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Compositeurs

Henry Mancini  
Né à Cleveland (USA) en 1924. Décédé en 1994

Henry Mancini

Henry Mancini écrit aussi bien pour le grand que pour le petit écran. C’est même à la télévision qu’il rencontre Blake Edwards sur la série télévisée Peter Gunn (1958-1961). C’est auprès de ce cinéaste qu’il signe le célèbre thème de La panthère rose (1963), ainsi que la chanson “Moon River” pour Diamants sur canapé (1961). Pianiste et auteur de chansons, il insuffle du jazz dans l’oeuvre de Orson Welles (La Soif du mal, 1969), Howard Hawks et Stanley Donen (Charade, 1963).

Incontournables du compositeur

Bio/Portrait

La versatilité de Mancini trouve ses racines dans un apprentissage d’une variété et d’une richesse exceptionnelles. Il commence par jouer de la flûte et du fifrelin dans la fanfare de la petite ville industrielle de West Aliquippa en Pennsylvanie. Suivent des études musicales à la célèbre Julliard School de New York, puis il y a les années comme pianiste et arrangeur pour l’orchestre Glenn Miller Tex Beneke Band. Il y rencontre et épouse Ginny O’connor, chanteuse de cet orchestre. Ginny est déterminée à le voir réaliser sa passion : écrire de la musique de films, un objectif qu’il s’est fixé à l’âge de onze ans quand son père l’amène pour la première fois au cinéma. Ainsi, tout en travaillant avec Miller Beneke, Mancini poursuit ses études avec les compositeurs Ernst Krenek, Mario Castelnuevo-Tedescho et le docteur Alfred Sendry. Ses études le conduisent à un emploi de compositeur arrangeur au sein de la division musicale d’Universal Pictures, véritable « usine à musiques » où Mancini travaille sur plus de cent films acquérant ainsi une formation musicale immensément variée.

Voilà qui l’amène à écrire les compositions originales de deux films biographiques de deux géants du Jazz américain de l’époque des grands orchestres : « The Glenn Miller Story » pour lequel il reçoit sa première nomination aux Oscars (catégorie « arrangements ») et « The Benny Goodman Story », Puis, Orson Welles qui a déjà joué un rôle clé en attirant l’attention sur le talent du compositeur Bernard Herrmann, choisit Henry Mancini pour écrire la musique de son film à suspens « A Touch of Evil ».

Mais c’est la télévision et le metteur en scène Blake Edwards qui donnent à Henry sa première véritable introduction à la célébrité. Ceci, lorsqu’ils se rencontrent accidentellement chez le coiffeur du studio Universal et que Blake lui demande d’écrire la musique de la série télévisée « Peter Gunn ».
En utilisant le son d’une petite formation de jazz, Mancini se démarque du style de l’école  « Mittel Europa » qui domine alors et dont les maîtres sont, en particulier, Erich Korngold , Frank Waxman, Dimitri Tiomkin et Max Steiner. Mais, en plus de la nouveauté de l’apport du jazz, ce qui distingue Mancini c’est, d’une part, un don extraordinaire pour l’écriture d’une mélodie et, d’autre part, son honnêteté à insister pour enregistrer ses mélodies dans leur totalité – et non pas à en limiter l’enregistrement aux extraits utilisés à l’écran. De ce fait, suite au succès de la série télévisée « Peter Gunn », les deux albums de musique de Mancini, « Peter Gunn » et « More music from Peter Gunn » connaissent un tel succès qu’ils créent un nouveau marché, celui des disques de séries télévisées.

Il faut ajouter qu’Henry ayant constaté que la qualité d’enregistrement des studios de télévision et de cinéma étant relativement médiocre, il insiste également pour réenregistrer ses compositions dans un studio de disques – en particulier, le RCA Music Center World à Hollywood et ce, avec les meilleurs ingénieurs du son. A l’époque, Mancini sort deux autres albums « The Blues and the Beat » et « Combo » qui reprennent le son de « Gunn ». Bien que pour le second, il réussit à innover une fois encore par l’utilisation originale d’un clavecin tenu par le jeune John Williams qui deviendra lui-même un célèbre compositeur de musique de films.

