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Compositeurs

Burt Bacharach  
Né à Kansas City en 1928

Burt Bacharach
Pianiste de jazz à New York, il fut l'élève de Darius Milhaud, et travailla aux arrangements des chansons de Marlene Dietrich. Burt Bacharach, le plus romantique et le plus discret des pop-songwriters issus des sixties...

Incontournables du compositeur

« N’ayez jamais honte d’avoir écrit une mélodie dont les gens se souviendront » Burt Bacharach

Quelques notes de piano, délicates, qui viennent caresser la pulsation… Des cuivres, en sourdine, discrets mais chaleureux… Une mélodie au rythme enjoué mais empreinte d’une forme de mélancolie… Et puis une voix, aérienne, céleste même qui, telle un rayon de soleil à travers les nuages, illumine votre instant… Pas de doute, vous écoutez du Burt Bacharach, le plus romantique et le plus discret des pop-songwriters issus des sixties. Tellement discret et méconnu que, encore aujourd’hui, son nom évoque au pire une « musique d’ascenseur » cataloguée easy-listening, au mieux sa collaboration (certes fructueuse comme peu le furent) avec Dionne Warwick.
Ce serait pourtant extrêmement réducteur, et même injuste, de limiter son travail aux merveilleuses chansons écrites pour la chanteuse, dont les sublimes Make It Easy On Yourself (1961), Don't Make Me Over (1962), Anyone Who Had a Heart (1963), Walk On By (1964), I Say a Little Prayer (1967), Do You Know the Way to San Jose (1968), This Girl's in Love with You (1969) ou (et surtout), la pop-romantic song parfaite : I'll Never Fall in Love Again (1969).
Burt Bacharach, c’est avant tout un son, personnel, unique, que l’on retrouve dans toutes ses productions, et une humilité inouïe, qui le fait s’effacer devant ses collaborateurs, tous plus prestigieux les uns que les autres, et qui dessert donc inévitablement sa notoriété. Le son estampillé Bacharach, ce mélange de jazz, de bossa et de pop, ce sont, comme souvent, les circonstances qui vont le forger :

Né à Kansas City en 1928, Burt suit très vite sa famille à New York City, où sa mère l’oblige à suivre des cours de musique (batterie et piano, qui deviendront deux des composantes essentielles de son style). A 12 ans, le jeune Burt ne goûte guère ces leçons forcées : il se voit plutôt footballeur professionnel. Malheureusement pour lui, Dame Nature l’a doté d’une morphologie inadéquate pour la pratique du sport de haut niveau, et il retourne à ses gammes. Durant son adolescence, il écume les clubs de jazz et découvre, émerveillé, Dizzy Gillespie ou Charlie Parker, qui lui font découvrir le be-bop et ses harmonies peu conventionnelles. Après des études de musicologie et un service militaire en Europe passé à improviser pour ses supérieurs, Burt Bacharach effectue une rencontre déterminante en 1957, en la personne de Hal David, qui deviendra son ami et son productif associé, Bacharach se chargeant des mélodies, et David des paroles (leur première association, oubliable, étant le The story of my life de Marty Robbins). Il est d’ailleurs étonnant de constater comme, au départ, leur collaboration peut paraître bancale, David écrivant des paroles mélancoliques, amères voire désenchantées sur des mélodies justement enchanteresses, très romantiques (d’aucun prétendront mièvres, ce qui n’est parfois pas loin d’être vrai) de Bacharach. Au fur et à mesure, chacun influera sur l’autre, pour aboutir à ce ton à la fois enjoué et mélancolique, guilleret et profond, qui fera l’inimitable touche Bacharach-David.

