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Rencontre avec Robert Marcel Lepage (FATIMA) : “Je me considère plus comme un cinéaste dont la spécialité est la musique que comme un musicien.”

- Publié le 23-06-2015
lepage,fatima, - Rencontre avec Robert Marcel Lepage (FATIMA) : “Je me considère plus comme un cinéaste dont la spécialité est la musique que comme un musicien.”


Musicien, compositeur et bédéiste québécois, Robert Marcel Lepage a signé la musique de plus de 150 longs métrages ("20h17 rue Darling", "La Neuvaine", "Ce qu'il faut pour vivre"), courts métrages ("Dessine-moi une chanson"), documentaires ("Les Enfants du Refus Global", "Roger Toupin", épicier variété), séries télé ("Belphégor", "Urgences"), publicités et autres. Il est à l'affiche en octobre 2015 de FATIMA, film de Philippe Faucon qui fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.

Interview Robert Marcel Lepage

Cinezik : Quelle formation musicale avez-vous ?

Robert Marcel Lepage : J'ai une formation de compositeur, j'ai fait une université en composition où l'on est formé à écrire de la musique contemporaine. J'ai malgré tout pu écrire du rock par ailleurs. Ce côté éclectique convient bien au cinéma.

Par quel type de films avez-vous commencé l'écriture pour le cinéma ?

R.M.L : J'ai surtout commencé pour le cinéma d'animation qui est assez fort au Québec. A partir de là, j'ai eu plusieurs occasions de travailler sur des séries d'animation. Et pour le documentaire qui est aussi assez fort au Québec.

Quel est votre instrument fétiche ?

R.M.L : Mon instrument principal est la clarinette. J'en ai beaucoup joué, moins maintenant. Je ne pouvais pas mettre de la clarinette dans toutes mes musiques de films, ce qui m'a forcé à écrire pour autre chose.

Pourquoi avoir fait le choix de devenir un compositeur de musique de film ?

R.M.L : Être compositeur de musique de film n'est pas un choix mais une conjoncture. Les invitations se suivent et on se rend compte qu'on a un style qui fonctionne pour le cinéma. C'est un art du temps qui exige une souplesse dans l'écriture. Puisque je viens de l'improvisation, j'ai une écoute qui convient à cet art.

Qu'est ce qui vous inspire le plus avec un film, son scénario ou ses images ?

R.M.L : Ce qui m'intéresse au cinéma, c'est la facture du film. Parfois on se fait des idées au scénario, mais c'est la manière dont le film sera tourné, avec sa lumière, qui détermine comment la musique va pouvoir se développer en parallèle. J'ai souvent travaillé à partir du scénario mais on peut avoir des surprises par la suite.

Parlez-nous de FATIMA, le film de Philippe Faucon présenté en mai 2015 à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, qui sort en salles le 7 octobre 2015 ?

R.M.L : C'est un film de facture très réaliste. Cela peut poser un problème car la musique peut ne pas fonctionner très bien. J'ai d'ailleurs dit à Philippe que son film n'avait pas besoin de musique. Il m'a donc juste demandé une musique pour ouvrir et une pour fermer, qui donne le ton, car sinon dans le film on n'en avait pas besoin. Ce n'est tout de même pas si facile, il faut saisir le ton du film et définir la tension finale, sur quelle note le public va sortir de la salle. La musique ouvre et ferme le film sur une note positive car sa conclusion est pleine d'espoir. La musique n'enfonce pas le clou dans le cercueil, mais donne un sentiment positif et serein.
Je n'aime pas quand il y a trop de musique, cela m'agace. Donc quand quelqu'un me dit qu'il ne veut pas de musique, cela ne me dérange pas, je peux trouver des solutions, des musiques discrètes et transparentes qui vont bien se marier.

De quelle manière avez-vous convoqué dans votre musique l'Algérie présente dans le film ?

R.M.L : Ce film est sur l'intégration des algériens dans la société française. Philippe voulait absolument du Oud. J'avais cette contrainte. J'étais un peu réticent de mettre du Oud sur un film avec des arabes, alors je me suis demandé ce que le Oud pouvait apporter à la musique européenne. J'ai voulu faire comme une leçon. Des phrases de Oud sont répétées plusieurs fois, et les instruments européens essaient de reproduire la même mélodie. Il y a une orchestration avec violon, piano, violoncelle et accordéon qui reproduisent les lignes du Oud, comme une classe qui répéterait la leçon du professeur. Je suis très fier de mon idée. La plupart des réalisateurs français sont allergiques à l'accordéon alors j'ai demandé à Philippe si cela ne le dérangeait pas. Il m'a dit qu'il aimait bien. J'ai été un peu surpris.

Considérez-vous vos musiques pour le cinéma comme de la musique personnelle ?

R.M.L : Je fais par ailleurs une musique personnelle, je la fais pour moi, je fais exactement ce que je veux, mais elle ne marcherait jamais pour un film. Un film est une chose collégiale. Je suis l'interprète et le traducteur en musique des intentions du réalisateur et des possibilités du film. C'est un dialogue à trois, une triangulation entre le besoin du film, le désir du réalisateur et mon potentiel. Je dois traduire les intentions de Philippe en musique pour son film. Je me considère plus comme un cinéaste dont la spécialité est la musique que comme un musicien. Ce n'est pas le même rapport. Une musique qui a bien fonctionné dans le film n'est pas forcément la musique la plus belle, la meilleure, la plus intéressante ou la plus complexe, mais c'est une musique pour le film, c'est le film en musique. Il faut ainsi parfois que la musique soit gauche, bruyante, une musique que l'on ne mettrait pas forcément sur un disque. Cette contrainte m'intéresse.

Qu'attendez-vous de vos futures propositions ?

R.M.L : Je suis un maniaque de l'originalité, alors si on me propose des choses originales cela me va très bien. Après, si on me propose des choses plus conventionnelles, je n'ai pas de scrupules. Mon intérêt, c'est le film. Même s'il s'agit d' une musique pétaradante avec plein d'effets, loin de mon style personnel, cela peut me convenir.

Quels sont vos goûts en matière de musiques de films ?

R.M.L : Quand j'étais jeune, j'aimais beaucoup Ennio Morricone, et Nino Rota, les grands classiques. Aujourd'hui, j'aime certaines musiques alors que d'autres ratent leur coup, je suis très critique, mais je ne suis pas fermé. J'apprécie par exemple Danny Elfman.

Interview réalisée en mai 2015 par Benoit Basirico

 

- Publié le 23-06-2015

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