Klipper : Je refuse d'aller chercher l'émotion avec de la musique « ajoutée ». C'est un principe. Je ne fais jamais cela dans mes documentaires. En revanche, c'est important qu'il y ait de la musique dans mes films, mais elle doit provenir de la scène qui se joue. Il faut que ce soit une musique intra-diégétique (IN). Les scènes musicales de mes films peuvent être mises en scène comme dans FLICS (2006) mon premier documentaire. On y voit un jeune policier en train de jouer du hard rock en tenue de policier. On était en train de faire le documentaire et il est venu vers nous pour nous dire qu'il faisait du hard rock et nous a fait écouter. C'était super, mais on s'est dit que ce n'était pas connecté au film. On a donc décidé de créer une mise en scène. C'est à dire le mettre en tenue de policier, de le cadrer frontalement, face caméra. Il joue directement pour le spectateur. On ressent la mise en scène mais le morceau est pris pour ce qu'il est, c'est à dire une musique qui ne va pas ajouter de l'émotion mais qui est au coeur de la scène. J'ai toujours pensé la musique ainsi dans tous mes documentaires. Dans COMMISSARIAT (2010), il y a une scène musicale où un policier est sur les routes de campagne, la nuit, en train d'interpréter « Tous les cris les SOS » de Balavoine. Le morceau joue à la radio et il chante en l'entendant. Et il chante bien. Je refuserais de mettre une séquence musicale si la personne chante mal, ça n'a pas de sens, la musique doit être belle !

JUKEBOX est votre première fiction, mais on ne peut pas s'empêcher de penser au chanteur Christophe en le voyant, comme un documentaire sur l'artiste au travail. Quel était le point de départ de ce projet ?

I.K : J'avais au départ un projet sur la psychiatrie. J'avais assisté à des visites à domicile, avec les médecins qui se rendent dans les maisons des patients. Je me suis dit que je ne pouvais pas le faire en documentaire mais que j'aimerais pouvoir le traiter un jour en fiction. Puis il y a eu la rencontre avec Christophe. Deux choses m'ont intéressé : sa personnalité décalée, son coté étrange. Naturellement, sans sur-jouer, il pouvait incarner un mec qui s'enferme. Il est crédible dans le rôle d'un mec hors-norme coupé du monde. L'autre aspect qu'il apportait était celui de la création. Il s'agit de musique, mais aussi de création au sens large, avec cet état dans lequel on est au moment où l'on crée, dans une angoisse, partant dans plusieurs directions. On se cherche, on est mal. Ce moment de création est un moment fragile avec le monde qui nous entoure. Cet état de recherche implique un isolement pour éviter de se perdre. Il était important qu'il soit reclus. C'est une allégorie de ce que ressent la personne qui créé. On voit ainsi dans le film l'artiste créer devant nous un morceau.

Quel a été le travail avec Christophe ?

I.K : Sur les aspects musicaux, je voulais une musique qui se trouve petit à petit. Il fallait que le personnage soit inspiré par son environnement, par la voisine qui vient, le bruit... Tout au long du film on se demande ce qu'il fait. Il râle, joue des notes quasi-dissonantes, il cherche, il a l'air fou, mais à la fin tout cela prend corps. Je voulais que le morceau final garde la tonalité de cette fragilité, que ce soit un morceau toujours un peu dissonant. Il y a une première version du morceau qu'on entend au début, qu'il a fait en amont pour le film, puis une deuxième couche s'ajoute lorsqu'il accompagne à l'image le morceau de manière spontanée, avec tous les accidents qui surviennent sur le tournage.

Sabrina Seyvecou : Christophe tenait à ce que ce soit de l'improvisation. Même s'il a travaillé le morceau en amont, au moment du tournage il improvise. D'autant qu'on lui demandait de jouer sans ses lunettes, alors qu'il en a besoin pour voir, donc il était bloqué. Cela a accentué le sentiment de fragilité.

I.K : On mettait des choses à sa disposition et il piochait. Il voyait le métronome posé dans le décor puis il a commencé à improviser avec.

Toutes les musiques ont été enregistrées en prises directes au moment du tournage ?

I.K : Tous les morceaux entendus dans le film sont des prises directes, sauf le morceau final qu'on a travaillé avant de tourner le film et sur lequel Christophe a ajouté une nouvelle couche pendant le tournage. Après, j'ai aussi conçu de mon côté un « medley » pour la fin. J'ai repris les notes que Christophe avait composées durant le tournage, et j'ai tout mélangé. J'ai donc moi-même composé un morceau dans un aspect chaotique, comme si tout se mélangeait dans la tête du personnage.

Christophe est une icône, cela a t-il été un obstacle à son incarnation du personnage ?

S.S : Il a en effet son image à soigner pour le public. Du coup il voulait être le plus beau possible pour le film. Il fallait lui faire prendre conscience que le but n'était pas d'être bien coiffé et maquillé mais d'être dans le personnage. Il avait à chaque fois le réflexe de son activité de chanteur, et voulait être beau. Mais le personnage en a rien à faire de son apparence. Je lui demandais en permanence de trouver des correspondances entre lui et le personnage. L'enjeu était de lui faire accepter le personnage, sans se renier.

I.K : En même temps, le personnage a été conçu à partir de lui. On ne peut pas lui faire jouer autre chose que ce qu'il est. Il veut rester lui même. Tout en jouant le jeu du personnage, il ne veut pas se perdre.

S.S : Puisqu'il n'est pas comédien, la base du travail reposait sur la sincérité. Il avait des tics amusants de débutant : il me regardait après chaque prise pour obtenir de ma part une approbation. Il avait peur que Ilan lui dise qu'il n'était pas bon. Il a besoin de bienveillance autour de lui, sinon il peut se crisper. Comme tout artiste, il a besoin de sentir aimé.

Faisiez-vous beaucoup de prises pour obtenir le résultat escompté ?

I.K : On faisait beaucoup de prises, mais elles variaient très peu dans le jeu. Il était globalement juste tout le temps, donc le choix des prises ne s'est pas fait entre celles où il était bon et celles où il ne l'était pas. Par ailleurs, il ne s'est jamais plaint de faire une nouvelle prise. il jouait le jeu. Il était même une force de proposition. Il participait à trouver de nouvelles idées.

Voulait-il voir les rushes pour choisir la prise où il se trouvait le mieux ?

I.K : Non, surtout pas. Il ne veut pas voir le film, il dit que cela l'inhiberait pour un prochain film.

Quel a été le travail sur sa voix si particulière ?

S.S : Il y a peu de texte. Il marmonne plutôt qu'il ne parle. Ce râle venait en improvisation. Il cherchait sa note. On a peut-être abusé du râle, mais c'est devenu un leitmotiv du personnage, dans sa manière presque animal de s'exprimer.

I.K : En général au cinéma, Christophe joue Christophe. A la fin du tournage, il nous a dit que c'était la première fois qu'il avait l'impression d'être comédien. Cela lui a plu, on sent qu'il a envie de se lancer là dedans. Il a d'ailleurs des propositions, mais il reste humble et prend son temps. Il refuse les grosses propositions pour l'instant car il préfère rester sur de petites choses comme le court métrage. Mais on a un projet de long avec lui pour poursuivre cette aventure. C'est aussi l'histoire d'un homme reclus.

Interview réalisée à Angers le 19 janvier 2014 par Benoit Basirico

 

- Publié le 05-02-2014

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