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Compositeurs

Maurice Jarre  
Né à Lyon le 13/09/1924. Décédé le 29/03/2009.

Maurice Jarre

Maurice Jarre (1924 - 2009) a travaillé avec les plus grands cinéastes, de toutes les nationalités : français (Camus, Demy, Franju, Oury, Resnais), italiens (Visconti, Zeffirelli), espagnols, (Berlanga), hongrois (Szabo), allemands (Schlöndorff, Petersen), anglais (Hitchcock, Figgis, Lean), australiens (Miller, Weir), japonais (Masuda), mexicains (Arau), américains (Cimino, Eastwood, Huston, Kazan, Stevens, Wyler). Il s'est fait d'abord connaître en France chez George Franju (Les Yeux sans visages), puis en Angleterre pour David Lean (et 3 Oscars à la clef, pour Lawrence d'Arabie, Doctor Zhivago, La Route des Indes) ce qui le mène à Hollywood chez l'australien Peter Weir (Witness, La Cercle des poètes disparus), Michael Apted (Gorille dans la brume), ou encore Hitchcock (Topaz).

"Certains réalisateurs s'étaient dit que désormais j'avais la grosse tête et qu'on ne pouvait plus rien me demander. Mais il n'y a aucunes raisons. Les gens qui me connaissaient savaient que ma tête n'avait pas gonflé de trois centimètres." (Maurice Jarre)

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Incontournables du compositeur

Bio/Portrait

"La musique de film doit être utilisée comme un aspect complémentaire au film, apporter quelque chose que l'image ne dit pas. Elle ne doit pas être utilisée comme une simple illustration." Maurice Jarre

Né à Lyon le 13 septembre 1924, Jarre ambitionne d'abord une carrière d'ingénieur avant d'intégrer à 16 ans le Conservatoire National Supérieur de Paris. C'est en écoutant la Rhapsodie Hongroise n°2 de Franz Liszt qu'il décide de devenir compositeur.

L e directeur de l'époque Claude Delvincourt inclus dans le programme l'apprentissage des musiques ethniques dans la formation habituelle de l'école. Maurice Jarre va beaucoup s'appuyer sur cet enseignement pour mettre au point ses musiques de films . Il étudie la musique sous la direction de Jacques de la Presle (harmonie), Louis Aubert (orchestration), Félix Passerone (percussion) et surtout Arthur Honegger, – compositeur à ses heures de film prestigieux tels que La Roue , Napoléon , Les Misérables – qui l'initie aux secrets de la musique de film.

Tout en se produisant comme timbalier il apprend la direction d'orchestre sous la baguette de Wilhelm Furtwängler, Pierre Monteux, Manuel Rosenthal et découvre la musique électronique de Pierre Schaeffer au "Club d'Essai" de la radiodiffusion française de Paris.

A l'exemple des compositeurs contemporains tels que Igor Stravinsky, Darius Milhaud, Edgar Varèse ou Carl Orff, Jarre va explorer les potentialités inexploitées des percussions pour élargir le spectre sonore de l'orchestre. " J'ai toujours pensé que les percussions pouvaient apporter un son un peu différent de ce que l'on entendait d'habitude " . Par exemple, le thème principal composé pour le western El Condor (1970) repose sur une rythmique placée en avant de l'orchestre dans laquelle s'intègre la mélodie.

Entre 1946 et 1950, sur les conseils d'Henri Dutilleux, Il va composer pour la radio et dirige avec Pierre Boulez, l'orchestre de la compagnie Renaud-Barrault.

En 1951, il est nommé directeur musical du TNT (Théâtre National Populaire) où il fait la connaissance de Jean Vilar, l'un de ses mentors. Avec prés de 70 musiques de scènes composées pour le visionnaire metteur en scène du théâtre de Chaillot, Jarre va rapidement révolutionner la manière de concevoir la relation musique et la prestation scénique. Des trompettes d'accueil stéréophoniques, des expérimentations sur différentes associations de groupes d'instruments, des compositions pour bandes magnétiques, des chansons populaires pour les pièces Nuclea et Loin de Rueil , des musiques d'atmosphère pour Le Songe d'une Nuit d'Eté ou davantage psychologique avec Le Prince de Hombourg .

