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Compositeurs

Ennio Morricone  
Né le 10 novembre 1928 à Rome (Italie).

Ennio Morricone

Le compositeur italien construit avec Sergio Leone une collaboration mythique qui inaugure le western spaghetti. Son oeuvre comporte plus de 500 partitions pour le grand écran (dont une vingtaine rien que l’année 1968). Il travaille en France, en Italie et aux USA, pour tous genres de films. Il collabore avec des cinéastes majeurs comme De Palma, Pasolini, Bertolucci, Malick, Almodovar, Boisset, Roland Joffé. Il continue aujourd’hui de travailler avec Giuseppe Tornatore (rencontré en 1988 sur Cinema Paradiso).

Incontournables du compositeur

Bio/Portrait

Ennio Morricone est probablement le seul et unique musicien pour le cinéma qui peut se vanter d'être réellement connu par toutes les générations. C'est donc, à ce titre, une sorte de légende vivante qui, à 78 ans et plus de 40 ans de carrière, a écrit plus de 500 partitions pour le cinéma et la télévision, sans compter ses oeuvres pour piano et orchestre ! A cette occasion, une édition en boîte 4 Cds est disponible depuis 2003, rassemblant les meilleures interprétations en live des chef-d'oeuvres de Morricone, chaque CD étant atitré à un genre particulier : musique de film, musique pour piano, musique pour orchestre, et concertos. L'occasion de découvrir ou redécouvrir toute la palette du talent du maître italien, de ses débuts pour les "westerns spaghettis" à ses compositions contemporaines pour concert, en passant par ses expérimentations diverses dans la musique de film, où il fut à la fois lyrique et innovant. Une récente édition DVD de l'un de ses concerts (Arena Concerto) complète cette réédition qui, parmi d'autres, contribue à élargir la vision du grand public de ce musicien désormais mythique.

Compositeur exceptionnel dans l’histoire de la musique de film, Ennio Morricone a laissé quelques chefs-d’oeuvre impérissables qui seraient ici trop long de lister. Citons par exemple The Mission, Il était une fois dans l’ouest, Le bon la brute et le truand, Les Incorruptibles, Pour une poignée de dollars, Once Upon a Time in America, Le clan des siciliens, Il était une fois la révolution, I...comme Icare, Les Moissons du ciel, Cinema Paradisio, etc. Le maestro a ainsi oeuvré pour différents cinémas dans différents pays, que ce soit en Italie, en France ou aux Etats-Unis, tout en menant parallèlement une importante carrière de musicien de concert. La popularité d’Ennio Morricone est telle que le musicien est connu de toutes les générations, même encore aujourd’hui, où certaines partitions très populaires de Morricone sont soit reprises par des groupes comme c’est le cas avec le fameux ‘Ecstasy of Gold’ du Bon, la brute et le truand que reprennent systématiquement le groupe Metallica en introduction de leurs concerts, soit samplés par des rappeurs comme c’est le cas avec Il était une fois dans l’ouest repris par le groupe de rap U.S. Down Low.

En l’espace de 40 ans de carrière pour le cinéma, Ennio Morricone aura rencontré les plus grands cinéastes, les plus grands acteurs, aura écrit la musique de films célèbres. Il collabora ainsi avec des grands noms de l’histoire du cinéma tels que Leone, Pasolini, Fulci, Corbucci, Bava, Argento, Bertolucci, Zeffirelli, Antonioni, Deodato, Deray, Enrico, Verneuil, Boisset, Joffé, De Palma, Malick, Stone, Carpenter, Almodovar, etc.

Ayant essayé tous les styles (hormis la musique de film d’animation, mais il n'est jamais trop tard, John Williams a bien attendu TINTIN en 2011) avec un professionnalisme et un talent toujours spectaculaire et irréprochable, Ennio Morricone a offert à la musique de film près de 500 partitions pour le cinéma et de très nombreuses oeuvres de concert. Si le maestro semble vouloir mettre aujourd’hui un frein à sa carrière au cinéma, il continue néanmoins de mener de front une activité musicale en multipliant les concerts et les réenregistrements de ses musiques, pour que l’âme des oeuvres d’Ennio Morricone vivent toujours au fond de nous ! Malgré ses nombreuses nominations aux Academy Awards, Ennio Morricone n'a pourtant jamais remporté un seul Oscar pour un film avant de recevoir un Oscar d'honneur en 2007 des mains de Clint Eastwood pour l'ensemble de sa carrière, statuette qu'il a dédié, d'une voix fébrile devant le tout Hollywood, à sa femme, présente dans la salle.

