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The Falls (1980, Michael Nyman)

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par Julien Mazaudier

- Publié le 07-05-2008




The Fall est un faux documentaire complètement absurde divisé en 92 biographies de personnes touchées par l’apocalypse du "VEI", le Violent Evénement Inconnu, un phénomène associé aux oiseaux. Le film est d’autant plus loufoque qu’il contient parfois des erreurs de classifications en attribuant le VEI à des personnes ordinaires ! Très intéressé par les classifications, celles de Borges et Calvino en particulier, Greenaway s’inspire également de certaines méthodes aléatoires du compositeur John Cage dans son disque Indeterminacy qui traite de 90 histoires. Le film est un pavé de 3h00 présenté par la voix solennelle de l’acteur Colin Cantlie dans le générique d’introduction mais peut aussi se voir comme une simple collection de 92 mini-courts métrages.

Le thème très dynamique de Nyman commence dés le générique. La rythmique insistante des cuivres et des violons annoncent déjà celle de Chasing sheep is best left to shepherds composé deux ans plus tard pour Meurtre dans un Jardin Anglais. A l'écran, figure un plan n&b d'une forêt filmée en travelling, caméra à l'épaule où défile verticalement le nom des 92 personnages présentés en lettres bleues. Ils ont tous un nom de famille commençant par les lettres FALL, "ce qui renvoie automatiquement à l'idée de chute ("fall") de l'homme et à toutes les notions bibliques ou mythologiques que renferme ce mot". Citation de Peter Greenaway. Ils ont aussi la capacité de parler une ou plusieurs des 92 langues attribués au phénomène du VEI. Le capistan, l'hartileas, l'agalèse, l'orthocathalien...

Le cinéaste est aussi très concerné par le mythe d'Icare. Une histoire qui parle d'un homme désirant s'envoler dans les airs mais qui finit par chuter en plein vol. Comme le dit le cinéaste, "Le film peut également se voir comme 92 manières différentes d'envisager la fin du monde, et aussi, de façon introspective, 92 manières de faire un film."
Dans l'épisode n°83, le réalisateur va même jusqu'à l'auto-citation en incluant ses premiers courts-métrages et en évoquant de manière imagée sa relation avec Michael Nyman qui composa la musique de Tree en se basant sur les 5 pièces pour orchestre d'Anton Webern. "On pourrait dire aussi, de manière très prosaïque que The Fall est un peu une poubelle où j'ai flanqué tout ce que je n'avais pas réussit à utiliser auparavant ! "
Citation issue du livre collectif sur Peter Greenaway. Edition Dis Voir. 1987.

Chaque petit film débute par un carton où est inscrit le nom du personnage présenté. Pour chaque carton, la musique suit une progression logarithmique, que l'on retrouve déjà dans le court-métrage 1-100 (1975). Nyman s'inspire d'un motif de Frederic Rzewski, Les Moutons de Panurge, où on construit les formes avec 1, 1+2, 1+2+3, 1+2+3+4, etc. 4 courtes notes au piano pour le 1er personnage, ensuite pour le 3eme personnage un motif de cuivre vient se superposer en contrepoint, 8 notes pour le 11eme personnage, 11 notes pour le 20eme... Jusqu'à ce qu'un véritable morceau musical émerge. Le motif de ce thème, écrit à l'origine en 1979 pour une « performance art » intitulée The Masterwork/Award Winning - Fishknife, sera par ailleurs repris dans le morceau Wheelbarrow Walk du film Drowning by Numbers. La ligne de cordes qui émerge à partir du n°24 et se concrétise dans la dernière biographie est inspirée par la fin du mouvement lent de la Symphonie Concertante de Mozart.

La biographie n° 74 évoque le cas de Pollie Fallory, qui imite les oiseaux. Elle énumère le nom de plusieurs espèces avec une voix de cantatrice. Grand tétras, gypaète barbu, Casoar, Limnodrome... Dans cette scène, l'accompagnement musical choisis par Nyman est le très beau et tonique Birdlist Song. Un morceau que l'on peut trouver dans une superbe version live pour orchestre sur le disque Michael Nyman Live.

Le générique final de The Fall qui alterne certains personnages du film, des photographies anciennes et des surimpressions de vol d'oiseau est structuré par une superbe séquence musicale. Une pièce pour chœurs et orchestre extrêmement dynamique qui vient terminer en beauté cet immense catalogue, relativement humoristique dans le fond mais assez fascinant par sa durée démesurée. La technique de chant qui répète une brève formule à chaque fois combinée différemment s'apparente beaucoup à la dernière partie chorale de la pièce Another Look at Harmony part IV (1975) de Philip Glass mais de par l'utilisation des bois et de l'orchestre elle est beaucoup moins empreinte de la froideur qui caractérise les premières pièces minimalistes du compositeur américain. D'autres musiques de compositeurs sont utilisés dans le film sous formes d'extraits : John Hyde, Keith Pendlebury, Brian Eno, Anton Webern, Syd Barrett.

 

par Julien Mazaudier


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