Ces enregistrements confortent le rayonnement musical d’Henry Mancini malgré l’échec relatif d’une nouvelle collaboration avec Edward, la série télévisée « Mister Lucky » ; les aventures du propriétaire sophistiqué d’un casino flottant étant victime d’une certaine étroitesse d’esprit américaine à l’époque. Néanmoins, l’album « Mister Lucky », caractérisé par des solos d’orgue de jazz sur fond de cordes et de cuivres, connaît un bon succès. Il est suivi de « Mister Lucky Goes Latin » démontrant une nouvelle facette des dons musicaux de Mancini : son talent pour enrichir ses compositions par des rythmes latins. Les collaborations régulières d’Henry avec Blake à la télévision, les conduisent tout naturellement au cinéma pour travailler ensemble sur le film « Breakfast at Tiffany’s » (Diamant sur canapé) basé sur la nouvelle de Truman Capote. Ce projet donne à Henry Mancini l’opportunité de collaborer pour la première fois avec deux personnalités exceptionnelles, le parolier extraordinaire Johnny Mercer, et la délicieuse Audrey Hepburn. Ce film offre même à Mancini et Mercer un beau cadeau sous la forme d’un premier Oscar pour la chanson « Moon River » qu’ils ont écrit pour l’inoubliable scène du début du film où l’on voit une élégante Audrey Hepburn devant la vitrine de la célèbre bijouterie Tiffany à New York. Ironiquement, cette composition qui gagne de nombreux prix et devient un classique apprécié et joué dans le monde entier, au point de connaître plus de mille versions, a failli être supprimée lors de l’avant-première à San Francisco.

L’honnêteté de Mancini et son respect pour le nombre grandissant de ses admirateurs le conduisent à appliquer à ses disques de musique de films la même approche pratiquée pour ses albums de musiques de séries télévisées ; le ré-enregistrement en studio de qualité. La B.O. de « Tiffany » est un best-seller qui reste disponible même aujourd’hui. Les notes d’Audrey Hepburn, sur le dos de la pochette, rendent un hommage sincère et enthousiaste à la contribution musicale de la composition de Mancini. Suite à ce succès, la mention « Musique composée et dirigée par Mr Mancini » apparaît sur tout ses nouveaux disques. La même probité artistique conduit Henry à refuser de produire un disque lorsque la nature d’un film ne lui demande qu’une intervention musicale fort limitée.

Un an après « Tiffany », Edwards, Mancini et Mercer font à nouveau équipe pour le film « Days of Wine and Roses » (Le Jour du Vin et des Roses). Les deux artistes musicaux de cet heureux trio, sont récompensés à nouveau par un Oscar pour la chanson nostalgique qu’ils ont écrit pour ce drame.
« Moon River » et « Days of Wine and Roses » sont entrés dans l’histoire de la musique et pourraient bien être considérés comme les deux meilleurs exemples du mariage entre la musique et les paroles. Ces deux superbes mélodies de Mancini bénéficient des paroles d’un Johnny Mercer au mieux de sa forme poétique. Les orchestrations de Mancini pour ses deux compositions jouissent d’introductions brillantes – Georges Field à l’harmonica pour « Moon River » et Vincent De Rosa au cor anglais pour « Days of Wine and Roses » - et du son inimitable des chœurs Mancini, car « notre homme à Hollywood » est tout aussi à l’aise pour les arrangements vocaux.
L’acteur Jack Lemmon qui partage la vedette de « Days of Wine and Roses » avec la charmante Lee Remick, se souvient d’avoir été au bord des larmes lorsqu’il entend pour la première fois le thème du film joué par Mancini sur un vieux piano et chanté par Mercer, à partir de notes manuscrites dans un studio désert. Jack Lemmon ajoute avoir été convaincu dès cet instant qu’une composition d’anthologie venait de naître.

