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GREMLINS (Jerry Goldsmith) : La partition d'un diptyque décryptée
Etude musicale par Sylvain Pfeffer

Sylvain Pfeffer, Avril 2014 - Publié le 03-05-2014
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Plongeons-nous dans la genèse musicale du diptyque GREMLINS de Joe Dante (qui fête ses 30 ans !), avec l'analyse des différents thèmes et motifs de la partition de Jerry Goldsmith.

Jerry Goldsmith - A Kingston Falls
La musique de GREMLINS et GREMLINS 2 LA NOUVELLE GÉNÉRATION

Pendant la seconde guerre mondiale, des aviateurs britanniques en mission dans le nord de l'Inde constatent des dysfonctionnements intermittents et difficiles à diagnostiquer sur leurs appareils. Le bruit court que des lutins farceurs, dangereux parfois, sont à l'origine de ces problèmes. Les pilotes les surnomment GREMLINS.

Genèse du projet

L'histoire du film débute quant à elle en 1981. Steven Spielberg, alors en quête de scénarii originaux pour sa nouvelle société de production Amblin, contacte un jeune scénariste du nom de Chris Colombus. Ce dernier lui a envoyé la première version d'une histoire intitulée GREMLINS, dont le contenu intéresse fortement Spielberg, conscient de son potentiel commercial. Pour réaliser le film, Spielberg avance le nom de Joe Dante, réalisateur de deux films d'horreur : PIRANHAS (Piranha, 1978) et HURLEMENTS (The Howling, 1981). Gremlins sort sur les écrans en 1984. L'énorme succès du film (12 millions de dollars de recette dès le premier week-end) engendrera une suite en 1990, GREMLINS 2, LA NOUVELLE GÉNÉRATION (Gremlins 2, The new batch), qui ne connaîtra pas le même succès que le premier opus.

Jerry Goldsmith

Pour mettre en musique GREMLINS et sa suite, et après deux collaborations avec le compositeur Pino Donaggio (Piranhas, Hurlements), Joe Dante fait appel au compositeur Jerry Goldsmith. Dante est un admirateur du maestro californien. Les deux hommes se connaissent et ont déjà eu l'occasion de travailler ensemble sur le long métrage produit par Steven Spielberg d'après la série télévisée TWILIGHT ZONE (Twilight Zone the movie, 1983). Jerry Goldsmith a composé l'intégralité de la partition de ce film, dont Joe Dante a réalisé un segment. Fort de cette première collaboration, Dante se tourne donc à nouveau vers Goldsmith pour GREMLINS. Ce long-métrage est le point de départ d'une fructueuse collaboration (neufs films en dix ans). Pour Dante, Goldsmith va livrer quelques-unes de ses partitions les plus réussies, mais va surtout explorer le côté « délirant » de sa personnalité.

L'instrumentation

Pour GREMLINS et GREMLINS 2, Jerry Goldsmith développe une thématique forte, une couleur orchestrale originale, mêlant orchestre symphonique et sons électroniques. La partition du premier film est dominée par l'électronique. En revanche, si ce dernier est toujours présent dans GREMLINS 2, l'ensemble de la partition du deuxième opus laisse plus de place à l'orchestre symphonique. La partition n'en est que plus percutante.

Pour les deux films et comme à son habitude, Jerry Goldsmith a énormément travaillé sa partition, notamment les dispositifs électroniques, créant ainsi des sonorités originales et pour certaines totalement nouvelles. « Je n'ai jamais rien fait de semblable auparavant [...] Au début, c'est très mignon ... et puis tout à coup, bam ! On découvre que les gremlins sont d'horribles petits salopards et alors, la musique devient complètement différente. »* Malheureusement, la musique, bien que très présente, est souvent sous-mixée dans les deux longs métrages, ce qui gâche parfois l'impact de certains morceaux. De nombreuses occurrences musicales des deux films sont en attitude de pur soutien de l'image et viennent souligner les farces dangereuses commises par les gremlins. Nous avons choisi de mettre de côté ces compositions pour nous focaliser sur les thèmes dominants véritablement les partitions.

Thèmes

Deux thèmes majeurs irriguent le terreau musical des deux films. Le premier est celui de Gizmo, le second celui des gremlins, ou "Gremlins Rag".

