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Interview B.O : Laurent Eyquem, l’électronique des Enragés (2005)
Rencontre

INTERVIEW RÉALISÉE À PARIS LE 29 SEPTEMBRE 2015 PAR BENOIT BASIRICO - Publié le 30-09-2015
enrages,eyquem, - Interview B.O : Laurent Eyquem, l’électronique des Enragés (2005)


Laurent Eyquem signe la musique du premier film de Eric Hannezo, un thriller haletant. C’est la première fois qu’il écrit un score électronique. 

Cinezik : Vous vivez à Los Angeles et avez une filmographie américaine conséquente... Comment le jeune réalisateur français Éric Hannezo a t-il fait appel à vous pour son premier film ENRAGÉS ?

Laurent Eyquem : Le réalisateur voulait un musique qui ait une certaine sensibilité française mais aussi une touche américaine par l'utilisation de certaines sonorités et une manière d'écrire proche du thriller. Il voulait aussi travailler avec moi car il aimait mes autres BO, et par le fait que je travaille à Los Angeles je pouvais lui apporter cet aspect américain qu'il recherchait. Quand j'ai lu le script, je me suis dit au départ qu'il s'agissait d'être 1h30 dans une voiture. La musique pouvait rendre le film interminable ou bien alors scotcher le spectateur. Aux États-Unis, on a une manière de travailler qui est très différente du film d'auteur français. On est forcés par les productions d'avoir de la musique sur toute la totalité d'un film. On est donc habitués à être capable de créer des musiques qui vont traverser tout un film sans ennuyer. Ce qui a été intéressant sur ENRAGÉS, c'est d'écrire une musique efficace à l'américaine avec un côté français plus intimiste.

La méthode américaine est bien souvent liée au fait de travailler en collectif, entouré d'orchestrateurs, qu'en est-il de votre côté ?

L.E
: Je suis l'un des rares à Los Angeles à tout faire moi-même, même en symphonique. J'écris toutes les notes de l'orchestre. Mon orchestrateur (qui travaille aussi pour James Newton-Howard et Rachel Portman) m'a juste aidé à finaliser la programmation électronique, car cela prend beaucoup de temps.

Il s'agit en effet d'une partition majoritairement électronique, étiez-vous familier de ce genre de musique ?

L.E : C'est la première fois que j'écrivais un score électronique. C'était un vrai défi ! Quand on a un orchestre symphonique et des instruments organiques que l'on peut toucher, il est extrêmement facile de pouvoir décrire une émotion, par un crescendo, un touché, une tessiture. Le son électronique est par nature assez froid, donc il est difficile de convoquer une émotion. De plus, Éric voulait un son très années 80. Il pensait à John Carpenter. Il voulait rappeler les films cultes inscrits dans la mémoire collective. J'ai donc repris cet esprit, tout en inventant des sons. Et il y a quelques cordes qui apparaissent ici ou là pour garder une certaine émotion. C'est un mélange d'agencements de sonorités électroniques et une composition plus mélodique. Je voulais essayer de créer une bulle autour des personnages, un peu comme dans la musique de "Nikita" qui m'a fasciné. Au début de ce film policier, on rentre dans la vie d'une personne et la musique synthétique vient créer une bulle fermée.

A quel moment êtes-vous intervenu ?

L.E : J'ai écrit la musique de la scène d'ouverture pendant le montage. Il fallait trouver ce thème qui allait résumer en introduction toutes les émotions du film, son suspens, le thriller, le motifs de notes qui allait revenir. L'idée était de surprendre le spectateur. On ne voulait pas que le spectateur puisse s'attendre à ce qui va se produire. Je vous parlais tout à l'heure de John Carpenter qui savait à merveille installer un suspens avec sa musique. Même si on a pu reprendre les sonorités électroniques proche de Carpenter, nous avons utilisé la musique d'une toute autre manière. Il ne s'agissait pas d'anticiper sur ce qui va se produire, je voulais une musique qui varie en permanence. Le suspens est non pas créé par l'attente mais par la profusion. On ne sait pas d'où et quand va venir la prochaine menace.

Vos films laissent une grande place à la musique qui est au premier plan...

L.E : J'y veille dans mon choix de film. Je privilégie les films dans lesquels j'ai une vraie place, où il y a une vraie importance accordée à la musique. Mais aussi, ce sont les réalisateurs qui viennent me voir pour cela, parce qu'ils ont vu les films et séries que j'ai faits et dans lesquels la musique est un troisième personnage. Les gens qui m'approchent me donne carte blanche sur les films, c'est une chance !

Le disque des ENRAGÉS sort en octobre chez Music Box Records.
Une autre de vos musiques est disponible (chez Varese Sarabande dés le 16 octobre 2015) : MOMENTUM, film de Stephen Campanelli. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

L.E : J'ai enregistré cette musique à Abbey Road. C'est très orchestral, avec une utilisation américaine de l'électronique, mais c'est différent des Enragés. L'orchestre symphonique se fond avec l'électronique pour faire une pulsation. Je suis là encore intervenu tôt. Le réalisateur était en train de faire le montage. Ce fut 4 semaines intenses !

Vous préférez intervenir en amont plutôt que sur les images ?

L.E : Je suis intervenu tôt pour donner l'idée d'un thème au réalisateur, qu'il puisse s'en imprégner, mais la finalisation du score s'est faite à la dernière minute à la vision des images. Intervenir tôt permet d'éviter d'être confronté à d'autres musiques utilisées par l'équipe du film. Finaliser à la fin me permet d'être au plus près du rythme du film. La méthode idéale est donc d'associer ces deux étapes. Car je suis extrêmement visuel, j'aime voir comment un acteur va se comporter, son regard, ses mouvements, tout cela ce sont des choses qui vont m'inspirer.


 

INTERVIEW RÉALISÉE À PARIS LE 29 SEPTEMBRE 2015 PAR BENOIT BASIRICO - Publié le 30-09-2015

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