Au théâtre du TNT il va croiser Jean Cocteau, Albert Camus, Raymond Queneau, Harold Pinter et des comédiens comme Philippe Noiret, Gérard Philipe qui vont progressivement le faire basculer dans le monde cinématographique.

Séduit par sa composition pour Le Prince de Hombourg, Georges Franju lui demande d'écrire la musique de son court métrage Hôtel des Invalides (1951). Un documentaire de 23mn. sur Napoléon où Jarre compose une sorte de valse un peu cassée, pour accompagner le vol de colombes qui s'élancent du toit des Invalides. Suivront ensuite les courts Toute la Mémoire du Monde (1956) d'Alain Resnais, Le Bel Indifférent (1957) de Jacques Demy et Chronique Provinciale (1958) de Jean-Paul Rappeneau.

Dés ses premiers films, Jarre s'attache à tisser des associations instrumentales singulières provoquant des timbres sonores mystérieux et inédits. Dans La Tête contre les Murs (1958) sa première composition pour un long métrage, Franju l'encourage à composer dans un style iconoclaste, dans l'esprit des partitions de Bartók et lui propose de visiter l'asile psychiatrique d'Amiens pour qu'il s'imprègne de l'atmosphère dérangé du film. Dés le générique de début, le compositeur développe un style instable et dissonant basé essentiellement sur le rythme et explore des combinaisons instrumentales inédites sur le tragique Enterrement à l'Asile où il mélange les sonorités d'un piano préparé, d'un carillon d'horloge et d'un banjo désaccordé.

La très belle musique du film suivant, Les Yeux sans Visage (1959) est écrite principalement pour flûte, hautbois et clavecin. Les rythmes obsessionnels et l'étrangeté de la texture orchestrale annoncent déjà les compositions ultérieures pour La Fille de Ryan ou Lawrence d'Arabie . Un style surprenant où l'harmonie est le plus souvent assujettie à une rythmique très prononcée. Mais Jarre est avant tout un véritable orfèvre de la mélodie. Certains de ces thèmes s'impriment durablement dans l'esprit. En 1962, l'adorable musique du générique Thérèse Desqueyroux combine des motifs rythmiques interprétés au piano (dans l'esprit de Mozart et Schubert) avec des thèmes symphoniques de valse. Parmi la riche collaboration avec Franju on notera également les musiques de Plein feux sur l'Assassin (1961) et Judex (1963).

Jarre utilise également de façon très personnelle des instruments singuliers au sein de l'orchestre. L'accordéon, dans le court métrage de Georges Régnier, l'Univers d'Utrillo (1954), la cithare dans Les Dragueurs de Jean Pierre Mocky (1959) ou l'Onde Martenot, l'ancêtre du synthétiseur pour la séquence de La Pavane des Flamands Roses, dans le film Les Animaux de Frédéric Rossif (1963). Cette démarche, très novatrice pour l'époque, provoque souvent des combinaisons sonores inusitées et réellement fascinantes qui se démarquent des orchestrations hollywoodiennes telles qu'elles étaient pratiquées par Max Steiner ou Erich Von Korngold. Jarre recherche davantage la légèreté en rejetant les grandes masses orchestrales et en accordant une importance particulière au timbre instrumental. En 1959, pour le film d'alpinisme de Marcel Ichac, Les Etoiles de Midi , il refuse dans sa partition les débordements symphoniques attendus, pour souligner au contraire, et de manière agressive, l'âpreté de la matière et la dureté de l'effort.

En 1962, pour Les Dimanches de Ville-d'Avray de Serge Bourguignon, il compose une musique épurée appuyée sur un alliage discret de trompette, cithare et contrebasse. Lors d'une séquence dans un restaurant, l'un des personnage du film crée une onde sonore en frottant le bord d'un verre avec un doigt mouillé. La sonorité étrange, semblable à celui du Seraphim (jeu de verre musical) se propage longuement, descend de plusieurs octaves et accompagne les murmures de Cybèle, adressés à Pierre, le héros du film. Procédé musical que l'on pourrait rapprocher des expériences spectrale de John Cage et qui anticipe déjà sur les musiques purement électroniques que Jarre systématisera dans les années 80.