Le thème de Gizmo est une mélodie douce, proche de la mélopée ou de la berceuse [voir image ci-dessus]. En effet, si elle accompagne le personnage du Mogwaï musicalement en son off dans le film, elle correspond également à sa voix en son in. Lorsque Gizmo chante, c'est cette mélodie qu'il sifflote. Ce chant est d'ailleurs un indice annonciateur de la présence du Mogwaï. C'est d'abord par le chant que le père de Billy découvre Gizmo dans la boutique de Chinatown. Sur cette scène, Gizmo chante tout d'abord en son in, puis la mélodie est reprise musicalement en son off. Dans GREMLINS 2, Billy se rend compte que Gizmo est dans la tour Clamp, en entendant un livreur siffler la mélodie qu'il a lui-même entendue dans le laboratoire où Gizmo est retenu prisonnier.

Trouver la voix de Gizmo a été une des difficultés du film. Plusieurs voix ont été enregistrées, dont celles de chanteurs d'opéra. Au final, Jerry Goldsmith a utilisé celle d'une fillette de 13 ans qui fréquentait la même synagogue que lui. Dans le film, la voix de Gizmo est un mélange entre la voix de la fillette et des éléments électroniques.

Le thème musical de Gizmo intervient à de nombreuses reprises dans le film et subit quelques variations. Ce thème est souvent joué par un instrument soliste, acoustique ou électronique, sans soutien orchestral. 

Le thème de Gizmo est une des rares occurrences musicales des deux films qui entre en situation d'approfondissement de l'image. La douceur du thème attendrit le spectateur, vient créer un sentiment de sympathie immédiat pour la petite créature.

Le thème de Gizmo fait également office de thème d'amour dans le premier film et vient illustrer la romance entre Kate et Billy.

Le thème des Gremlins est l'opposé du thème de Gizmo, à l'instar des créatures qu'il représente. Ce Gremlins Rag est la pièce d'anthologie des deux films, l'un des thèmes majeurs de la carrière de Jerry Goldsmith. Pourtant, dans les deux films, ce thème est rarement entendu dans sa totalité. Ce n'est que lors des génériques de fin qu'il explose littéralement, communiquant son énergie au spectateur.

Le thème des gremlins est construit sur une rythmique à quatre temps. Il intervient principalement en attitude de soutien de l'image, venant souligner les catastrophes causées par les gremlins. Le motif mélodique principal est donné par la même note fa répétée six fois. Ce motif répétitif et bondissant illustre parfaitement le côté nerveux des créatures [voir image ci-contre].

Le thème entre parfois en attitude d'approfondissement et vient alors annoncer l'arrivée imminente des gremlins. C'est le cas dans GREMLINS, lors de la naissance des cinq autres Mogwaï, lorsque de l'eau tombe accidentellement sur Gizmo. Les premières mesures du thème se font entendre, annonçant les gremlins en devenir. Il en est de même dans GREMLINS 2 lors de la multiplication des gremlins. Le plan montre un écran de surveillance du building où l'on voit le début de la prolifération des créatures. Le thème, dont c'est la première occurrence dans le film, annonce les dégâts à venir.

Comme indiqué plus haut, le thème des gremlins n'intervient véritablement dans sa version complète que sur les génériques de fin des films. Dans GREMLINS, le plan final montre le vieil antiquaire chinois quittant Kingston Falls. Le thème de Gizmo se fait entendre sur les images de la ville au soleil couchant, en voix off, le père de Billy prévient alors le spectateur d'être vigilant, car qui sait, un gremlin se cache peut-être près de chez lui ! Sur cette phrase le "Gremlins Rag" arrive dans une version électronique et amorce le générique. Là encore nous pouvons considérer que le thème final est en situation d'approfondissement. En effet, c'est la fin du film, mais les gremlins peuvent revenir. En témoigne les rires des créatures qui se font entendre à la toute fin du générique. Pour GREMLINS 2, Jerry Goldsmith réarrange son thème dans une version orchestrale dominée par la trompette. Il en résulte un générique de fin beaucoup plus musclé et dynamique que celui du premier film. Ce "Gremlins Rag" est le thème idéal pour accompagner les créatures dans leurs forfaits. En effet, une certaine anarchie musicale semble s'emparer de ce morceau à la folie communicative.

