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Critiques BO

THE GHOST WRITER (2010), des rouages rythmiques infaillibles
The Ghost Writer (Alexandre Desplat)

Thibault Vicq - Publié le 11-11-2019
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Alexandre Desplat compose pour la première fois pour Roman Polanski et succède ainsi à Krzysztof Komeda, Philippe Sarde, Wojciech Kilar, Jerry Goldsmith et Rachel Portman dans l'oeuvre du cinéaste.



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En 2010, Alexandre Desplat commence à travailler avec Roman Polanski sur le polar THE GHOST WRITER, dont la BO vaudra à son compositeur un César l'année suivante. Le tandem reprendra du service sur CARNAGE en 2011, puis sur LA VÉNUS À LA FOURRURE en 2013. Le film entretient le flou sur les motivations des personnages extérieurs à celui qui prête sa plume au Premier Ministre Adam Lang. La musique brouille les pistes avec la dimension quasi-féérique du glockenspiel, les soufflés intraitables et les associations de timbres épatantes chez les vents. Le pouvoir du hors-champ visuel et musical ne se perd jamais de vue dans ce thriller paranoïaque où l'on espionne, où l'on se tait, où l'on s'égare. Pourtant, le beau son est une réalité qui happe dans cette BO : les cordes onctueuses rendent justice à des rouages rythmiques infaillibles, et les harmonies sombres, sans être pesantes, définissent des conditions atmosphériques moites et inquiétantes.

Pourtant, un des deux thèmes principaux de la partition s'appuie sur des flûtes qui mettent en scène le souffle dans ce qu'il a de plus souillé, suite à une introduction tourmentée de la clarinette. L'ostinato dont celle-ci a la responsabilité dans l'introduction va être le moteur de tout le film, repris la plupart du temps par les cordes, et soutenu par des percussions parfois en gouttes, souvent plus tribales, en emballement hâtif. N'oublions pas le cor et la trompette munis d'une sourdine, prenant le visage des vérités qu'il ne convient pas de partager à haute voix. La logique de contrainte instrumentale génère un référentiel nouveau, proche d'un langage en aparté qui se développe à travers les nuances.

La brutalité des crescendos-decrescendos et les haut-le-corps des cordes se voient contrebalancés par le relais des différents pupitres. Motifs et contrechants se partagent entre les cordes, la harpe, le cor, le piano et le piquant glockenspiel. La recette d'assemblage est un succès indéniable, et les engrenages prennent forme sur des bases d'accords de film noir. Les modulations progressives subliment les boucles rythmiques, faisant perdre la conscience du temps. Perdu entre les révélations visionnaires du présent et les flashbacks, une sorte de transe insidieuse s'installe à partir de la répétition. Avec les notes, les images acquièrent une splendeur ardente. Alexandre Desplat privilégie la fantaisie méthodique à la surchauffe et témoigne d'un savoir-faire éclatant.



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Thibault Vicq - Publié le 11-11-2019

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