Si un homme peut être jugé par son cercle de relations, Mancini mérite d’être félicité pour son association avec les plus brillants professionnels du monde du cinéma et de la musique. Les metteurs en scène Norman Jewison, Howards Hawks et notamment Stanley Donen, du célèbre « Singing in the Rain » suivent Edwards et Hepburn pour demander à la musique d’Henry Mancini d’enrichir leur œuvre cinématographique.
La complicité Mancini – Donen produit trois splendides albums pour trois films de qualité : « Charade », « Arabesque » et « Two for the Road ». Ces films bénéficient aussi de certains des meilleurs talents de l’époque : les scénarii compliqués de Peter Stone pour les deux premiers, et le script particulièrement sophistiqué de Frederic Raphael pour le dernier. Sans oublier Cary Grant, Gregory Peck, Sophia Lorren, Albert Finney et Audrey Hepburn. A la demande de Donen, Audrey a téléphoné à Henry pour lui demander d’écrire la musique de « Two for the Road ». Le thème obsédant et mélancolique de « Road », joué par le violoniste de jazz Stéphane Grappelli dans le film, mais malheureusement pas sur le disque, est la composition favorite de Mancini lui-même.

Un grand nombre de paroliers américains et britanniques, dont les célèbres Jay Livingston, Ray Evans, Leslie Bricusse et Marilyn et Alan Bergman, font concurrence à Johnny Mercer pour avoir le privilège d’ajouter des paroles aux riches mélodies d’Henry Mancini. Cet exercice constitue un sérieux défi comme pour Gene Lees aujourd’hui connu pour ses versions anglaises de bossas-novas brésiliennes, lorsqu’il tente d’écrire des paroles pour « Piano and Strings », un thème sophistiqué du film « The Pink Panther ». A titre de consolation, Gene, qui est avec Withney Balliett, l’un des meilleurs critiques de jazz, est engagé par Henry en 1989 pour l’aider à rédiger son autobiographie « Did they mention the music ? ». Cet ouvrage documenté raconte les combats d’Henry Mancini durant les années de « vaches maigres » et démontre son intérêt et sa générosité pour les nouvelles générations de musiciens et de compositeurs. A regret, ce livre n’est toujours pas disponible en version française.

L’association Edwards/Mancini/Mercer continue durant les années suivantes avec « The Pink Panther », et « The Great Race » puis atteint un nouveau sommet en 1970 avec « Darling Lili ». Mancini donne sa touche élégante, souvent humoristique et toujours mélodique à chacun de ces films. Malheureusement, les compositions de Mancini et Mercer pour « Darling Lili » ne connaissent pas le succès qu’elles méritent. Elles sont les dernières collaborations des deux artistes avant le décès prématuré de Johnny en 1976. Des années plus tard, lors d’une interview d’Henry par « The Voice of America », célébrant ses soixante-dix ans, il déclare qu’il considère Johnny comme son parolier le plus doué. Edwards et Mancini se retrouvent pour les séries des « Pink Panther », « Dix » et le superbe « Victor-Victoria ».

La qualité de l’écriture de Mancini et son agréable personnalité lui donnent le respect et l’amitié des meilleurs musiciens qu’il n’a aucune difficulté à engager pour ses sessions d’enregistrement. La liste de ces artistes est un vrai dictionnaire de l’élite musicale américaine. En plus de Vincent De Rosa, le virtuose du cor anglais, on trouve les pianistes Johnny Williams et Jimmy Rowles, les guitaristes Laurindo Almeida et Bob Bain, les saxophonistes Ted Nash, Ronny Lang et Plas Johnson, les trompettistes Conrad Gonzo, Pete Candoli, Graham Young, Jack Sheldon et Bud Brisbois, les percussionnistes Milt Holland, Larry Bunker et Vic Feldman, les flûtistes Ethmer Roten et Harry Klee, les trombones Jimmy Priddy et Dick Nash, les contrebassistes Roland Bundock et Ray Brown, les batteurs Jack Sperling et Shelly Manne, le hautboïste Arnold Koblentz et le violon principal Erno Neufeld. Les arrangements de Mancini utilisent pleinement ces talents et il leur écrit des solos les mettant en valeur. Le son unique de Plas Johnson est identifié pour toujours avec le célèbre thème de la Panthère Rose, l’exemple le plus connu. Henry n’a jamais peur d’essayer de nouveaux sons : flûte basse, piano désaccordé, auto-harpe, synthétiseur, et même des instruments chinois et japonais lorsqu’ils contribuent à l’atmosphère du film, comme par exemple dans « Arabesques », « Wait Until the Dark » ( sa dernière collaboration avec Audrey Hedburn), « The Thief who Came to Dinner » et « The Hawaiians ».

