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Rafael Munoz Gomez : Grand Prix Musique au Festival de Lille pour WELKOM (@eurofilmfest)
Rencontre

- Publié le 19-04-2014
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Rafael Munoz Gomez, artiste belge de musique electronique, DJ bruxellois, signe sa première BO en 2014 pour le court-métrage de son frère Pablo Munoz Gomez (WELKOM), et emporte le Prix de la meilleure musique au Festival de Lille. A cette occasion, il livre pour Cinezik sa première interview et évoque son passage de la scène electro à la BO.

 Voir notre page consacrée au Festival du Cinéma européen de Lille

 

Interview Rafael Munoz Gomez

Cinezik : Quel a été votre parcours avant de signer pour WELKOM votre première musique de film ?

Rafael Munoz Gomez : Je suis DJ depuis une dizaine d'années. Je suis entré au Conservatoire à Mons en musique électro-acoustique où j'ai commencé à pratiquer l'écriture musicale. Je suis en train d'écrire mon mémoire de fin d'études avec comme sujet : "Gestuelle du musicien en performance live électro-acoustique". Je viens du "live" mais je fais de la musique en studio au Conservatoire. Cependant, ce que je fais à l'école est assez différent de ce qui est composé pour le film.

Quelle est votre cinéphilie ?

RMG : Puisque j'ai un frère réalisateur, c'est lui qui m'a plongé dans l'univers du cinéma. On a toujours été impressionnés par les films de Stanley Kubrick, où il y a un fort rapport au son et à la musique. Je dois cela à mon frère.

Avec le court-métrage WELKOM, vous avez donc composé votre première musique de film pour votre frère Pablo. Etiez-vous préparé à ce travail pour l'image ?

RMG : C'est la première fois que je manipulais des sons instrumentaux. C'est mon premier travail pour le cinéma. Au conservatoire, il y a une option "Sound-design", mais c'est différent. Ce film m'a vraiment permis d'apprendre à travailler sur l'image.

C'est une comédie, comment envisage t-on une musique pour ce genre de film ?

RMG : Je savais que le sujet était drôle, mais je n'ai jamais mis le terme "comédie" dessus. Ce n'est pas ainsi que mon frère a envisagé son film.

Quelles étaient les références musicales de votre frère-réalisateur ?

RMG : Il m'a demandé d'accompagner le film avec une sorte de leitmotiv en m'invitant à regarder "Dead Man" de Jim Jarmusch avec la musique de Neil Young. Je suis donc parti de cette inspiration, surtout dans la manière dont est traitée la musique dans "Dead Man", à partir d'un motif musical qui se développe comme un fil conducteur. Malgré cette référence, j'étais assez libre.

Que reste-t-il dans cette BO du style électronique de votre activité habituelle ?

RMG : La musique devait être davantage électronique et expérimentale au départ. Puis au fil des discussions, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'un film assez humain et qu'un son électro n'aurait pas du tout fonctionné. Je suis donc arrivé au choix du trombone et de la guitare. Ces deux sons marquent la rencontre entre l'univers espagnol et l'univers flamand, avec la guitare pour l'Espagne, et des éléments "fanfare" pour le flamand.

Comment avez-vous conçu cette partition ?

RMG : Je n'écris pas de partition. Je travaille à partir de séances d'enregistrement d'improvisation. J'ai rencontré pour cela le musicien François Aubinet, guitariste et tromboniste, qui a improvisé à partir d'une couleur que je lui indiquais. C'est avec ces enregistrements que j'ai pu construire la matière sonore du film en fonction des images, faire des transformations, couper dedans, ce que je fais un peu avec la musique électronique.

Et vous avez intégré dans la musique des sons de poules...

RMG : La ressemblance entre le trombone et les caractéristiques sonores de la poule m'est apparue après avoir composé la musique. Ce n'était pas voulu au départ, mais au final cela fonctionne bien.

Quelle a été votre implication sur le son du film ?

RMG : J'étais en étroite discussion avec les ingénieurs du son qui ont fait un super travail. Ils étaient ouverts à ce que je faisais. Je ne m'impliquais pas sur le son du film lui-même mais sur la couleur musicale en post-production.

A quel moment êtes vous intervenu sur le projet ?

RMG : Le film n'était pas encore en phase de montage. J'ai ainsi pu travailler à partir des premiers rushes, pour m'imprégner de l'ambiance, du rythme des séquences. C'est là que j'ai pu enregistrer mes premiers sons avec le musicien. J'ai pu composer sur les séquences que mon frère m'envoyait au fil du montage, et puisqu'il y a eu des changements dans le montage la musique a continué à évoluer jusqu'au dernier jour. Mes premiers tests ont pu influencer le montage. Il y avait des allers et retours comme un jeu de ping-pong.

Comment avez-vous appréhendé ce travail de commande, de se mettre au service d'un film, avec les contraintes que cela implique ?

RMG : J'ai pris plaisir à être au service du film, cela me permet de sortir de ce que je fais d'habitude, en laissant tomber les influences, pour se concentrer sur le film. La musicalité du son du film libère de tout et permet une approche libre. Ce qui a changé dans ma méthode est au niveau du son, mais en terme d'écriture ma technique est la même.

Avez-vous pu contribuer à l'emplacement de vos musiques dans le film ?

RMG : Pablo avait une idée très précise des emplacements, donc je savais où
la musique devait démarrer et finir. J'ai pu tout de même émettre mes avis. Il était exigeant mais à l'écoute. Nos nombreuses discussions m'ont changé de mon travail solitaire en studio.

En quoi le fait que le réalisateur soit votre frère a pu influer sur votre collaboration ?

RMG : On a pu découvrir une autre part de notre relation car nous n'avions jamais pu travailler ensemble. C'était sympa de découvrir ce rapport-là. La collaboration était simple, le rapport était direct, ce qui nous permettait d'être franc dans notre regard sur le travail. Avec quelqu'un d'autre, on perdrait plus de temps à prendre des pincettes pour s'exprimer.

Pour revenir à votre activité de DJ, est-ce qu'il vous arrive de mixer de la BO ?

RMG : Non, je ne suis pas dans cette démarche. Je visite plusieurs univers sous plusieurs pseudonymes mais pas celui-ci. J'aime bien dans mon activité de DJ électro rester dans un univers assez abstrait, et donc de ne pas avoir de citations sonores qui pourraient rappeler tel ou tel film. J'aime rester sur le sonore et la sensation du son brut.

Propos recueillis en avril 2014 par Benoit Basirico

 

- Publié le 19-04-2014

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