L'autre aspect original chez Maurice Jarre est l'incorporation d'instruments d'origines ethniques. Ayant étudié la musique Arabe, Russe, Indienne, Japonaise et Sud-Américaine, il s'est toujours intéressé aux cultures extra-Européenne . " Dans beaucoup de partitions, j'ai essayé d'utiliser des sons ethniques, inouïs au sens premier, dans un contexte symphonique. Pour moi les instruments arabes, japonais ou vietnamiens ont toujours représentés des possibilités expressives originales, surtout dans les années 60, à l'époque où le synthétiseur n'existait pas ". En 1962 dans l'Oiseau de Paradis de Marcel Camus, il compose une musique exotique raffinée, influencée par l'orchestration balinaise.

La carrière française du compositeur sera finalement d'assez courte durée puisqu'en 1962, il rejoint les USA et David Lean pour Lawrence d'Arabie , qui deviendra l'une de ses musiques de film les plus célèbres. Après ce succès, Jarre entretiendra de bonnes relations avec le réalisateur et signera la musique de tout ses films suivants. Le célèbre Thème de Lara du Docteur Jivago (1965), la magnifique musique de La Fille de Ryan (1970) et La Route des Indes (1984).

A partir de 1962, avec sa partition pour Le Jour le plus Long , Jarre se fait une réputation de compositeur de film de guerre. Assez à l'aise dans les marches militaires et les rythmes agressifs, il composera des thèmes martiaux pour La Nuit des Généraux (1967), Les Damnés (1969) Topaz (1969), Taps (1981), Firefox (1982), ou même sous forme parodique dans la comédie Top Secret (1984) où il reprend le thème de L'Internationale . En 1963 ses musiques pour Week End à Zuydcoote et surtout Mourir à Madrid où il compose un thème hispanique pour guitare seule sont plus intéressantes car elles s'écartent des motifs patriotiques un peu trop envahissant des précédentes compositions.

Avec la musique du film de René Clément, Paris Brûle t-il ? , réalisé en 1966, il compose une valse musette pour accordéon et orchestre et renoue avec la coloration française de ses premières musiques de films. Ce thème populaire qui accompagne les séquences de la libération de Paris à la fin de la seconde guerre mondiale est un beau succès et sera repris avec pétulance par la chanteuse Mireille Mathieu sur des paroles écrites par Maurice Vidalin.

Jarre composera d'autres chansons dont quelques airs mexicains enjoués pour le western Les Professionnels (1966) et Les Vendanges de Feu (1995), les chansons de Cinq Cartes à abattre (1968) ou encore la savoureuse Marmalade, Molasses and Honey pour le western de John Huston, Le Juge Roy Bean (1972), chanson interprétée par Andy William et un chœur féminin. Le rythme assez langoureux du morceau évoque assez la joyeuse insouciance de Raindrops keep fallin' on my head de Burt Bacharah composé pour Butch Kassidy et le Kid (1969).

Dans le téléfilm musical de Bob Fosse, Liza with a "Z" (1972) on peut noter une curiosité : La chanteuse Liza Minelli interprétant It was a good time , chanson basée sur le thème principal de La Fille de Ryan .

Par rapport à ses collègues européens travaillant pour Hollywood, mais de manière plus ponctuelle (Morricone, Legrand, Rota, Delerue…) Jarre ne compose pas à en suivant le modèle Hollywoodien.

