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Shanti Masud : Une oeuvre musicale en pleines métamorphoses / Brive 2014 (@festcinemabrive)
Rencontre, Brive

- Publié le 11-05-2014
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Shanti Masud signe en 2009/2010 un diptyque musical avec des individus seuls qui écoutent de la musique (BUT WE HAVE THE MUSIC et DON'T TOUCH ME PLEASE). Après ces court-métrages très singuliers, elle poursuit son travail de portraits de manière plus classique narrativement avec POUR LA FRANCE (2013) et de manière totalement poétique et sensuelle avec METAMORPHOSES (2014) pour lequel elle collabore à la musique avec Ulysse Klotz.

Cette interview a été réalisée à l'occasion du Festival de Brive 2014. 
 Voir notre page dédiée au festival - Brive 2014 en 5 interviews

 

Interview Shanti Masud (MÉTAMORPHOSES)

Cinezik : Votre filmographie s'est ouverte en 2009 sur deux films très musicaux : BUT WE HAVE THE MUSIC (portraits de gens seuls ou en groupe en train d'écouter fixement un morceau de musique - Film à voir ICI) et DON'T TOUCH ME PLEASE (des parades amoureuses où chacun a sa chanson - film à voir ICI). D'où vous est venue cette idée de construire ces films à partir de chansons écoutées par les personnages ?

Shanti Masud : La musique et les chansons en particulier racontent quelque chose, permettent de mettre des mots à la place des dialogues et de créer une atmosphère. Pour ce diptyque, l'idée de départ était de faire un travail photographique, auquel j'ai ajouté la musique pour que ce soit cinématographique et permettre l'évasion.

Est-ce que vous pratiquez la musique ?

S.M : J'ai fait un peu de batterie dans le passé avec un batteur de jazz très célèbre, Sunny Murray. J'ai déjà chanté pour un ami et je fais un peu de guitare. Je réalise aussi des clips. La musique ne me quitte plus en tant que réalisatrice, même dans POUR LA FRANCE (2013) où il y a de longues plages musicales. J'aime monter en musique. La musique aide à comprendre le rythme d'une série d'images.

La musique vous accompagne t-elle dés l'écriture ?

S.M : Quand j'écris mes scénarios, j'écoute de la musique. Parfois, cela m'aide à trouver un titre et à me concentrer. Les morceaux m'accompagnent dans l'écriture.

Votre rapport à la musique, notamment dans le diptyque qu'on a évoqué, peut rappeler l'univers de Aki Kaurismaki chez qui la musique remplace les dialogues ?

S.M : C'est un cinéaste que j'adore. Il a fait jouer Joe Strummer dans "J'ai engagé un tueur". L'absurdité de ce chanteur seul dans un bar vide me touche énormément. C'est comme un tableau. Je me retrouve dans cette esthétique. J'ai cette même obstination de filmer des gens seuls dans le cadre. J'ai été influencée par cette mélancolie, cet absurde, ce comique. Il y a une phrase de Kaurismaki que je vais utiliser dans mon prochain film "Jeunesse", ce sera la dernière phrase du film : "Je suis une vieille merde sentimentale".

Quelle est la place accordée à la musique dans votre avant-dernier court-métrage POUR LA FRANCE, qui semble de prime abord moins musical que vos premiers films ?

S.M : J'imaginais des musiques lors de l'écriture, j'en ai gardé un peu au final. Olivier Marguerit, mon amoureux, musicien membre de Syd Matters, a participé en faisant un morceau entendu dans le bar. C'est une musique faite avec des sons enfantins, oniriques. Je pensais à des sons de xylophone, comme dans "La Balade sauvage" de Terence Malick, quelque chose de très doux qui correspond à la pause de l'ange dans le bar. Mais à part ça, je n'envisageais pas de collaborer avec un compositeur. Je pensais qu'il y avait suffisamment de musiques préexistantes. Rencontrer Olivier m'a un peu décoincé avec cette idée de convoquer une musique originale. C'est un musicien hors pair alors je n'allais pas m'en priver.

