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Caroline Poggi et Jonathan Vinel : la violence et le romantisme des fusils à pompe / Brive 2014 (@festcinemabrive)

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- Publié le 11-05-2014




Caroline Poggi et Jonathan Vinel sont les lauréats de l'Ours d'or du meilleur court métrage au dernier festival de Berlin pour TANT QU'IL NOUS RESTE DES FUSILS À POMPE (un film sur l'amour d'un garçon pour son frère qui veut le sauver avant de mourir). Ce film convoque diverses musiques, classique, black metal et electro, pour une fresque sensorielle et plastique envoûtante. 

Cette interview a été réalisée à l'occasion du Festival de Brive 2014. 
 Voir notre page dédiée au festival - Brive 2014 en 5 interviews

 

Interview Caroline Poggi et Jonathan Vinel
(TANT QU'IL NOUS RESTE DES FUSILS À POMPE) 

Cinezik : Avant de passer à la réalisation, quelle était votre relation à la musique ?

Jonathan Vinel : Je faisais de la basse quand j'étais au collège. Je suis très vite entré dans un groupe qui faisait du metal-hardcore. J'ai ainsi d'abord fait de la musique avant de faire du cinéma. J'aimais des musiques assez violentes qui passaient par la distorsion, avec très peu de refrains. C'est en rencontrant des gens qui s'intéressaient au cinéma dans le milieu hardcore à Toulouse que j'ai commencé à voir des films.

Caroline Poggi : Je n'ai pas fait de musique du tout me concernant. J'ai en revanche écouté beaucoup de musiques différentes : de l'électro, des musiques de films, du classique, et j'étais influencé par les goûts de mes parents, le rock par ma mère, puis j'ai eu une période de musique traditionnelle. Actuellement, je suis dans une phase plus techno. C'est par période.

Comment s'est produit le passage à la réalisation ?

J.V : En première, j'aimais beaucoup Guy Ritchie et son film "Snatch" qui m'a donné envie de faire un film de mafia dans mon village. Mais ça ne marchait pas du tout, j'ai vite arrêté. Puis j'ai fait du montage. Mes premiers films étaient des films de montage où je filmais peu de choses, j'utilisais des images existantes.

C.P : Moi j'ai vécu en Corse, puis je suis allé à la fac en licence à Paris 7 où j'ai rencontré Jonathan. Au départ, je voulais faire du son. J'ai fait à l'université des pièces radiophoniques. J'aimais bien ce qu'on pouvait dire avec le son. Mais je me suis rendu compte que j'étais frustrée de faire le son pour les autres, de ne pas mettre en scène mes propres histoires. J'ai très vite eu envie de raconter des choses. Je me suis donc mis à réaliser mes films.

Y a t-il une formation à la musique dans votre apprentissage du cinéma ?

J.V : Je suis actuellement à la FEMIS en montage, et il y a un séminaire sur le sujet. On a même eu un Skype avec Cliff Martinez.

C.P : A Paris 7, il y avait des courts de cinéma hollywoodien où Pierre Berthomieu parlait de la musique dans les films. On ne peut pas occulter la musique dans l'analyse des films.

Quelle est la place de la musique dans votre travail de montage ?

J.V : Il faut que la musique ait un lien avec l'image, sinon ça sert à rien. Je ne comprend pas comment on peut monter sans musique mais on n'en rajoutant une après. Je ne vois pas l'intérêt. Au montage, j'ai une playlist de musiques et de chansons que je sélectionne en pensant qu'elles iront bien avec le film. C'est comme un jeu. C'est au montage que je saisis le besoin de musique, ce n'est pas écrit à l'avance. En revanche, pour TANT QU'IL NOUS RESTE DES FUSILS À POMPE, c'est la première fois que j'avais prévu les musiques avant le tournage, d'autant qu'il y a la scène où les personnages chantent et dansent.

Quelles sont les choix de musiques dans ce dernier film ?

C.P : Lorsqu'ils dansent, au départ il y avait une musique de free party. Mais elle n'élevait pas suffisamment la scène. On a mis au final un groupe de black métal qui s'appelle Liturgy. C'est la seule séquence où la musique du tournage n'est pas celle du montage,. Il fallait trouver une musique pour faire danser les personnages. Ils n'auraient jamais dansé de cette manière sur Liturgy, qui amène un contraste avec ses voix sacrées. La musique permet de s'éloigner du réalisme. C'est la recherche d'une puissance par la musique qui glorifie les personnages qui sont comme des gladiateurs.

J.V : Le mixeur Clément Laforce (qui étudie le son à la FEMIS) a aussi participé au choix des morceaux. Il nous envoyait des titres, surtout pour les pièces classiques. C'est grâce à lui qu'on a mis Purcell.

Quel a été le travail de mixage justement ?

C.P : Il y a eu un gros travail au son. On voulait épurer au maximum, pour choisir uniquement les sons qu'on voulait entendre. Mais on s'est rendu compte que le film manquait en dynamique. Quand on avait enlevé toutes les ambiances, il ne restait plus grand chose. Il y a donc eu un travail de soustraction au son, puis ensuite on a additionné des éléments petit à petit.

Votre démarche peut rappeler celle de Godard...

J.V : J'aime son travail fragmentaire, ça me parle pour des raisons de sensations et d'esthétisme. J'ai l'impression d'être un enfant qui s'amuse avec des images.

C.P : On sent chez lui la fabrication, on voit la coupe. On se sent également proche de l'utilisation de la musique chez Jean-Claude Brisseau, dans la manière qu'intervient la musique de Haendel dans "Choses secrètes".

J.V : J'ai d'ailleurs utilisé cette musique dans "Notre amour était puissant", c'est grâce à Brisseau.

Que pensez-vous d'une collaboration avec un compositeur ?

J.V : On pourrait collaborer avec un compositeur, mais pas pour qu'il fasse toute la musique du film. Notre cinéma fonctionne avec des palettes de musiques, dans des styles différents, qui s'entrechoquent, mais pas une ligne directrice de musique, avec un thème qui revient. On ne fait pas ça. Et on ne peut pas demander à un compositeur de faire du Purcell. Un même compositeur ne peut pas faire de l'orchestre, du black métal et de l'électro. Aussi, une musique que l'on connaît dejà n'a pas le même statut qu'une musique originale. Avec Liturgy ou encore Salem, on est dans la mythologie. Ce sont des musiques qui convoquent un autre univers, un autre temps.

C.P : On détourne aussi le black métal. Les gens pensent à une musique bruyante qu'ils n'écouteraient jamais chez eux, alors que quand on l'utilise elle ne heurte personne. Pour moi, il y a une tristesse et une gravité dans cette musique, alors que pour les gens qui l'écoutent elle est plus festive. Ce n'est pas l'utilisation qu'on en fait, même si on l'utilise dans TANT QU'IL NOUS RESTE DES FUSILS À POMPE lors de la fête du gang.

J.V : Il y a les deux aspects dans cette musique, festif et triste à la fois, c'est un peu "heureux d'être triste".

Votre film fonctionne au premier degré, la musique ne vient ajouter aucune ironie...

J.V : Je déteste le cynisme. Je ne veux pas utiliser une musique pour provoquer une distance comique, qui rendrait la situation un peu ridicule. On a une approche romantique des choses.

Propos recueillis à Brive en avril 2014 par Benoit Basirico

 


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