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Interview B.O : Reinhardt Wagner, FAUBOURG 36

Interview réalisée à Paris le 19 septembre 2008 par Benoit Basirico - Publié le 25-09-2008
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Pianiste et compositeur éclectique, Reinhardt Wagner a collaboré avec Jean-Jacques Beinex (Roselyne et les Lions, Mortel transfert) mais aussi, plus récemment, avec Pascal Thomas (La Dilettante, Mon petit doigt m'a dit, Le Grand appartement). Il signe également le film musical de Christophe Barratier : Faubourg 36. Il apparaît également dans plusieurs des films qu'il met en musique.

"Je fais des mélodies comme un prunier fait des prunes"

Cinezik : Quelle est l'origine de ce projet musical ?

Reinhardt Wagner : Dans le film, il y a évidemment une grande part accordée aux chansons, mais aussi une grande part à la musique du film, le "score". Le projet de FAUBOURG 36 provient des chansons. J'ai rencontré un auteur, un grand auteur français inconnu du grand public, Franck Thomas, qui a écrit des chansons que tout le monde connaît, "L'aventura", "Le Lundi au soleil" (en chantant). C'est un auteur, ce n'est pas seulement un parolier qui fait rimer, c'est un poète qui a un univers à lui. Il faut faire la différence. Quand je l'ai rencontré il y a une quinzaine d'année, il m'a envoyé un texte magnifique que j'ai mis en musique, et depuis ce jour-là on a écrit plus de 300 chansons ensemble, esquisses incluses.

Au milieu des années 90, j'ai donc écrit ces chansons et on a eu envie d'en écrire qui se situeraient en 1936. On les a faites écoutées à Christophe Barratier qui à cette époque ne faisait pas encore de cinéma, mais apprenait la production avec son oncle Jacques Perrin. Il est tombé amoureux de ces chansons, mais n'étant  alors pas réalisateur, il m'en a fait rencontré pour ce projet, Alain Corneau, Pierre Jolivet... et le projet  a stagné. Puis Christophe a réalisé les CHORISTES qui a été le succès que l'on sait. Il est donc revenu par la suite à ces chansons pour faire FAUBOURG 36. Il a pris nos chansons, en a retirées, il nous a demandé d'en réécrire une ou deux pour correspondre au scénario, car évidemment il a écrit un scénario. Et tout cela s'est enclenché. Et grâce à deux choses : le succès des CHORISTES, et à sa ténacité, son envie de faire un film musical, car lui-même étant musicien, la musique occupe une place importante dans son cinéma et dans sa vie.  

Le dialogue est-il plus simple justement avec ce réalisateur ?

Le fait qu'il soit musicien lui-même (c'est un guitariste classique de haut niveau) lui permet d'entretenir un rapport exceptionnel à la musique. Il accorde une place prépondérante à la musique dans ses films. Mais le dialogue n'est pas plus simple, il peut même être plus compliqué, justement parce qu'il est musicien. En tout cas, la grammaire est la même, on parle des même choses.  

Vous ne vous sentez pas trahi par le résultat ?

Non seulement je ne me sens pas trahi, mais je me sens même récompensé. Il est rare d'envoyer des chansons à un metteur en scène, et que celui-ci veuille en écrire un scénario. Parfois on en a retiré (on en a composé plus de vingt à l'origine), sinon le film aurait fait quatre heures. Bien sûr, c'est comme si on nous coupait un bras, on le regrette, mais cela fait parti du jeu. C'est pour servir le film de Christophe. Et je suis heureux du résultat. Je me suis dit qu'un autre metteur en scène n'aurait pas fait la même chose, c'est son deuxième film, il y a mis du sien. Je suis évidemment comblé.

Quel a été le travail avec les acteurs qui chantent eux-même dans le film ?

En ce qui concerne Gérard Jugnot, Clovis Cornillac et Kad Merad, l'idée n'était pas qu'ils chantent comme des chanteurs, ce sont trois copains qui remontent un théâtre. On leur demandait seulement d'être en mesure et de chanter les bonnes notes, ce qui n'est tout de même pas si évident. Ils ont eu des cours de chant pour cela. La seule à qui on demandait d'être chanteuse, c'est Nora Arnezeder qui a très bien chanté, car c'est elle qui fait en sorte de relever le "chansonniat" pour le mener au succès. Les autres chantent avec leur coeur et ça fonctionne aussi. 

