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Compositeurs

Michael Kamen  
Né en 1948 à New-York. Décédé le 18 novembre 2003.

Michael Kamen

Sa disparition brutale en 2003 a laissé un grand vide dans le monde de la musique de films et dans le monde de la musique en général. Jovial, toujours le sourire aux lèvres, Kamen a été un immense compositeur doublé d’un orchestrateur hors pair. Des studios hollywoodiens aux salles de concerts, il laisse en héritage une œuvre protéiforme et grandiose.

Incontournables du compositeur

Bio/Portrait

Passionné par la musique, le jeune Michael entre à la prestigieuse Julliard School où il étudie le hautbois et se forge une solide expérience classique. A sa sortie, il forme un groupe classique-rock du nom de « New York Rock and Roll Ensemble ». Il est rapidement repéré et joue avec le New-York Philarmonic à l’invitation de Leonard Bernstein ! Pour lui, moderne et classique sont à jamais inextricablement liés. Il poursuit sa formation en étudiant l’orchestration et la composition. Il signe alors plusieurs ballets ainsi que sa première B.O., The Next Man en 1976 (avec une chanson en français !).

Sa rencontre avec Roger Waters sera très importante. Il signe les somptueux arrangements de « The Wall » et « The Final Cut » pour Pink Floyd avant de suivre Waters pour ses albums solos (il rencontrera David Sanborn et Eric Clapton, les futurs co-auteurs de Leathal Weapon sur l’album The Prons and Cons of Hitchhicking). Kamen va collaborer avec des artistes aussi différents que Eurythmics, Metallica, Kate Bush, U2 ou encore Queensrÿch. Mais son talent est réclamé à grands cris par le cinéma… En 1983, il compose son œuvre majeure – Dead Zone – pour David Cronenberg, film sur lequel il remplace au pied levé Howard Shore.

Christophe Lemaire, Christophe Olivo

La partition orchestrale pour The Dead Zone allait assurément servir de tremplin pour Michael Kamen qui, en 1985, signait l'une de ses partitions majeures du milieu des années 80, Brazil de Terry Gilliam, partition orchestrale inventive basée sur la célèbre samba homonyme pour un film complètement loufoque et décalé. Kamen entamait ainsi sa collaboration avec Terry Gilliam, puisant dans l'art de l'ancien membre des Monty Python tout son potentiel créatif et fantaisiste. Si l'on passe outre sa participation anecdotique au Lifeforce de Tobe Hooper (L'étoile de la mort – 1985), pour lequel il livre quelques minutes de musique additionnelle aux côtés de la partition orchestrale d'Henry Mancini, on pourra aussi évoquer la musique de Highlander (Russel Mulcahy – 1986), composition orchestrale d'action écrite aux côtés du célèbre groupe de rock Queen qui signe les principales chansons du film. En l'espace de quelques années, Kamen arrive ainsi à écrire la musiques de films majeurs tels que Dead Zone, Brazil ou Highlander, une aubaine pour le compositeur qui peut ainsi se faire remarquer sur des productions à succès qui lui permettront ainsi d'accéder à des projets de plus en plus ambitieux. Après quelques partitions écrites en 1986 (dont Mona Lisa pour le thriller de Neil Jordan avec Bob Hoskins et Michael Caine), c'est en 1987 que Michael Kamen se fait de nouveau grandement remarquer en écrivant la musique de Lethal Weapon (L'arme fatale – 1987). C'est grâce à ce film que le compositeur devient apprécié par certains béophiles pour ses musiques d'action orchestrales au style très personnel, utilisant des orchestrations axées sur des cuivres massifs, des percussions acoustiques et parfois électroniques, des jeux de solistes sans oublier ici la participation d'Eric Clapton à la guitare, dont la sonorité deviendra indissociable de l'univers musical des Lethal Weapon. Apprécié par le producteur Joel Silver, qui voit dans le style action de Michael Kamen une nouvelle identité sonore propre à ses productions d'action, Michael Kamen écrira la musique de l'un des plus gros succès commerciaux de la fin des années 80, Die Hard (Piège de cristal, réalisé par John McTiernan en 1988). Le succès de cette partition (qui dépasse même celui de Lethal Weapon) confirmera une fois encore l'immense talent du compositeur dans le domaine des musiques d'action, Kamen dévoilant malgré tout ici un goût remarquable pour les touches d'humour et les clins d'oeil musicaux, puisqu'à côté de gros morceaux d'action tonitruants, Kamen n'hésite pas à faire des allusions ironiques à Beethoven, à une chanson populaire de Noël, au célèbre air de " Singing in the Rain ", un truc que l'on retrouvera dans plusieurs autres partitions du compositeur.

