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Interview Aki Kaurismaki

Interview réalisée par Benoit Basirico le 4 juillet 2008. - Publié le 04-07-2008
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Cinéaste finlandais atypique qui décrit habilement la société dans laquelle il vit et sa dure réalité économique, Aki Kaurismaki signe des films humains, poétiques, ironiques, cruels, ascétiques et stylisés. Nourri également d'un culture rock, ses films sont un juste équilibre entre l'ascèse et la folie intérieure. A l'occasion d'une rétrospective de son oeuvre au festival PARIS CINEMA (jusqu'au 12 juillet 2008), voici une brève entrevue avec le cinéaste qui nous parle de la musique dans ses films.

 Cinezik : Quelle place la musique joue t-elle dans vos films ?

Aki Kaurismaki : Un film est composé du texte, de l'image, du son, des acteurs qu'il ne faut pas oublier, et de la musique. Même si on l'utilise comme Bresson dans "Au Hasard Balthasar", elle est très importante. Ce qui va faire mourir le cinéma américain c'est que la musique est partout, ça devient grotesque. 

Dans vos films, la musique parle à la place des personnages...

En effet, les dialogues sont souvent remplacés par la musique. 

Comment choisissez vous les musiques... par exemple vous employez beaucoup de compositeurs russes (Chostakovitch, Tchaïkovski...) ?

Je la choisis pendant le mixage. J'ai un panier de musique, je prend une pile de disques sur une étagère chez moi et pendant que les mixeurs travaillent, j'écoute la musique pour voir ce que l'on peut utiliser. Avant, lorsqu'il y avait des vinyles, je comptais les durées en direct avec les images. Mes choix sont un peu par hasard, en fonction des disques que je trouvent. A propos de Buñuel et son film muet "L'âge d'or", pendant une avant-première, Buñuel jouait la musique derrière l'écran et les spectateurs, des provocateurs de droite, jetaient des cailloux...

Est-ce que votre choix de la musique russe est politique quelque-part ?

Non, j'aime cette musique, je suis un peu russe et elle fait appel à mes sentiments les plus profonds. Je l'utilise en contrepoint par rapport aux thèmes. J'utilise aussi Tchaikovski parce que je n'ai pas besoin de payer les droits, c'est moins cher que Prokofiev.

Concernant le groupe des Leningrad Cowboys, c'est vous qui l'avez lancé avec vos films ?

Je ne suis pas vraiment à l'origine de leur fondation, mais j'ai travaillé sur leur style, essentiellement pour les chaussures dont j'ai eu l'idée, et j'ai enlevé tout leur anti-communisme. Je ne sais pas jouer la musique, j'étais seulement un responsable visuel pour eux, mais c'est fini tout ça. J'avais commencé en réalisant 5 ou 6 clips, ce qu'on appelle des "rock vidéo", mais je les ai travaillé comme de véritables court-métrages. Le matin, j'écoutais la musique, l'après-midi je tournais le film, le lendemain on faisait le montage, c'était chouette. 

Concernant le film de concert "Total Balalaïka", c'est un peu à part dans votre filmographie, est-ce que vous l'avez conçu comme vos films de fictions ?

C'était une situation chaotique, les caméras tournaient devant 70 000 personnes ! On a utilisé pour le film les morceaux qu'on pouvait pour des questions de budget, les droits sont importants. 

Comment filme t-on un concert ? 

Encore une fois, c'est chaotique, on doit composer avec pleins de caméra, on sait jamais à l'avance quand le chef opérateur est parti fumer une cigarette et qu'il a raté le meilleur moment. Ce travail n'est pas de l'improvisation, mais c'est essayer de minimaliser le côté chaotique. 

Vous avez pu dire non sans humour "Le cinéma est mort. il est mort en 1962, Je crois que c'était en octobre". Et pour la musique ?

La musique est morte avec James Brown. (rire)

Interview réalisée par Benoit Basirico le 4 juillet 2008. - Publié le 04-07-2008

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