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PANIC ROOM (2002), la mécanique du suspense

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par Thibault Vicq

- Publié le 10-01-2021




Avant sa collaboration avec Trent Reznor et Atticus Ross (de "The Social Network" à "Mank"), le cinéaste David Fincher a fait appel sur ce huis-clos une dernière fois à Howard Shore après "Seven" (1995) et "The Game" (1997). Voici le point de vue de Thibault Vicq sur cette partition. 

Troisième thriller urbain (et collaboration) de Howard Shore avec David Fincher après SEVEN et THE GAME, PANIC ROOM déroule le tapis rouge aux manifestations musicales de la peur primale. La partition ouvre l'espace de ce huis-clos dans une pièce sécurisée, au sein d'une vaste maison new-yorkaise. Alors que la caméra omnisciente s'infiltre dans les trous de serrures et à travers les portes, le compositeur joue sur la suffocation et le grouillement dans les sonorités, installant ainsi un ensemble d'engrenages psychologiques associé aux installations technologiques de l'habitation. La BO, particulièrement condensée (surtout au vu de son travail précédent un an plus tôt sur LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LA COMMUNAUTÉ DE L'ANNEAU), est un véritable support à la mise en scène virtuose de David Fincher pour tenir le spectateur en haleine.

Dès les vues aériennes de Manhattan du générique, les cordes graves, trombones et tubas se taillent la part du lion dans la construction dramaturgique de la musique. Comme dans une ouverture d'opéra, les instruments annoncent ce qui va menacer les personnages joués par Jodie Foster et Kristen Stewart. La promesse de moments haletants se retrouve dans l'alternance d'une série de notes sèches répétées inlassablement (faisant écho aux battements du cœur qui s'accéléreront) et de notes liées sans cap et plus aériennes. La tension ne s'assagit jamais par la suite car le rythme agressif se trouve en filigrane des lignes de cuivres ou des nuées de trémolos, et les phrases à l'unisson sans accompagnement précèdent les moments d'adrénaline. La confrontation entre les idées pour sortir de la panic room et le passage à l'acte est à la base de la BO : la moindre action prend de l'ampleur et se disperse dans la précipitation.

Howard Shore contextualise la partition de textures diverses en fonction des infrastructures domestiques auxquelles les personnages ont accès : la musique se déplace dans les fils électriques, s'exprime par écrans de surveillance, et acquiert de l'inflammabilité dans ses bourdonnements quand elle prend la forme d'une fuite de gaz. L'orchestration laisse apparaître des timbres métalliques, comme pour rappeler la porte blindée qui sépare les héroïnes de leur liberté. Quelques facteurs de résonance amènent également à la réalité du terrain dans cette maison sans meubles. Pourtant, c'est bien le silence d'une maison vide, coupée du monde, qui étouffe les rebondissements musicaux, élaborant chaque scène comme une étape d'un survival en éternel recommencement.

par Thibault Vicq

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