1988 sera finalement marqué par une autre partition majeure de Michael Kamen, celle pour le délirant et lourdingue The Adventures of Baron Munchausen, réalisé par Terry Gilliam. Il s'agit de la seconde participation du compositeur à un film de Gilliam, où le compositeur déchaîne son imagination débridée et nous livre un véritable artifice de fantaisie musical qui part véritablement dans tous les sens, et ce au grand bonheur des aficionados du compositeur, une autre façon pour le compositeur de prouver qu'il a décidément beaucoup d'humour. Kamen signera aussi la musique pour un épisode de la saga des James Bond, Licence To Kill (Permis de tuer) réalisé par John Glen en 1989, qui exploite à nouveau le style action tant apprécié du compositeur. Suivront ensuite Lethal Weapon 2 et Die Hard 2 dans un genre similaire. Mais c'est sans aucun doute en 1991 que Michael Kamen signera l'un de ses grands chef-d'oeuvres, Robin Hood: Prince of Thieves (Robin des bois, prince des voleurs – réalisé par Kevin Reynolds avec Kevin Costner et Alan Rickman), grande partition épique incontournable devenu aujourd'hui un grand classique de la musique de film des années 90, à tel point que le nom de Michael Kamen est désormais indissociable du célèbre film de Kevin Reynolds. A noter que Kamen a été cité aux oscars en 1991 pour la chanson du générique de fin de Robin Hood, " Everything I Do ", célèbre tube du chanteur Bryan Adams. La même année, le compositeur écrit la musique du polar dramatique Let Him Have It (L'âge de vivre, réalisé par Peter Medak avec Christopher Eccleston et Tom Courtenay), film qui permit au compositeur de lancer le jeune Edward Shearmur sur sa toute première participation à une musique de film, signant ici la musique additionnelle du film aux côtés de son mentor.

Au cours de la première partie des années 90, Kamen manifeste un goût plus prononcé pour les musiques dramatiques et des comédites intimistes, signant le score de films tels que Shining Through (Une lueur dans la nuit, réalisé par David Seltzer en 1992), Circle of Friends de Pat O'Connor (1995), Don Juan De Marco de Jeremy Leven (1995) sans oublier l'amusant et émouvant Jack de Francis Ford Coppola (1996), pour lequel Kamen signe sans aucun doute l'une de ses partitions les plus enfantines et les plus légères de toute sa carrière, un véritable hymne nostalgie et émouvant à la magie de l'enfance. Mais c'est sans aucun doute sa brillante partition pour Mr. Holland's Opus (Professeur Holland, réalisé par Stephen Herek en 1995 avec Richard Dreyfuss) qui révéla plus que jamais tout l'amour du compositeur pour la musique et la vie en général, un chef-d'oeuvre d'émotion entièrement dédié à la musique avec un grand M. En 1996, on pourra noter une partition particulièrement dynamique et enjouée pour 101 Dalmatians produit par Disney, tandis que 1997 aura permit au compositeur d'aborder avec le Event Horizon de Paul W.S. Anderson (avec Sam Neill et Lawrence Fishburne) un genre peu exploité tout au long de sa carrière, le film d'horreur, le compositeur s'en tirant ici avec les honneurs, collaborant au passage avec le groupe de techno Orbital. Le compositeur fera de nouveau parler de lui avec X-Men de Bryan Singer en 2000, remplaçant le compositeur John Ottman prévu à l'origine, Kamen signant pour ce film une partition sombre et froide qui a apparemment déconcerté ses fans à cause de son penchant pour l'atonalité et la difficulté des auditeurs à retenir les principaux thèmes de la partition. C'est aussi l'une des rares fois où le compositeur nous propose un intéressant mélange entre orchestre et synthétiseurs, faisant même intervenir ici Klaus Badelt, de l'écurie de " Media-Ventures " (Hans Zimmer).