Parlez-nous de votre instrumentation, comme le choix évident de l'accordéon...

C'est vrai que l'accordéon évoque complètement les années 30, donc c'est mieux de mettre un accordéon qu'une flûte traversière. Mais c'est aussi un instrument extrêmement populaire. J'ai fait des bals étant jeune, il y en a encore un peu aujourd'hui, et il y a toujours de l'accordéon.

Vous avez dit que Christophe Barratier était mélomane, et vous, êtes-vous cinéphile ?

J'ai toujours énormément aimé le cinéma, je suis allé voir beaucoup de films, je connais assez bien mes classiques. A 20 ans, nous étions une bande d'amis, sur Orléans, et nous fréquentions un ciné-club. La cinéphilie est une chose, mais on peut très bien faire de la musique de film sans être cinéphile, il faut aimer un peu le cinéma, mais je ne vois pas le rapport entre les deux. Et je ne crois pas à l'étiquette "compositeur de musique de film". On est compositeur, et on peut travailler sur des films. Je crois important le conseil que m'a donné Georges Delerue : "Ne fais surtout pas que de la musique de film". J'écris aussi bien des chansons, des mélodies, des choses plus symphoniques, des quintet à vent, dernièrement une pièce pour trompette et orchestre, et... j'adore écrire de la musique de film aussi, mais je je ne crois pas que l'on doive s'y spécialiser. Je crois même que le fait d'écrire de la musique à côté du cinéma nourrit le cinéma, les deux s'enchevêtrent.

Vous affectionnez la mélodie, alors qu'aujourd'hui la musique "sound design" domine. Pascal Thomas dit même de vous que vous êtes l'un des meilleurs mélodistes...

On fait ce qu'on est dans la vie. Vous ne demandez pas à un prunier de faire des pommes ? Et bien moi, je fais des mélodies comme un prunier fait des prunes.
C'est l'un des aspects de la musique qui m'intéresse, mais ce n'est pas moi qui décide. J'ai un rapport personnel à la mélodie, c'est comme ça. J'ai aussi un intérêt pour l'harmonie. 
Il y a trente ans, le minimum syndical pour écrire pour un film, c'était un premier grand prix de Rome, d'avoir fait ses études dans un conservatoire, de savoir jouer d'un instrument. Aujourd'hui, le cinéma a permis à beaucoup de gens qui ne sont pas du tout musiciens de le faire, la technique a fait dire à ces gens qu'il suffisait de savoir gratter une guitare. Il ne faut donc pas confondre "faire du son", et "composer" de la musique, écrire un thème, et apprendre à le développer, le structurer rythmiquement. 

Pour moi, les véritables compositeurs de cinéma en France sont Maurice Jarre, Georges Delerue, Jean-Claude Petit, Bruno Coulais, Alexandre Desplat, Jean-Michel Bernard... mais aujourd'hui sur 120 films, il y a 118 nouveaux compositeurs. C'est pour cela que la seule manière d'exister au cinéma, c'est de faire de la musique en dehors, pour ensuite y revenir. En plus, on mélange tous les genres en France. Quelqu'un fait une chanson et vend un million d'albums, on va lui demander de faire la musique d'un film. Alors que cela n'a rien à voir. Quand je vois M (compositeur de NE LE DIS A PERSONNE), il est gentil, il fait des chansons, il joue de la guitare proprement, mais ce n'est en aucun cas un compositeur de musique de film. Qu'il fasse de la musique qui marche très bien avec le film, je suis d'accord, mais qu'il se vante de l'avoir fait en deux jours, je pense qu'il ne lui fallait pas plus de temps. 

Concernant votre style musical, je trouve votre nom amusant, car votre musique peut se situer entre la culture populaire de Django Reinhardt, et la musique symphonique de Richard Wagner.

Oui, ça fait plaisir, c'est la première fois qu'on me le dit. Je dois préciser que ce n'est pas un pseudonyme. Mais c'est vrai que cela me correspond. Je viens des deux mondes, de la culture populaire (je jouais de la guitare électrique quand j'avais six ans), puis je me suis mis au piano pour faire de musique dite sérieuse, j'ai pris des cours de solfège au conservatoire. J'ai toujours eu cette culture hybride, entre les chansons, le jazz et la musique classique et contemporaine.

Interview réalisée à Paris le 19 septembre 2008 par Benoit Basirico - Publié le 25-09-2008

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