" J'aime le changement et la diversité. Le gros problème avec Hollywood c'est qu'il vous classe dans une catégorie dans laquelle le public doit vous identifier. Vous devez alors être emmené à composer un genre musical précis. Quand j'ai fait Lawrence d'Arabie, les producteurs pensait que j'étais seulement capable de composer de la musique pour le désert. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de composer toujours dans un même registre. Heureusement, j'ai eu l'opportunité de composer pour des films dont les sujets étaient très différents. "

Avec sa composition pour l'Obsédé [ The Collector , en anglais ] un film britannique irrévérencieux signé William Wyler, Jarre se tourne vers un registre plus psychologique. L'orchestration légère de la partition et le raffinement des jeux de timbres annonce les textures sonores sophistiquées que l'on retrouvera plus tard dans La Fille de Ryan . Tourné en 1965, le film raconte l'histoire d'un homme psychologiquement déviant (brillamment interprété par Terence Stamp) qui kidnappe et séquestre une jeune fille à la seule fin de la garder pour lui. Jarre développe un motif simple, ironique et joyeusement enfantin, The Collector qui contraste avec la gravité des situations ; une musique presque intérieure qui fait surtout ressortir le caractère naïf et déréglé du personnage. Le motif Seduction , interprété gauchement par un duo de cithares mal accordés, les rythmes jazzys et enlevés de The Catch ou la charmante mélodie burlesque de The Bargain donne au film des accents ironiques et faussement candides.

L'année suivante, durant le tournage de Grand Prix , le réalisateur John Frankenheimer lui demande de composer une musique sur la vitesse et l'invite à faire une ballade au volant d'un bolide de course atteignant les 350km/h. Jarre s'en souvient encore comme d'une expérience traumatisante. Entre les accents impétueux de l'orchestre fortement trompettatoire, la frénésie des timbales et de la grosse caisse, évoquant la vitesse des bolides, il insère quelques thèmes ensoleillés de Bossa Nova et compose la charmante mélodie romantique de Scott and Pat ; morceau dominé par l'accordéon, la harpe, les violons et le piano.

En 1970, Une Saison en Enfer , film inspiré de la vie des poètes Rimbaud et Verlaine est une musique plus légère écrite pour un petit orchestre incluant le piano, la flûte et la cithare arabe que l'on peut entendre dans Caffe Arabo. Sur plusieurs morceaux, le jeu des percussions placé en avant de l'orchestre est très marqué, principalement dans l'ouverture du thème principal du film, ainsi que dans Carovana et le surprenant Battaglia a Tchelenko où l'on entend aussi l'Onde Martenot qui imite le vrombissement du vent.

Tout aussi hétéroclite, sa partition pour Soleil Rouge (1971) emprunte au vocabulaire de la musique de western mais la parure instrumentale est d'une plus grande richesse que les musiques habituellement composés pour ce registre. A la place de l'harmonica, traditionnellement de rigueur, Jarre utilise l'Onde Martenot et façonne des mélodies étranges et insolite ; brassage d'instruments folkloriques hétéroclites (koto, accordéon, cymbalum) qu'il mélange à l'orchestre. Cette combinaison orchestrale inédite s'intègre parfaitement au casting multi-ethnique du film. Pendant les séquences avec les indiens (qui une fois de plus ont obtenus le mauvais rôle !) il utilise des sonorités singulières et des rythmes très élaborés qui rappellent ses premières musiques expérimentales pour les films de Franju.

En 1973, il poursuit sa collaboration avec John Huston sur le thriller haletant Le Piége où il signe une séduisante mélodie au cymbalum. Avec le film d'aventure oriental, L'Homme qui voulut être Roi en 1975, adapté de Rudyard Kipling, il va diviser l'orchestre en deux familles musicales différentes. La partie occidentale est constituée de thèmes solennels assez conventionnels inspirés par l'hymne britannique "The Minstrel Boy" qu'interprètent également Sean Connery et Michael Caine. Sur The King March , Jarre va même jusqu'à réutiliser le motif de l'officier anglais composé pour La Fille de Ryan . La partie orientale est en revanche plus séduisante. Le beau thème de Roxanne , interprété par des instruments indiens, (Flûte, violon, tabla et sitar indien) est d'une belle élégance.

En 1976, avec The Message , sous-titré, Mohammed, le Messager de Dieu, Jarre écrit une autre grande partition. La musique symphonique mélangée à la harpe, la flûte, le cymbalum et l'Onde Martenot - instrument très présent dans la composition - possède une magnifique couleur orientale.