Kamen composera l'une de ses dernières grandes oeuvres pour la série TV Band of Brothers (Frère d'armes) produite par Tom Hanks et Steven Spielberg, dont le thème principal est un hommage vibrant à tous les soldats américains morts pour libérer la France de l'occupation nazie durant l'opération ‘Overlord' à la fin de la seconde guerre mondiale. Sa partition orchestrale pour le western de Kevin Costner Open Range (2003) sera l'une des dernières partition remarquée du compositeur, avant Against The Ropes (Dans les cordes, réalisé par Charles Dutton – 2003) et ses deux dernières partitions achevées par d'autres compositeurs, la comédie romantique First Daughter (Forest Whitaker, 2004) et le film d'animation Back To Gaya (2004), dont une partie de la musique a été complétée par Ilan Eshkeri et Andrew Raiher. Effectivement, Michael Kamen nous a malheureusement quitté le 18 novembre 2003, n'ayant ainsi pas pu achever ses deux dernières partitions pour le cinéma. Le compositeur est mort le 18 novembre 2003 à Londres, à la suite d'une sclérose en plaques qu'il avait contracté en 1996. Michael Kamen était alors âgé de 55 ans. On ne saura jamais quelles autres grandes partitions ce grand musicien aurait pu nous offrir.

En dehors de son activité de compositeur de musique de film, Michael Kamen compose aussi pour des musiques de concert, et plus particulièrement pour son fameux Concerto pour saxophone confié au soliste David Sanborn qui deviendra le saxophoniste attitré du compositeur sur Lethal Weapon 2, 3 et 4 (le concerto pour saxophone a été enregistré et publié par Warner Bros Records en 1990). Kamen composera aussi une grande pièce pour chœur et orchestre pour la cérémonie de clôture des J.O. d'été en 1996, ainsi que son grand poème symphonique New Moon In The Old Moon's Arms écrit entre 1998 et 1999, lui aussi publié sous le label Decca Records et interprété par le National Philharmonic Orchestra sous la direction de Leonard Slatkin. Passionné de musique et véritable touche à tout, Kamen multipliera les expériences musicales avec une vitesse prodigieuse. En 1994, Kamen signe des arrangements symphoniques pour des chansons de Bob Dylan à l'occasion d'un concert dont les bénéfices iront à l'UNESCO. Le compositeur écrira aussi une pièce pour 200 moines bouddhistes ainsi que pour des joueurs de koto japonais. En 1999, le compositeur dirige de puissants arrangements orchestraux pour le célèbre concert rock/symphonique en association avec le groupe de hard-rock Metallica, concert intitulé " S & M ". Kamen a aussi beaucoup participé à l'univers de la pop en écrivant plusieurs chansons pour Sting, Bryan Adams, Rod Stewart, David Bowie, Eric Clapton, etc. Pour finir, le compositeur est aussi le fondateur de l'association à but non lucratif Mr Holland's Opus Foundation, qui s'occupe d'offrir des instruments de musique à des écoles ou des élèves américains, inspiré de son travail mémorable sur le film Mr. Holland's Opus.

Pour finir, nous pourrons définir en quelques mots le style musical de Michael Kamen, qui se résume finalement à un éclectisme constant et à un goût très prononcé pour la musique orchestrale (Kamen a reçu une solide formation classique, ses compositeurs fétiches étant Johannes Brahms et Leonard Bernstein). Son style orchestral a toujours privilégié un contrepoint de qualité, des harmonies à la fois claires et rendues complexes par son contrepoint et une utilisation brillante et quasi systématique de solistes, avec en particulier une prédominance pour le hautbois, son instrument de prédilection (Michael Kamen est hautboïste de formation).

Quentin Billard


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Robin des Bois, prince des voleurs - Michael Kamen

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