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Compositeurs

Claude Bolling  
Né à Cannes le 10 avril 1930.

Claude Bolling

Figure discrète et élégante de la musique de film française des années 70 et 80, le pianiste et jazzman Claude Bolling, né en 1930, excelle dans le registre du polar dés Du mou dans la gâchette (1966) de Louis Grospierre, Qui ? (1970) de Léonard Kiegel, et surtout Borsalino (1970) qui marque une rencontre décisive avec le cinéaste Jacques Deray qui restera son réalisateur de prédilection. Philippe de Broca l’invite sur sa comédie parodique Le Magnifique (1973).  On peut citer Edouard Molinaro, Jean Girault, ou encore Claude Pinoteau  parmi les réalisateurs qui lui ont confié des partitions.

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Bio/Portrait

Claude Bolling voit le jour sous le soleil de Cannes le 10 avril 1930. Après s'être intéressé aux beaux-arts, il contracte le virus de la musique lors de ses toutes premières leçons de piano commencées un peu sur le tard, passion qu'il enrichira encore avec l'enseignement de Marie-Louise Colin à Nice en 1940.

Il tombe amoureux du jazz à l'école (il est particulièrement marqué par Earl Hines, Eroll Garner mais surtout Fats Waller), et gagne le tournoi des amateurs du Hot Club à 15 ans seulement. Il ne tarde pas à former son premier groupe dans la foulée et grave son premier album dès 1948.

Désireux d'approfondir sa formation musicale, il apprend l'harmonie avec le grand compositeur Maurice Duruflé (qui imprégnera ses mélodies futures de ce cachet si “français”), le piano avec Germaine Mounier et Léo Chauliac, ainsi que le contrepoint et l'orchestration avec André Hodeir (qui lui enseignera aussi les techniques propres au jazz).

Il suit ensuite le parcours-type du jazzman de ces années-là (y compris comme tromboniste et même percussionniste lors de son service national), multipliant les concerts et les “bœufs” dans les cabarets, dancings et les différents clubs parisiens d'après-guerre comme le fameux Saint-Germain-des-Prés. Il collabore également avec le célèbre Boris Vian, puis Sacha Distel, Henri Salvador, Brigitte Bardot ainsi qu'avec certaines brillantes personnalités du jazz comme Lionel Hampton et Roy Eldridge.

C'est grâce à sa réputation grandissante d'arrangeur et de directeur artistique dans le monde de la variété qu'il peut enfin aborder l'illustration filmique. Par l'intermédiaire du chanteur Dario Moréno pour qui il fait des orchestrations dans le film Oh que mambo (1959), il fait ses premières armes avec des films comme Cette nuit-là (1962) de Maurice Cazeneuve ou Les mains d'Orlac (1961) d'Edmond T. Greville, et surtout l'excellent Le jour et l'Heure (1962) de René Clément où il commence à montrer une vraie personnalité de compositeur de cinéma.

Son style virtuose mais parfois tendu s'épanouit tout particulièrement dans le registre du polar comme Du mou dans la gâchette (1966) de Louis Grospierre, Qui ? (1970) de Léonard Kiegel, et surtout Borsalino (1970), film à “stars” se déroulant à Marseille dans les années 30 qui marque une rencontre décisive avec le cinéaste Jacques Deray qui restera par la suite son réalisateur de prédilection (malgré quelques infidélités sporadiques avec Michel Legrand ou Ennio Morricone). Bolling trouve dans l'intense confrontation Alain Delon - Jean-Paul Belmondo (épaulés par des seconds rôles comme Michel Bouquet et Catherine Rouvel) une opportunité de choix pour écrire différents tangos, blues, ragtimes, boogies, charlestons, etc... Le thème principal en forme de piano bastringue de Borsalino , lié au gangster Roch Siffredi (interprété par Alain Delon) deviendra immensément populaire.

Claude Bolling est aussi très à l'aise dans la comédie comme Le Mur de l'Atlantique (1970) de Marcel Camus, l'un des tout derniers films du regretté André Bourvil, ou l'étonnant Doucement les basses (1971) de Jacques Deray - unique “comédie” du très sérieux Alain Delon, pour lequel Bolling livre un score vocal très swinguant et original.

