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Critiques BO

BO electro culte #1 : PLANÈTE INTERDITE (1956), quand la Science-Fiction autorise des sons étranges
Forbidden Planet (Louis et Bebe Barron)

Par Benoit Basirico - Publié le 28-04-2019
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A l'occasion de l'exposition "Electro" à la Philharmonie de Paris jusqu'au 11 août 2019, voici notre série consacrée aux B.O cultes exploitant le potentiel de la musique électronique. On commence par PLANÈTE INTERDITE, musique de Louis et Bebe Barron, les précurseurs. 

Les américains Louis Barron et Bebe Barron sont considérés comme des pionniers de la musique électronique et d'enregistrement sonore sur bande magnétique. Avec PLANÈTE INTERDITE, ils sont à l'origine de la première B.O entièrement électronique. Alors qu'à Hollywood le jazz et la pop n'ont pas encore frappé totalement, c'est l'orchestre qui domine toujours. Il a fallu le genre de la SF pour qu'une innovation musicale radicale s'invite. En effet, cette partition moderne à la frontière du sound design, sans une écriture thématique et émotionnelle, a été permise par la présence extra-terrestre dans ce décor futuriste (de l'an 2200). Il s'agit de la musique des êtres surnaturels. La technologie musicale employée n'était qu'à son balbutiement, la musique électronique au cinéma prenant son ampleur qu'au milieu des années 70. Auparavant, les instruments électroniques, notamment le theremin (utilisé par Miklós Rózsa pour SPELLBOUND d'Alfred Hitchcock - 1945, et par Bernard Herrmann pour THE DAY THE EARTH STOOD STILL - 1951) était joués comme n'importe quel instrument d'orchestre traditionnel, tandis que les Barron ont manipulé les sons de manière electrique, en manipulant les circuits sur la bande.

Pour parvenir à cette composition innovante, se cachent derrière le pupitre deux compositeurs plutôt classiques, le couple Bébé de son surnom (née Charlotte Wind) et Louis Barron. Elle a étudié le piano, étudie la composition, tandis que lui est diplômé en musique de l'Université de Chicago. Leur union (et mariage) a donné lieu à un désir commun d'expérimenter de nouvelles formes musicales. Ils ont commencé à expérimenter dans la manipulation des bandes en les ralentissant, en les faisant reculer et en ajoutant des effets tels que l'écho, précédant Pierre Schaeffer et la musique concrète. Ils fondèrent même l'un des premiers studios électroacoustiques privés en 1949. Ils ont aussi créé des circuits électriques et des oscillateurs capable de concevoir des sons inouïs. C'est alors que la MGM a pensé à eux pour signer la musique de leur production de SF en 1955.

Au départ, la musique des Barrons devait être accessoire et associée à une véritable partition orchestrale plus conventionnelle. Au final, leur participation était totale, non pas par la quantité de musique enregistrée mais par leur contribution aux nombreux effets sonores du film. L'unique titre "electronic tonalities" qui résulte de cette partition expérimentale (non écrite donc, mais provoquée par les manipulations électriques) est leur seule incursion dans le cinéma. D'ailleurs, c'est l'organisation syndicale des compositeurs américains qui exigea de la MGM qu'elle qualifie la composition du couple Barron de « tonalités électroniques » au lieu de « musique ». PLANÈTE INTERDITE a pu malgré tout, à partir d'un matériau classique (variation autour de "La Tempête" de Shakespeare), proposer une transposition modernisée largement grâce à l'apport musical. Le monde futuriste existe vraiment, grâce au hors champs sonore et musical, malgré les limitations technologiques de l'époque qui ne permettaient pas de tout représenter.



Tous les épisodes : 

BO electro culte #1 : PLANÈTE INTERDITE (1956), quand la Science-Fiction autorise des sons étranges

BO electro culte #2 : SOLARIS (1971), une planète à inventer

BO electro culte #3 : AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU (1972), une expédition méditative 

BO électro culte #4 : LA PLANÈTE SAUVAGE (1973), une déshumanisation délirante

BO électro culte #5 : ASSAUT (1976), motifs synthétiques pour la menace permanente

BO électro culte #6 : LE CONVOI DE LA PEUR (1977), une excursion onirique 

BO électro culte #7 : MIDNIGHT EXPRESS (1978), la musique d'une fuite en avant

BO électro culte #8 : BLADE RUNNER (1982), une plongée dans l'immatériel

BO électro culte #9 : VIRGIN SUICIDES (1999), un destin tragique 

Par Benoit Basirico - Publié le 28-04-2019

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