Avec la série télévisée, Jésus de Nazareth (1977), Jarre passe de Mahomet à Jésus avec un confondant savoir faire. Cette fresque soignée de plus de 6h sur la vie du Christ interprétée par une pléiade de vedettes est malheureusement plombée par une mise en scène trop académique. Comme l'avait déjà fait Honegger sur l'oratorio Jeanne au Bûcher , Jarre utilise l'Onde Martenot pour accentuer le caractère divin qui entoure les personnages, ( L'annonce faite à Joseph, Le Miracle de l'aveugle ) et Jésus, lorsqu'il se présente dignement devant Ponce Pilate, après avoir été fouetté. Après cette expérience convaincante, Jarre sera de plus en plus sollicité pour la télévision. En 1978, Il compose coup sur coup les musiques pour la mini-série Mourning Becomes Electra , celle de Ishi, The Last of his Tribe , et en 1981, Vendredi ou la vie Sauvage . En 1980 la série Shogun lui permet d'explorer les sonorités japonaises et d'enrichir sa palette musicale de sonorités discordantes et colorés.

Avec Volker Schlöndorff sur le remarquable Le Tambour (1979), une adaptation du roman de Günter Grass, il signe certainement l'une de ses partitions les plus sophistiquées. Le réalisateur qui a une idée anti-sentimentale de la fonction de la musique de film demande à Jarre d'éviter tout pathos et épanchement symphonique. La partition est jonchée d'instruments étranges et hétéroclites (sons électroniques, accordéon, tourniquet, piano bastringue…) dominés par le son étrange de la fujara, une flûte slovaque qui accompagne les aventures d'Oscar, le petit garçon du film. Jarre développe également un thème poignant pour cordes et orchestre que l'on retrouve dans le générique final, soutenu par un saxophone free de toute beauté. Certaines pièces comme Die Polnische Post, interprété au piano rappellent le style mélancolique des Gnossiennes d'Erik Satie. Outre la musique de Jarre, il faut également souligner l'importance de la bande son du film, véritable composition musicale : La voix off malicieuse d'Oscar qui raconte ses pérégrinations dans une Allemagne meurtrie par la guerre, son cris strident qui brise le verre et par dessus tout ses incessants roulements de tambour. La séquence humoristique où il crée une cacophonie au sein de l'orchestre de l'armée nazie en battant le rythme à contre temps n'aurait certainement pas déplut au compositeur Charles Ives ! En 1981, le compositeur aura l'occasion de retravailler avec Schlöndorff sur le film politique Le Faussaire .

Dans les années 80, Jarre emprunte le même sillon que les compositeurs d'atmosphères synthétiques tels que Tangerine Dream, Klaus Schulze ou Harold Budd en utilisant massivement les nouveaux synthétiseurs électroniques. Il privilégie surtout les ambiances hypnotiques discrètes et les nappes sonores. Pour autant il reste fidèle aux sonorités chaudes de l'Onde Martenot qu'il utilise dans la partition du film fantastique romantique, La Promise en 1985.

Sur L'Année de Tous les Dangers (1982), premier film de sa collaboration avec le réalisateur australien Peter Weir, il mélange les nappes électroniques avec une douzaine d'instruments indonésiens tels que les gongs, gamelans, cymbales et percussions diverses. Il écrit aussi la lumineuse chanson Djarkata ; composition riche de sonorités exotiques et électroniques.

