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Interview BO : Fabien et Mike Kourtzer, les deux couches de L'INTERVENTION
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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 07-02-2019
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Les frères Fabien et Mike Kourtzer mélangent pour L'INTERVENTION de Fred Grivois, l’action et la tension, la mélodie et la texture. 

INTERVIEW EN ÉCOUTE DANS L'ÉMISSION (À 45:55)


Cinezik : Est-ce qu'on peut dire que L'INTERVENTION est un film d'action, est-ce que c'est en tout cas comme ça que vous l'avez reçu ?

Fabien Kourtzer : Oui, c'est ainsi qu'on l'a reçu, avec un côté polar aussi. Ça tombait bien car on avait vraiment envie de composer sur ce type de film. On n'en parlait avec notre directrice de production, je lui confiais mon envie de faire un film d'action et le projet est tombé juste après, comme par hasard. C'est de la chance.

Votre musique instaure une tension, dans une situation d'attente. On y entend une texture glaçante, mais aussi un piano mélancolique...

F.K : On aime bien que notre thème contienne plusieurs degrés de compréhension. C'est très important pour nous. Ce que l'on fait en général avec deux ingrédients majeurs. Premièrement, on cherche une mélodie qui soit mélancolique et qui raconte l'intérieur des personnages, leurs pensées, et d'un autre côté on recherche les textures, on n'y passe beaucoup de temps pour qu'elles ne soient pas juste de la texture mais qu'elles apportent quelque chose à la mélodie. Ce ne sont pas des recettes, on essaie de faire des choses nouvelles.

Mike Kourtzer : Le combat là-dessus est de faire en sorte que le spectateur soit avec le personnage qui attend dans la chaleur. C'est un travail pour favoriser l'immersion.

F.K : C'est le matin, au lever du jour. On me propose un pinceau de couleur, avec ce côté fin de nuit, qu'on a essayé de transmettre dans la musique.

Nous sommes en 1976 à Djibouti, mais vous n'avez pas chercher à jouer sur les sonorités ethniques ?

F.K : On n'en a utilisées un petit peu, mais avec parcimonie, car l'image est déjà parlante, en ajouter une couche ne servait pas à grand chose si c'était pour faire la même chose que ce qu'il y a à l'image, c'était trop redondant.

M.K : C'est une chose que je dis souvent, il ne faut pas être trop plaqué à l'image, sinon ça ne sert pas à grand chose, c'est un des arguments général dans la musique de film.

F.K : La musique de film est un organe du film, s'il y a déjà des ingrédients qui ont été utilisés à l'image, on ne va pas les remettre dans la partition. On ne va pas remettre deux fois du sel.

Fred Grivois, quel réalisateur est-il pour un compositeur ?

F.K : Il sait ce qu'il veut mais en même temps il nous laisse libre, c'est ça qui est intéressant. On doit comprendre le réalisateur, et une fois qu'on sait ce qu'il veut on trouve notre liberté là-dedans. Il est interventionniste sans intervenir pour rien. Les fois où il est intervenu c'était pertinent.

M.K : La musique de film, c'est toujours un étau entre ce qu'il doit y avoir et ce qu'on a envie de faire. Parfois on a envie de se lâcher davantage, l'idée est de trouver sa liberté dans cet étau.

F.K : Ce qui est amusant, c'est quand on parvient à trouver de la liberté dans ce cadre. On n'a pas à partir en freestyle, on est là pour servir l'image quand même, mais l'intérêt d'avoir un cadre est de trouver une liberté à l'intérieur. C'est ce challenge qui nous intéresse.

Vous avez un parcours dans le hip-hop et en tant que DJ... Est-ce que aujourd'hui vous considérez-vous pleinement comme des compositeurs de musique de film ?

F.K : Quand on composait pour le hip-hop à l'époque, on imaginait déjà la musique comme des petits films. Quand on construisait des instrumentaux pour le hip-hop, on les pensait déjà comme une histoire en soi. On n'a pas été dépaysé quand on est arrivé sur l'image. Il y a évidemment une progression, une narration, qui n'est pas la même musicalement, mais malgré tout on avait déjà un univers assez marqué dans le rap qui se retrouve dans le cinéma.

M.K : En plus, quand on a sorti le premier album, on a été appelé pour faire la musique de MA 6-T VA CRACK-ER (de Jean-François Richet, 1997). C'était du hip-hop mais amené au cinéma.

F.K : On a eu une double carrière dès le départ, c'était un hasard, on s'est rencontré avec Jean-François Richet parce qu'on habite dans la même ville. Ainsi, aussitôt dans le rap on a commencé à faire cette musique de film. Et l'expérience nous a plu.

Peut-on dire que L'INTERVENTION est un cap de franchi dans votre parcours ?

F.K : Oui, on peut dire que c'est un cap parce qu'en général dans les films français on ne met pas beaucoup de musique, on a cette contrainte. Les réalisateurs ont souvent des réticences à en mettre, ils ont peur que ça prenne trop de place. Dans ce film là, on a vraiment eu de la place, il y a quasiment une heure de musique... Pour nous ce cap était de pouvoir vraiment habiller le film comme on avait envie de le faire. C'est ça qui nous plaît dans ce film.

M.K : On avait fait d'autres B.O, comme NUMÉRO UNE (de Tonie Marshall, 2017) qui était moins explosif musicalement, c'était davantage sous-jacent. Alors que là pour le coup, comme il y a des armes, des tirs et des morts, on pouvait aller plus loin.

F.K : On a eu plus le temps de développer les thèmes. Car souvent dans les films ce sont des thèmes de transition, des thèmes d'ambiance, des virgules, qu'on n'a pas le temps de développer. Ici, en tant que musicien, on a eu envie d'aller plus loin.

 

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 07-02-2019

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