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RODIN (Cannes 2017, en compétition) / Interview Philippe Sarde : toucher la profondeur de l'artiste, Rodin et Jacques Doillon.
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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 24-05-2017
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Pour RODIN où Vincent Lindon incarne le célèbre sculpteur, Philippe Sarde retrouve son fidèle cinéaste Jacques Doillon pour la 11e fois depuis leur rencontre sur "Un sac de billes" (1975) avec une petite formation constituée de solistes (violon, piano, violoncelle) qui exécutent une partition complexe malgré une apparente simplicité.

Lire aussi : Philippe Sarde et Jacques Doillon : une complicité discrète

Interview Philippe Sarde

Cinezik : Comment s'est produit le début de votre collaboration avec Jacques Doillon ?

Philippe Sarde : Je venais de faire LANCELOT DU LAC de Robert Bresson. Jacques considérait la musique comme dangereuse pour ses films. Il a fallu qu'il entende ma partition chez Bresson pour accepter de travailler avec un musicien. Jacques Doillon avait très peur de la musique, mais d'avoir réussi à faire la musique du film de Robert Bresson, toute son angoisse vis à vis de moi avait disparu. 

J'ai donc fait la musique d'UN SAC DE BILLE (1975). Sur ce premier film avec lui, il n'y avait pas beaucoup de musique. La musique pour ce film repose sur un trombone, un tuba et un concertina, des instruments solistes. Je cherchais des sonorités qui n'alourdissent pas le film, d'autant que Jacques est très vigilant, il n'essaie pas de couvrir avec la musique des séquences d'émotions fortes. Nous avons la même vision des choses, nous sommes au service du film sans que personne ne tire la couverture à lui. Mais sur le film suivant,  LA PIRATE (1984), tourné en scope, avec la photo de Bruno Nuytten, cela appelait de la musique plus ample, lyrique et dissonante, avec un mélange de cordes et de cuivres.

De collaborateurs, on est devenus très amis. J'ai fait tous ses films où il y a de la musique originale. La musique étant pour lui un problème, il sait quand il en faut ou pas, et quand il sent qu'il en faut, on en parle pendant des semaines. Il se permettait de me le dire quand un film n'avait pas besoin de musique, ou alors quand il était raté (de son point de vue), et que cela ne valait pas la peine que j'y travaille. On a ce genre de rapport. Et puis je suis également responsable des silences dans les films. Par moment, Jacques prévoit de la musique mais je la retire, car elle n'est pas nécessaire, elle sur-joue.

Comment se déroule l'échange entre vous sur la musique ?

P.S : Il me dit juste 2/3 choses, soit avec ses mains, soit avec son regard, soit avec des choses qu'il me fait entendre, mais qui ne marchent pas sur le film sinon il les aurait mis. Jacques et moi sommes très proches sur chacune des étapes, il assiste à l'enregistrement. Tout cela donne une matière humaine à la musique.

Pour RODIN, quelle a été votre intention musicale ?

P.S : C'est un film sur Rodin, j'ai donc essayé avec les quelques notes de musique qu'il y a dans le film de donner un intérieur différent de ce que Jacques a montré. Quand il essaie de faire la statue de Balzac, je voulais que la musique regarde ses yeux, l'intérieur du type qui cherche. L'artiste qui cherche et qui trouve passe par l'émotion. C'est la profondeur de l'artiste que j'ai voulu toucher avec la musique.

La partition est d'ailleurs très intime...

P.S : J'ai utilisé très peu de musiciens, un violoncelle, un violon, et un piano. Donc un quatuor. Ce qui est intéressant, c'est de ne pas figer Rodin dans une époque, ni avec l'image ni avec la musique. La musique est partagée entre le 19e et le début du 20e.

Ce mélange des genres et des époques caractérise votre musique pour les films de Doillon...

P.S : En effet, pour COMEDIE (1987), il y a du tango joué par un saxophoniste baryton, un bandonéon et un quatuor à cordes. La chaleur du tango se mêle à la froideur du jazz. Dans LE PETIT CRIMINEL (1990), c'est du jazz pur avec trois instruments, un saxophone, une basse et une trompette, mais sans rythmique, sans batterie, pour une certaine noirceur, et aussi une légèreté. La musique du JEUNE WERTHER (1993) est mélangée avec des éléments qui n'ont rien en commun. Elle est inspirée d'ailleurs du Werther de Massenet mais jouée avec un accordéon, loin d'être de l'opéra. Pour PONETTE (1996), Jacques Doillon voulait Debussy... mais finalement cela ne marchait pas alors j'ai composé à partir d'une mesure de Debussy une partition pour piano, violoncelle et violon.

Qu'est-ce qui vous touche tant dans le cinéma de Jacques Doillon ?

P.S : C'est Jacques Doillon. Ce qui m'intéresse en musique de film, c'est d'être à l'intérieur des gens. Je n'écris pas pour me faire plaisir mais pour que les deux aient le même plaisir. Avec Jacques, j'essaie toujours d'être un scénariste second, un coscénariste musical. Je lui transmets des idées que le film m'inspire.

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 24-05-2017

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