Avec Witness (1985), musique purement électronique jouée à l'orgue et au synthétiseur, il va réussir le procédé à merveille. Peter Weir, qui recherche davantage le contrepoint musical est surtout intéressé par le caractère psychologique de la musique. (cf. son utilisation audacieuse de l'orgue et de la flûte roumaine sur le générique de Pic Nic à Hanging Rock ). La musique dans Witness se devait, d'après Jarre, " d'apporter une distance toute brechtienne au film et, qui plus est, de nourrir un paradoxe : celui d'écrire une partition synthétique pour décrire une communauté, les Amish, qui réfute la modernité et l'instrument musical même ." L'orgue électronique est ainsi traité comme un instrument de musique de chambre et sur les passages romantiques, Jarre s'applique à développer des sonorités intimistes, à contre courant des traditionnelles effusions de cordes. En témoigne le chaleureux Love Theme où Harrison Ford et Kelly Mc Gillis s'embrassent dans le champ. Le thème principal, culmine dans le superbe Building the Barn , interprété par huit synthétiseurs différents dont l'EVI, un Instrument à Valve Electronique qui ressemble à une trompette et qui peut imiter précisément le son d'un orchestre. Le morceau s'inspire de la structure en ostinato du canon de Johann Pachelbel, que Peter Weir voulait à l'origine utiliser dans la séquence. Le motif répétitif et angoissant sur The Murder où l'enfant assiste au meurtre du policier n'est pas s'en rappeler les cellules rythmiques hypnotiques de Philip Glass et tout au long du film, Jarre va privilégier de longues nappes synthétiques envoûtantes. Plus tard dans la scène du commissariat, le réalisateur filme en gros plan le visage de l'enfant découvrant la photographie de l'assassin. Peu à peu les bruitages disparaissent pour laisser place aux sons longuement tenus du synthétiseur, plongeant brusquement le spectateur dans l'univers psychique de l'enfant. L'effet est très réussit.

On retrouvera la même utilisation de l'électronique dans le beau film d'aventure Mosquito Coast (1986) du même Weir où Jarre compose une composition éthérée pour ensemble électronique. Plus conventionnelles sont les musiques pour les films de science-fiction, Dreamscape (1984) de Joseph Buren, Enemy Mine (1985) de Wolfgang Petersen et le polar Sens Unique de Roger Donaldson (1987) où Jarre reprend paresseusement les mêmes ambiances sonores électroniques que Vangelis, et son propre fils Jean Michel Jarre.

Composé en 1989, Le Cercle des Poètes Disparus , combine avec une belle finesse la harpe celtique, la flûte et le synthétiseur sur des compositions souvent envoûtantes. Ce n'est que sur Keaton's Triumph , lorsque les élèves montent sur la table pour exprimer leur soutien au professeur , que la partition s'enfle et devient imposante. Jarre ajoute à l'orchestre une section de cornemuses et développe un thème, véritable hymne, chargé d'une émotion poignante.

En 1983, Maurice Jarre va renouer avec l'esprit de ses compositions françaises d'antan en composant la musique du téléfilm de Robert Enrico Au Nom de Tous les Miens qui comprend des thèmes de valse, des marches et des morceaux écrits pour cordes, accordéon et piano.

Deux ans plus tard, il se retrouve à composer pour Mad Max III , de Georges Miller, de loin l'épisode le moins inspiré de la série. Le film en partie tourné dans le désert Australien, permet à Jarre de retrouver l'atmosphère des grands espaces cher à David Lean. Entrecoupée par les chansons Pop de Tina Turner, la musique de Jarre arrive néanmoins à s'imposer dans le thème de la ville de Bartertown , morceau inquiétant pour orchestre, synthétiseur et ensemble de percussion au rythme scandé. Ensuite le délicieux et sautillant The Children , motif qui sera repris par le chœur à la fin du film arrive un peu à sauver cet épisode du marasme…

En 1987, Le Palanquin des Larmes de Jacques Dorfmann, est un film ambitieux qui suit le destin de la jeune pianiste Ching Lie durant l'occupation de l'armée japonaise. A défaut d'être réellement innovant dans sa mise en scène, le film a néanmoins le mérite d'avoir été le premier long métrage étranger à être co-produit avec la Chine. La musique de Maurice Jarre, exécutée par l'orchestre central philharmonique chinois est assez simpliste et peu présente mais possède une belle couleur orientale. Pour les parties de piano interprétées par Ching Lie, Jacques Dorfmann a préféré utiliser des thèmes classiques et le "Butterfly Lovers Piano Concerto" de Chen Gang pour la scène finale du concert.

On peut entendre le thème principal composé par Jarre durant le générique de début et de fin monté de manière très habile, en synchronisme avec les titres. De manière analogue, le générique du film Le Train (1964) de John Frankenheimer comporte lui aussi un montage intéressant des titres, qui apparaissent et disparaissent suivant les changements rythmiques de la partition de Jarre. En 1986, le compositeur avait déjà eu l'occasion de composer une musique d'inspiration chinoise pour le film d'aventure Tai-Pan de Daryl Duke.