Une comédie d'aventure parodique comme Le Magnifique (1973) de Philippe de Broca (qui fit ici exceptionnellement une infidélité à Georges Delerue, à l'époque beaucoup trop occupé) lui donne toute latitude pour s'exprimer dans des styles divers tout en conservant une grande élégance : ritournelles latinos avec guitare de circonstance, “concerto pour piano, tueurs et orchestre”, valse musette ou passages de suspense pur (dans la lignée du travail de Delerue sur L'Homme de Rio )

En plus de travailler comme chef d'orchestre ou pianiste pour la télévision - chez Maritie et Gilbert Carpentier ou Jean-Christophe Averty notamment, le prolifique Claude Bolling signera aussi les thèmes inoubliables de séries comme Les Brigades du Tigre (1974) de Victor Vicas, dont la célèbre “ Complainte des Apaches ” du générique sera chantée par Philippe Clay, mais aussi L'Étrange monsieur Duvallier (1979), Georges Dandin (1980), Au bon beurre (1981), La Garçonne (1988), Louisiane (1984), Renseignements généraux (1989), L'Amant de ma soeur (1991), Antoine (1995), Le veilleur de nuit (1996) et bien d'autres...

Il retrouve au cinéma le personnage de Roch Siffredi (Alain Delon), mais cette fois-ci sans son alter ego François Capella (Jean-Paul Belmondo), sur Borsalino & Co (1974) toujours sous la houlette de Jacques Deray. C'est avec ce cinéaste qu'il donnera par la suite le meilleur de lui-même, comme le superbe thème mélancolique et discret de Flic Story (1975) - avec Alain Delon et Jean-Louis Trintignant qui trouvent ici leurs meilleurs rôles populaires, et surtout l'unique thème désolé et nu de l'étrange thriller kafkaïen Un papillon sur l'épaule (1977) - écrit pour saxophone et piano solo. Ces deux bandes originales, bien qu'extrêmement courtes, figurent certainement parmi ses chefs d'oeuvre absolus.

À l'opposé de ces épures musicales finalement pas si éloignées d'un certain recueillement cher à son maître Maurice Duruflé, l'exubérance jazz de son Big Band libérera toute son énergie dans des films comme L'Ordinateur des pompes funèbres (1976) de Gérard Pirès ou Il faut vivre dangereusement (1974) de Claude Makovski.

Le superbe thème principal de Un homme en colère (1978), thriller “familial” de Claude Pinoteau, lui permet aussi de montrer une facette plus lyrique et plus rhapsodique de son talent, tandis que sa veine symphonique et orchestrale va s'exprimer avec talent dans le méconnu The Awakening ( La malédiction de la vallée de rois, 1980) de Mike Newell avec Charlton Heston - rare incursion de Bolling dans le cinéma anglo-saxon (contrairement à bon nombre de ses collègues, il n'a jamais voulu s'expatrier vers les Etats-Unis).

C'est encore un nouveau chef d'oeuvre en forme de thème confié au sombre saxophone alto de Pierre Gossez qu'il écrit pour l'inquiétant polar On ne meurt que 2 fois (1985) de J. Deray avec la vénéneuse et troublante Charlotte Rampling confrontée à un étonnant Michel Serrault. Après des partitions plus légères comme La gitane (1985) de Philippe De Broca ou le chaleureux orchestre jazz de La rumba (1987) de Roger Hanin, il retrouve le genre du thriller avec Netchaïev est de retour (1991) de Jacques Deray qui sera aussi l'un des tout derniers chants du cygne de l'acteur Yves Montand. À partir de cette période, Bolling travaillera de plus en plus pour la télévision jusqu'à Hasards et coïncidences (1998) de Claude Lelouch.

À noter également que Claude Bolling sera l'un des premiers à inventer (à l'instar d'un Lalo Schifrin, Dave Brubeck ou Jacques Loussier) le métissage entre le jazz et la musique sérieuse comme peuvent en témoigner des pièces comme la Suite pour flûte et piano jazz trio (1975) qui connaîtra une immense popularité aux USA (elle restera 2 ans au sommet du hit parade !). Il collaborera aussi avec Alexandre Lagoya, Maurice André, Yo Yo Ma, l'English Chamber Orchestra, Marielle Nordmann ainsi qu'avec d'autres personnalités issues du classique. Il a également donné des concerts dans le monde entier (dont l'Asie et l'Amérique du Sud), et côtoyé les plus grands solistes (Stéphane Grappelli, Dee Dee Bridgewater, Dizzy Gillespie...)

À plus de 75 ans, le fringuant Claude Bolling continue toujours d'enchanter la France entière en multipliant les concerts au piano solo, avec son trio ou en dirigeant son orchestre de Big Band.

Christian Texier


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