La première incursion de Bacharach dans la musique de film sera le thème, cocasse et délicieusement ringard, du Blob (1958), film de science-fiction typique des années 50 avec Steve McQueen, qui sera d’ailleurs remaké en 1988 par Chuck Russell. Il devient ensuite, en 1958 et jusqu’en 1961, le directeur musical de la tournée européenne de Marlène Dietrich, et entamera des collaboration avec les Drifters ou avec les Shirelles, pour qui il écrit le fameux Baby it’s you (1961). En 1962, année de la sortie du chef d’œuvre de John Ford, il écrit un morceau nommé The man who shot Liberty Valance, titre-hommage qui ne fut pas composé pour le film. C’est alors le début de la collaboration Warwick-Bacharach-David, triplette incroyablement complémentaire qui enchaînera les tubes (la liste citée plus tôt étant une sélection totalement subjective). Mais parallèlement à cela, Bacharach trouve le temps de composer pour d’autres artistes quelques pépites comme What the World Needs Now pour Jackie DeShannon ou le fabuleux et éthéré The Look of Love de Dusty Springfield. L’anecdote raconte d’ailleurs que ces deux monstres de travail (Dusty et Burt) passèrent des heures et des heures en studio pour trouver le son conforme à leurs attentes, quand l’écoute de la chanson donne une impression de facilité et d’évidence rare.

En 1966, Burt Bacharach épouse l’actrice Angie Dickinson (Rio Bravo, Le point de non retour, Pulsions…) dont il se séparera en 1980, ce qui lui permet alors de se rapprocher du monde du cinéma : il devient alors également compositeur de musique de film (et non plus uniquement de chansons), et ses compositions laisseront parfois plus de traces dans les mémoires cinéphiles que les films eux-même. C’est le cas pour Alfie de Lewis Gilbert (avec Michael Caine), ou pour What’s new Pussycat ? de Clive Donner (et la chanson éponyme, au rythme dégingandé, chantée par Tom Jones) et ça devrait l’être pour les deux comédies navrantes que sont – malgré de grands réalisateurs et la présence de Peter Sellers au générique – Le renard s’évade à trois heures (After the fox) de Vittorio de Sica et Casino Royale, épouvantable délire kitsch de John Huston (avec pourtant un casting quatre étoiles : Orson Welles, David Niven, Ursula Andress, Woody Allen, Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset ou William Holden).

Evidemment, si on parle de musique de films, on ne peut pas oublier la merveilleuse scène de bicyclette dans Butch Cassidy and the sundance kid, illustrée par l’inoubliable Raindrops keep falling on my head (chantée pat B. J. Thomas). Ce qu’on sait moins, et qu’éclipse la popularité internationale de la chanson – reprise dans toutes les langues ou presque – c’est que Bacharach a également composé pour le film une partition dans son style propre, discrète et douce, qui lui vaudra pour le coup deux Oscars (Musique originale + Chanson). Il obtiendra d’ailleurs un troisième Oscar en 1981 pour le Arthur de Steve Gordon (avec Liza Minnelli et le regretté Dudley Moore).

Menant de front des carrières à succès de compositeur aussi bien de chansons que de musiques de film, Burt Bacharach estime alors que ce n’est pas assez et se lance dans la comédie musicale (à la télévision avec On the flip side, pour Ricky Nelson ou à Broadway avec Promises, promises, adaptation scénique de La Garçonnière de Billy Wilder) et aussi dans l’interprétation, puisque sortent à partir de la fin des années 60 ses premiers albums en tant que chanteur, son petit filet de voix hésitant et parfois chancelant étant sur certains morceaux particulièrement adapté et émouvant…

A partir des années 70, sa carrière baisse d’intensité, aussi bien au niveau quantitatif que qualitatif, et il doit essuyer de violents échecs publics et critiques (Lost Horizon), ainsi que subir la séparation (dans la douleur) du trio magique qu’il formait avec Dionne Warwick et Hal David (cela se finissant malheureusement parfois devant les tribunaux…). Toutes les tentatives qui autrefois se voyaient couronnées de succès sombrent désormais dans l’échec (la volonté de faire de Stephanie Mills la nouvelle Dionne Warwick ; l’album Womanambitieusement produit en une seule session de quatre heures ; la Bande Originale du film italien Amo non amo…) et même l’Oscar précédemment évoqué pour Arthur ne relance pas sa carrière, malgré quelques tubes écrits par sa nouvelle épouse, Carol Sager (dont On my own pour Patti LaBelle).