En 1988, avec le film Gorilles dans la Brume , qui raconte l'histoire de la naturaliste Dian Fossey, Jarre s'intéresse au rythme des tambours et des chants africains qu'il intègre à l'orchestre. Il réexploitera les sonorités de l'Afrique noire dans l'une de ses dernières musiques de film, J'ai rêvé de l'Afrique (2000) ; partition comprenant également un didgeridoo.

Plus enthousiaste est sa musique pour la comédie yiddish, Ennemies, une Histoire d'Amour de Paul Mazursky, composée en 1989. Sur des rythmes pétillants qui rappellent le folklore juif des pays de l'est, il tresse des thèmes légers et ironiques composée de motifs pour clarinette. Une sobriété musicale que Jarre avait également recherché dans sa composition jazzy pour Le Dernier Nabab (1976).

Pour Liaison Fatale (1987) et l'angoissant l'Echelle de Jacob (1990) d'Adrian Lyne, il compose de séduisants thèmes mélodiques au piano. Sur ce dernier film, l'utilisation de voix ethniques mélangés aux flûtes et à l'électronique rapproche un peu la composition de la World Music synthétique de Brian Eno ou de Peter Gabriel. Maurice Jarre finira malheureusement par tomber dans le piége de la musique simpliste et décorative avec After Dark, My Sweet (1990) ou Etat Second (1993). Dans les années 90 ses compositions deviennent moins innovantes et Jarre se repose sur ses acquis en répétant les mêmes formules orchestrales qui ont fait sa réputation. Ghost (1990), School Ties (1992), The Sunchaser (1996) ou Sunshine (1999) sont néanmoins des pièces honorables mais sans éclats.

Dans ses musiques de films, le compositeur a finalement assez peu utilisé la voix. Il semble y remédier en 1992 dans sa composition ambitieuse pour Agaguk , le film d'aventure polaire de Jacques Dorfmann où il renoue avec la grande tradition épique de ses musiques pour les films de David Lean. Le mariage entre l'orchestre symphonique du Royal Philharmonic Orchestra, les sections électroniques représentés par le synthétiseur, l'Onde Martenot et les Instruments à Valve Electronique est exaltant ; particulièrement dans le thème principal, interprété par une orchestration massive de cuivres et un chœur d'homme inuit. La chanson pop que Jarre compose pour le générique de fin (chantée par Nathalie Carsen) est en revanche totalement loupée.

Dans les dernières années de sa carrière, Jarre laisse un peu de côté la musique de film préférant composer pour le répertoire symphonique ou la musique de chambre. Selon lui " Je n'ai rien à gagner à travailler avec des jeunes réalisateurs qui obéissent aux dictats de la mode et qui ne connaissent rien au Cinéma et à la Musique. " Pour autant il s'intéresse aux compositeurs de musiques de films actuels comme Elliot Goldenthal ou Thomas Newman, qu'il qualifie de novateurs.

Il a enregistré sa dernière partition pour l'écran en 2001 pour une mini-série télé qui traite de l'holocauste. L'Ultime Révolte de John Avnet.

Maurice Jarre a également dirigé de nombreux orchestres dont le Philharmonique de Londres, l'orchestre de la Radiodiffusion italienne, le Philharmonique du Japon ou encore le Philharmonique de Los Angeles. Il a également composé pour des spectacles de son et lumière ( Les Très Riches Heures de Chambord , Le Palais du vent violent) , écrit la musique de cinq ballets dont l'opéra-ballet Armida (1954), Les Filles du Feu (1962), Notre Dame de Paris (1965, version filmée en 1996), la Cantate pour une Démente (1965) ainsi que des compositions instrumentales comme Mouvement en relief , pour orchestre (1953), La Passacaille à la mémoire d'Arthur Honegger (1956), le Concerto pour cordes et percussions (1956), Polyphonies Concertantes , pour piano, trompette, percussion et orchestre (1959), Mobiles (1961) pour violon et orchestre ou encore l'étonnant Concerto pour EVI (1996) pour instruments électroniques.

Julien Mazaudier


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