Olivier Marguerit (qui fait son apparition en milieu d'entretien) : Shanti avait comme référence une chanson de Bruce Springsteen pour cette scène de bar. Pourtant, je n'ai pas du tout sa voix et son énergie rock, mais Shanti avait écrit un texte dans l'esprit. J'imagine alors une chanson, et à l'image ça fonctionne. Ce n'est pas du tout rock au final, c'est assez mélodique.

Quelle est votre relation à la musique de film ?

O.M : La musique de film est pour moi un moment où je peux essayer des choses que je ne peux pas faire dans un cadre plus pop. La grosse difficulté quand je m'attaque à une musique de film, c'est de trouver un équilibre pour ne pas que ma musique prenne trop de place par son caractère mélodique. Il faut que la musique ne prenne pas trop de place, et en même temps je ne veux pas juste faire de l'aplat de son et des ambiances.

Shanti, de quelle manière la musique contribue à votre montage ?

S.M : Je monte toujours avec les musiques que j'imagine pour le film et qui vont rester dans le film final. Pour la scène du tatouage dans POUR LA FRANCE, je ne l'imaginais pas en musique au départ. C'est en la montant que je me suis aperçue du vide qu'elle dégageait. J'ai finalement utilisé "Le Prélude à l'après-midi d'un faune" de Claude Debussy. C'est un morceau magnifique, et il fonctionnait très bien. Je voulais au départ une ambiance réaliste, je n'imaginais pas le film si onirique. Debussy y apporte une atmosphère inquiétante.

Votre dernier film METAMORPHOSES est une série de 8 tableaux, où 4 filles et 4 garçons se racontent avec lyrisme et passion, sur la musique de Ulysse Klotz. Quelle était l'intention première pour ce projet ?

S.M : L'idée était de faire quelque chose de spectaculaire, de partir d'un procédé simple qui est le portrait, inspiré de ce que j'avais déjà fait, et de me diriger vers le film fantastique. Musicalement, la musique d'Ulysse est également spectaculaire, audacieuse et osée. Il fallait en faire des tonnes, se placer dans une esthétique presque hollywoodienne, pour s'associer à un texte lyrique, au vocabulaire chargé. Que ce soit dans les maquillages comme dans la musique, il fallait que ce soit joué au premier degré.

Qu'est-ce qui vous a convaincu d'instaurer votre première véritable collaboration avec un compositeur ?

S.M : Je trouve la musique d'Ulysse Klotz fascinante et particulière. J'avais aimé sa musique dans VANDAL de Hélier Cisterne. C'est ce qui m'a convaincu. Il y a dans sa musique la promesse de faire grandir les personnages. On a eu un dialogue très simple. Il travaille très rapidement, ce qui convenait à l'urgence du projet. Il était l'homme de la situation. Il est venu à la maison voir le montage fini. Le film était donc monté sans les musiques quand il est intervenu.

Aviez-vous des références à lui indiquer pour le guider ?

S.M : On a parlé de Hans Zimmer (pour le côté hollywoodien), ainsi que de la pièce "Métamorphoses" de Philip Glass, mais on évoquait surtout l'esprit général, les atmosphères. Ulysse m'avait aussi envoyé en amont des musiques qu'il avait faites, des musiques ambiantes "dark". Je voulais aussi un style médiéval, dans l'esprit d'une jeune vierge qui joue de la harpe au bord d'une rivière, quelque chose de champêtre.

Le film est une succession de tableaux et de personnages, avez-vous construit la musique en cherchant une identité pour chacun ?

S.M : Oui, c'est un peu ça. Pour Clémence Poesy qui parle de la perte de la virginité, je voulais une musique inquiétante et rassurante à la fois. Avec Niels Schneider, le ton est plus guerrier, il parle d'une bataille perdue, c'est guerrier et romantique à la fois. Pour Nicolas Maury, c'est terrifiant...

Et il y a quelques moments chantés...

S.M : Je ne voulais pas tous les faire chanter, mais ils sont trois : Valentine, Friedelise (le personnage du loup qui chante la Barcarolle d'Offenbach, ''Belle nuit, o nuit d'amour..." en allemand), et Christophe Nanga-Oly (la panthère noire qui chante sur un compagnon disparu).

Propos recueillis à Paris en avril 2014 par Benoit Basirico

 

- Publié le 11-05-2014

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