Notons, que comme Gizmo, les gremlins fredonnent eux-aussi leur thème dans certains plans des films. Dans GREMLINS, ils s'improvisent chanteurs de Noël et entonnent leur thème sous les fenêtres d'un quartier de Kingston. Dans GREMLINS toujours, un thème secondaire pour les créatures est entendu. Ce thème à trois tons avec cordes en pizzicato est introduit lors de la mort du professeur Hanson dans son laboratoire.

Dans GREMLINS 2, le compositeur écrit un thème pour la nouvelle génération de créatures [voir image ci-contre]. Ce thème est plus principalement associé au Mogwaï puis au gremlin déjanté que Kate ramène chez elle, le confondant avec Gizmo. Ce motif mélodique dérive directement du thème du Gremlins Rag. La ligne mélodique principale est confiée à la trompette qui joue des notes répétées similaires à celles de ce dernier. La rythmique à quatre temps, donnée par des arrangements de batteries synthétiques, est également la même.

A côté de ces deux thèmes majeurs, Jerry Goldsmith va écrire plusieurs autres motifs pour accompagner les personnages ou les situations des films de Joe Dante.

Commençons par évoquer le générique d'ouverture de GREMLINS 2. Si le générique de GREMLINS, montrant la ville de Kingston Falls sous la neige, était accompagné par une chanson de musique de source, "Baby please come home" de Darlene Love, le générique de GREMLINS 2 s'ouvrant sur des plans de l'île de New York, est lui totalement orchestral. Pour ce générique, Goldsmith écrit une ouverture majestueuse et pleine d'emphase, qui exprime toute la grandeur de la cité. Ce thème qui n'intervient que sur le générique est écrit en mode lydien, mode qui se prête parfaitement à ce genre d'illustration [voir image ci-dessous].

Le générique avance et les vues de New York sont remplacées par des plans du quartier de Chinatown. Les hommes du riche magnat Daniel Clamp s'y rendent pour essayer d'acheter la boutique du vieil antiquaire chinois. Pour illustrer Chinatown, Goldsmith écrit un motif basé sur un système pentatonique [voir image ci-dessous]. 

Ce type de système est souvent utilisé dans la musique chinoise et évoque instantanément l'Asie pour le spectateur. Ce motif intervient ici en soutien pur et vient accentuer l'orientalisme de l'image. Cependant, ce motif de Chinatown n'est pas sans rappeler un autre motif composé par Goldsmith pour un autre film, RAMBO 2 : LA MISSION (First Blood part II) de George Pan Cosmatos en 1985. Dans ce film, John Rambo part en mission au Vietnam. Le film s'ouvre sur des plans aériens de ce pays. Le générique écrit par Goldsmith pour accompagner les images fait partie des références de sa discographie en matière de musique d'action. Dans la deuxième partie du thème générique, le compositeur développe un motif basé lui aussi sur un système pentatonique, toujours pour évoquer l'Asie [voir image ci-dessous]. 

Ce motif est très proche de celui écrit cinq ans plus tard pour l'ouverture de GREMLINS 2. Ils présentent en effet tous deux une quarte descendante en fin de motif. 

Cette similitude est d'autant plus intéressante quand on sait que Gizmo s'identifie très fortement au personnage campé par Sylvester Stallone dans RAMBO. Après que les hommes de Clamp sont repartis de la boutique au début de GREMLINS 2, Gizmo regarde la télévision et tombe sur une diffusion de RAMBO II. Plus tard dans le film, voulant sauver Kate et Billy, il se construira un arc et passera un bandeau autour de sa tête, comme John Rambo. La similitude musicale n'est donc peut- être pas fortuite. En plus d'évoquer l'Asie à juste titre, Goldsmith appuie volontairement la référence en tissant musicalement un lien entre les films. Il va en cela dans le sens de son ami réalisateur Joe Dante, qui aime ponctuer ses films de références à d'autres films ou à sa propre filmographie. Ici, le premier degré de la référence ethnographique n'est donc peut-être qu'une apparence.