Lorsqu’il écrit pour un film, Mancini fait preuve d’un talent admirable pour décrire un lieu musicalement. Ainsi dans « Pink Panther », lorsque la caméra de Blake Edwards balaie l’autoroute de North Hollywood, les cordes de l’orchestre Mancini épèlent « Hollywood » mieux et plus vite que les grandes lettres blanches posées au flanc du coteau au dessus de la cité des anges. La qualité descriptive de ses compositions est telle que l’on a même pas besoin de voir le film pour imaginer ces lieux : Mégève, Gstaad, Rio, Paris, Cortina, Mexico, entre autres…

L’autre particularité agréable de l’écriture de Mancini est son sens développé de l’humour, sous-jacent ou manifeste. A titre d’exemple, l’hommage discret au style « James Bond » de John Barry dans la musique du générique du film « Charade » ou style « Swinging Safary » de Bert Kaempfert dans « In the Arms of Love » du film « What Did You Do During the War, Daddy ? » en passant pas l’hilarant « Baby Elephant Walk » (Hatari). Ce dernier thème est joué aujourd’hui tous les soirs dans le Rose Garden de Bangkok dans un spectacle d’éléphanteaux. Il n’y a aussi aucun doute que « You’re Father’s Feather » serait devenu l’hymne mondial des autruches si Henry avait donné un titre plus générique à cet air comique écrit également pour ce même film d’Howard Hawks.

Pour répondre à une demande croissante de son public, Mancini « Chef d’orchestre » entreprend de nombreuses tournées régulières de concerts autour du monde, arrangeant et dirigeant des sélections et pots-pourris choisis dans son vaste répertoire de compositions. Pour le « Philadelphia Orchestra Pops », il écrit et enregistre des compositions semi classiques – poèmes symphoniques et vignettes – mettant en valeur chaque section d’un orchestre symphonique. En plus de ses nombreuses B.O., la discographie d’Henry Mancini s’enrichie d’une demi-douzaine d’albums de concerts, et de deux collections de musiques pour cordes et pianos – avec Mancini lui-même au clavier, car Henry est aussi un excellent pianiste – en plus de ceux qu’il partage avec le trompettiste Doc Severensen, le flûtiste James Galway, le chanteur Johnny Mathis et le ténor Luciano Pavarotti.
Les preuves de la générosité de Monsieur Mancini sont nombreuses. Il recommande Michel Legrand à Norman Jewison pour « L’Affaire Thomas Crown » pour lequel le compositeur français gagnera un Oscar. Il arrange et enregistre régulièrement les compositions de « concurrents » qu’il admire et apprécie sans les jalouser. Il rédige un manuel sur l’art de l’orchestration « Sound and Scores – A Pratical Guide to Professional Orchestration » utilisé par les musiciens professionnels et les étudiants. Il crée et finance une série de bourses variées : « Composition », « Musique de films » à la Juilliard School of Music et à l’UCLA.

Henry Mancini a reçu quatre Oscars, sept disques d’or, vingt Grammy mais a toujours su rester d’une grande modestie ; bel exemple d’une personnalité solide et généreuse. Son héritage musical est immense. Il a contribué à un monde meilleur car sa musique reste vivante et réchauffe le cœur de millions de personnes dont certaines ne connaissent même pas son nom. Aux États-Unis, 2004 a été décrétée « Année Henry Mancini » et le 13 avril, un timbre commémoratif a été publié pour lui rendre hommage.

La magie Mancini continue…

Michel Montet - Transcription : Christophe Olivo pour "LEITMOTIV"

© Photo en médaillon : DR


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La Panthère rose - Henry Mancini

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