Finalement, c’est au travers de l’admiration que lui portent d’autres artistes, alors un peu plus sous les feux des projecteurs (Oasis, R.E.M., Faith No More, Yo La Tengo, the White Stripes ou John Zorn l’ont tous cité comme un de leurs maîtres) que le nom de Bacharach revient, au milieu des années 90, sur le devant de la scène, l’hommage le plus « hénaurme » étant le film de Paul Hogan, Le mariage de mon meilleur ami (1997), dont la B.O. offre une compilation de ses plus fameux tubes, avec un générique rose bonbon d’anthologie sur l’air de Wishin’ & Hopin’.
Autre exemple, cette séquence, limite surréaliste, au milieu de l’hystérie gaguesque du Austin Powers (1997) de Jay Roach, où Austin se tourne vers la caméra et annonce un intermède musical (pour le moins reposant), et où le vrai Burt apparaît, son piano et lui à l’arrière d’un camion, pour jouer What the world needs now (séquence qui deviendra un des gimmicks de la série en étant répétée dans les deux suites)…
Plus méconnu, un joli film de Allison Anders, Grace of my heart (1996), qui retrace l’itinéraire d’une chanteuse soul dans l’Amérique des sixties, sous l’emprise d’un producteur directement inspiré de Phil Spector, offre dans ses dernières séquences une éblouissante composition de Bacharach avec Elvis Costello, God give me strength, dans laquelle les étranglements vocaux de Costello n’auront jamais été autant justifiés. Les compères sortent en 1998 un émouvant album, Painted from my memory, qui montre à quel point le son Bacharach existe toujours, mais aussi à quel point il sait s’adapter à la personnalité d’un collaborateur aussi imposant que Costello.
Depuis, les hommages se multiplient, entre compilation-anthologie (The look of love, sorti en 1998 chez Rhino), concerts (A tribute to Burt Bacharach au Royal Albert Hall en Juillet 2000) émissions télé spéciales (sur NBC en 2003, avec des patineurs artistiques livrant des prestations live et on ice sur des compositions de Bacharach…) et comédies musicales (What the world needs now, dont la première eut lieu à Sydney en 2002 ou The look of love, son grand retour à Broadway en 2003).

On juge parfois l’importance d’un compositeur au nombre de gens qui ont repris ses œuvres. Des morceaux de Burt Bacharach, depuis quinze ans, sont apparus dans un nombre incalculable de films (dont Fargo, Forrest Gump, High Fidelity, Bandits, Arrête-moi si tu peux, In the cut et évidemment Spider-man 2, avec une utilisation décalée de Raindrops keep fallin’ on my head) et le site "The Hitmaker Archive" propose de recenser l’intégrale des reprises par d’autres artistes de 653 chansons composées par Burt : allez y jeter un coup d’œil, c’est impressionnant (plus de 180 reprises recensées de What the world needs now, 170 pour Walk on by, 120 pour I say a little prayer, et ce ne sont que des exemples…) Finalement, l’homme est devenu une institution, probablement malgré lui.
Ce regain de popularité lui aura surtout permis de retourner pratiquer, dans des conditions plus confortables, ce qu’il préfère, et ce qu’il sait le mieux faire, à savoir composer et enregistrer. L’album At this time est sorti en 2005, Burt se permettant pour une fois d’aborder d’autres sujets que l’amour et offrant des collaborations avec Rufus Wainwright et… Dr Dre (eh oui !). Les critiques américains ont célébré son retour, reprenant la célèbre formule : « What the world needs now is Burt ».
Si le monde a vraiment besoin de Burt Bacharach, impossible à savoir. Ce qui est sûr, c’est que le monde est définitivement beaucoup plus agréable avec ses chansons…

Texav


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Casino Royale - Burt Bacharach

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