Nous l'avons dit, le générique d'ouverture de Gremlins est une chanson. Cependant, juste après cette dernière, un thème musical accompagne les déambulations de Billy dans son quartier de Kingston. Il est en retard au travail et traverse en courant les rues enneigées. Ce thème, que Jeff Bond et Mike Matessino associent à Billy dans le livret de l'édition FSM des Gremlins est également fortement associé au quartier, au « Neighbourhood ». Tout amateur des films de Joe Dante sait que beaucoup d'entre eux s'ouvrent par des plans des quartiers américains, des plans qui montrent la vie du quartier et son quotidien idéal. De ce fait, Jerry Goldsmith a souvent eu l'occasion d'illustrer musicalement ce genre de séquence. Et il le fait souvent de la même manière. Le thème du quartier ou thème de Billy des Gremlins est écrit, comme le générique de GREMLINS 2, en mode lydien. C'est un thème construit sur une ligne de violon bondissante, avec des cordes en pizzicato [voir image ci-dessous].

Ce thème revient à plusieurs reprises dans le film et accompagne toujours des plans de Billy dans le quartier. Notons que Joe Dante avait monté une version de travail de la séquence d'ouverture avec le thème du film d'Alfred Hitchcock MAIS QUI A TUÉ HARRY (The Trouble with Harry, 1955), composé par Bernard Herrmann. La présence des pizzicatos dans le thème de Goldsmith peut renvoyer à ce premier montage, car cela évoque l'esprit de l'écriture herrmannienne. Des thèmes similaires composés par Goldsmith peuvent être entendus en ouverture des BANLIEUSARDS (The Burbs, Joe Dante, 1989), SMALL SOLDIERS (Joe Dante, 1998), mais aussi dans POLTERGEIST (Tobe Hooper, 1982, sur la traversée du quartier à vélo par le voisin des Freeling). 

Tous ces thèmes sont écrits en mode lydien avec pizzicato de cordes et accompagnent des plans sur les « neighbourhoods ». Le mode lydien des morceaux accentue le sentiment de bonheur et de vie idéale montré par les images. Avec le thème du quartier, Kingston Falls enneigée devient une véritable boule à neige, un monde parfait en miniature. Mais cette vision n'est qu'apparence car on le sait, la vie du quartier n'est pas si tranquille que cela. La surenchère musicale du compositeur amène donc une mise à distance et la musique entre en attitude de recul. Une fois de plus le premier degré musical se doit donc d'être dépassé.

Dans GREMLINS II, Jerry Goldsmith développe un motif du même type, toujours en mode lydien, et qui fait lui aussi référence au quartier [voir image ci-dessous]. 

Mais ici, c'est l'évocation du souvenir. En effet, dans La nouvelle génération, Kate et Billy ont quitté Kingston Falls pour s'installer à New York. Leurs anciens voisins, les Futterman viennent leur rendre visite. Sur cette séquence, Goldsmith compose un joli motif évoquant la nostalgie du passé. Malheureusement, dans le film le morceau passe quasiment inaperçu, noyé dans les bruitages et les effets comiques de la scène. Les premières mesures de ce thème ce font également entendre lorsque Clamp découvre le dessin de Kingston Falls exécuté par Billy. Mais ce n'est qu'au générique de fin que la mélodie s'épanouit pleinement, permettant à l'auditeur de l'apprécier à sa juste valeur.

Petits thèmes parodiques

Dans GREMLINS et GREMLINS II, Jerry Goldsmith compose également des petits thèmes parodiques pour accompagner certains personnages. Dans GREMLINS, nous avons le thème de Mrs Deagle. Cette petite mélodie décalée est construite sur un motif de valse bancale pour sons électroniques, cordes et percussions [voir image ci-dessous]. 

Jouée de manière saccadée, la musique opère en contrepoint de l'image, et vient déconstruire totalement l'aspect autoritaire du personnage. Il en est de même dans GREMLINS II où l'abject personnage du docteur Katheter interprété par Christopher Lee se voit attribuer une petite marche. Celle-ci, confiée à la trompette, est plus sautillante car les notes sont pointées [voir image ci-dessous]. 

Là-encore, la musique est en contrepoint de l'image, sapant l'effet de l'attitude inquiétante adoptée par le chercheur. A la fin de GREMLINS 2, lors de la mort des gremlins, Clamp donne l'assaut à son propre building avec l'aide des forces spéciales. Mais il arrive après la bataille. L'attitude héroïque du personnage est anéantie par la musique de Jerry Goldsmith qui écrit pour la séquence une nouvelle marche ironique. Relevons également un court motif héroïque pour les scènes avec Gizmo/Rambo.

