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La Grande illusion (1937), une musique humaniste

grande-illusion2020011901,@,kosma, - La Grande illusion (1937), une musique humaniste

par Thibault Vicq - Publié le 09-01-2021




LA GRANDE ILLUSION est la première musique complète de Joseph Kosma sur un film de Jean Renoir, leur précédente collaboration sur LE CRIME DE MONSIEUR LANGE n’ayant donné naissance qu’à une chanson. Voici le point de vue de Thibault Vicq sur cette partition. 

Le compositeur, entré dans le cinéma un an plus tôt avec JENNY de Marcel Carné, livre une partition courte mais dense et palpitante, résonnant avec l'humanisme du film. Elle constitue un complément audacieux aux chants des prisonniers, aux chansons préexistantes (Frou-Frou, Si tu veux Marguerite, La Marseillaise) et au bruit des bottes allemandes. Support au voyage, à la révolte sourde, au profond respect des personnages et au déchirement intérieur, elle offre à ce chef-d'œuvre une illustration de valeurs et d'idéaux plus que d'action pure. Elle transcende la notion de bourreau et de victime en mettant tous les personnages sur un pied d'égalité. L'évolution des situations compte finalement plus que leur existence en tant que telle.

Le film s'ouvre avec une marche militaire presque « officielle », à la touche nostalgique, qui revient comme une victoire avec un accord final majeur lorsque Maréchal et Rosenthal réussissent à franchir la frontière suisse, et sert aussi à figurer la disparition de la noblesse militaire à laquelle appartiennent Boëldieu et Rauffenstein. Des arpèges gaillards de trompette solo annoncent la rencontre des Français avec le commandant von Rauffenstein dans leur deuxième prison. Un morceau de précipitation accompagne la tentative de fuite de Boëldieu avec sa flûte, avant que l'empathie n'emplisse la musique des derniers instants de Boëldieu en une superposition de chorals bouleversants à plusieurs voix.

La même dynamique se retrouve dans la scène de Noël chez l'Allemande Elsa, dans le dernier tiers du long-métrage : une valse guillerette quoique acérée autour du sapin, sur le gramophone qui déraille (sons intradiégétiques), fait place à des entrelacements (extradiégétiques) de cordes au lyrisme poignant pour le rapprochement entre Elsa et Maréchal, puis leur séparation définitive. L'évasion, d'un lieu ou d'une condition, reste en tout cas le plus beau témoignage de cette BO qui traverse les âges comme les images qui lui sont associées.

par Thibault Vicq

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