Effets musicaux secondaires

Evoquons aussi certains petits effets musicaux secondaires mais tout de même intéressants : 

Sur l'ouverture de GREMLINS, Jerry Goldsmith tisse une ambiance musicale assez mystérieuse pour suivre les pérégrinations du père de Billy dans Chinatown. Des clochettes électroniques et acoustiques se font entendre. Ces clochettes évoquent les sonorités cristallines de Noël, mais servent aussi de mise en garde musicale. En effet, elles reviennent lorsque le petit-fils de l'antiquaire donne les trois avertissements au père (ne pas exposer le Mogwaï à la lumière vive, ne pas le mouiller, ne pas le nourrir après minuit). Il en est de même lorsque Billy reçoit Gizmo en cadeau et que son père lui explique les trois règles. Les clochettes sonnent et laissent planer un mauvais présage.

Pour illustrer la naissance des gremlins, le compositeur met en place des nappes sonores angoissantes assez proches de ce qu'il avait écrit pour ALIEN de Ridley Scott en 1979. La musique intervient à chaque fois sur les scènes de la découverte des cocons dans GREMLINS et GREMLINS 2.

 

Avant de conclure, relevons une similitude thématique, qui si l'on aime tenter de tisser des liens entre les films mis en musique par Jerry Goldsmith, peut devenir significative. A la fin de GREMLINS 2, lors du rapprochement amoureux entre Daniel Clamp et Marla la supérieure de Billy, un motif de sept notes se fait entendre [New Trends sur l'album Varèse Sarabande]. Ce motif est très proche thématiquement de celui composé par Jerry Goldsmith pour l'un des thèmes principaux du film LÉVIATHAN de George Pan Cosmatos en 1989. Le motif de Léviathan [que l'on peut entendre régulièrement dans le score, par exemple sur la piste "A lot better" de l'album Varèse sarabande] est constitué de cinq notes et est donc plus court que celui composé par Goldsmith un an plus tard pour Joe Dante. Cependant, la construction est la même [voir image ci-dessous].

Ceci est-il une simple coïncidence, une similitude fortuite ? Peut-être, mais malgré tout en poussant le raisonnement, nous pouvons voir certaines ressemblances entre les deux films qui justifieraient ce rapprochement thématique. En effet, dans le film de Cosmatos, le laboratoire sous-marin n'a de contact avec sa direction basée à terre que par liaison vidéo. Cette pratique high-tech et déshumanisée n'est pas sans rappeler celle de Clamp dans le film de Dante. De plus la responsable du personnage joué par Peter Weller dans LÉVIATHAN semble plus intéressée par son avenir personnel que par celui de ses employés, comme Marla dans les GREMLINS.

Avec GREMLINS, Joe Dante et Jerry Goldsmith entamaient une longue collaboration qui allait permettre au compositeur de livrer quelques-unes de ses partitions emblématiques. Jerry Goldsmith a eu deux collaborations relativement régulières, l'une avec Franklin J. Schaffner, l'autre avec Joe Dante. Face au sérieux des partitions pour Schaffner, celles pour Dante peuvent être vues comme des « récréations ludiques ». Mais dans le sérieux comme dans le jeu, force est de constater que la musique de Goldsmith reste originale et novatrice, la maîtrise et la technicité sont identiques. Pour GREMLINS et sa suite, Jerry Goldsmith livre un des thèmes les plus célèbres de sa carrière. Un "Gremlins Rag" qui a marqué en salle toute une génération de spectateurs, et qui continue aujourd'hui à habiter les esprits comme les gremlins continuent de se cacher dans un coin de grenier, dans un angle de cave, pour jouer avec nos nerfs et travailler notre anxiété. 

Grâce à Jerry Goldsmith, les gremlins de notre imaginaire peuvent devenir réels, il suffit de fredonner un célèbre thème...

 

Merci à Jérôme Rossi pour sa disponibilité et sa grande connaissance de la théorie musicale. Merci à Iris Le Guinio pour ses traductions de certains articles écrits dans la langue de Shakespeare.

*Propos rapportés par Jeff Bond et Mike Matessino dans le livret de l'édition FSM des Gremlins, p. 9 : "I've never done anything like this before [...] it starts out sweet and gentle ... and then all of a sudden bang ! You find out that the gremlins are these nasty little buggers and so the music takes on a totally different tune."

 

Sylvain Pfeffer, Avril 2014 - Publié le 03-05-2014

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