Après ses études au Santa Cecilia Conservatory de Rome où il se spécialisa dans la trompette, Ennio Morricone décrocha tous les premiers prix de composition, d’orchestration et de direction d’orchestre et se tourna très vite vers la musique avant-gardiste italienne où il souhaita participer au fameux festival de musique contemporaine de Donaueschingen en 1958, où il rencontra John Cage et Luigi Nono, qui lui ont probablement donné ce goût des musiques expérimentales / avant-gardistes que l’on retrouvera par la suite dans bon nombre de ses partitions pour le cinéma. Peu de temps après, Morricone travailla comme arrangeur pour de nombreux artistes du monde de la pop et du jazz tels que Chet Baker, Dalida, Charles Aznavour, Joan Baez, Paul Anka, etc.

Puis, c’est en 1961 que Morricone écrivit sa première musique de film pour Il Federale de Luciano Salce. Suivirent alors quelques partitions mineures et impersonnelles pour des petites comédies italiennes aujourd’hui totalement oubliées. Il fut néanmoins amené à collaborer pour la première fois à cette époque avec un grand cinéaste italien, Bernardo Bertolucci, pour lequel il écrivit la musique de son film Prima della revoluzione (1964) avec Adriana Asti et Francesco Barilli. Il travailla aussi au début des années 60 avec Lucio Fulci à une époque où le célèbre cinéaste italien ne s’était pas encore spécialisé dans les séries-Z horrifiques. En 1962, Morricone signait sa toute première partition western pour la série télévisée The Virginian, avec James Drury et Doug McClure, suivit un an après du western Duello nel Texas de Ricardo Blasco, avec Richard Harrison et Giacomo Rossi-Stuart, film sur lequel Morricone fut crédité sous le pseudonyme de Dan Savio. Mais le compositeur obtient véritablement la reconnaissable du public pour la première fois sur Per un pugno di dollari (Pour une poignée de dollars) de Sergio Leone (1964) avec un Clint Eastwood alors âgé d’une trentaine d’années, où le compositeur fut crédité sous le pseudo de Leo Nichols. Ce film marquait alors le début d’une longue collaboration entre Morricone et Leone, qui allait accoucher de quelques grands chef-d’oeuvres de la musique de film (et du cinéma). C’est aussi le premier film dans lequel Morricone démontra tout son talent pour les instrumentations expérimentales et insolites et un goût très sûr pour les musiques de western, dans un style fort différent de ce que l’on pouvait alors entendre à Hollywood à la même époque avec les sieurs Tiomkin, Raskin, Bernstein, Dunning, etc.

Avec le succès du film et de la musique de Morricone, les projets se multiplièrent pour les deux hommes, Morricone signant les musiques de western à un rythme impressionnant, sans cesse sollicité par les réalisateurs pour ses grandes qualités d’écriture et son goût très prononcé pour l’expérimentation mélangé à un classicisme pur. En 1965, Morricone signe une nouvelle grande partition pour La Battaglia di Algeri (La Bataille d'Alger) de Gillo Pontecorvo et retrouva Sergio Leone pour la seconde fois la même année sur Per qualche dollaro in più (Et pour quelques dollars de plus), toujours avec le grand Clint Eastwood dans le rôle clé face à un Lee Van Cleef pour le moins mémorable. Morricone commença à composer pour des films d’horreur avec Gli amanti d’oltretomba de Mario Caiano avec Barbara Steele et Paul Muller. Morricone rencontra le grand Franco Zeffirelli en 1966 sur son documentaire Per Firenze. Il signa en 1966 la musique du western de Sergio Corbucci Navajo Joe avec Burt Reynolds, excellente partition que Quentin Tarantino réutilisera quelques décennies plus tard dans la bande-son de Kill Bill Volume 2 (autre exemple flagrant de la très grande popularité de Morricone). La même année, Morricone débute sa collaboration avec un autre grand cinéaste italien, le provocateur Pier Paolo Pasolini sur le film Uccellacci e uccellini (Des oiseaux petits et grands) avec Totò et Ninetto Davoli, évoquant les péripéties de deux prolétaires, un père et un fils, dans un monde rural difficile. Pendant ce temps, Morricone continue d’écrire régulièrement de la musique pour le réalisateur avec lequel il se lança dans le métier, Luciano Salce, et avec lequel il entretint une collaboration régulière et productive.

1966 fut décidément une année extrêmement productive pour Morricone puisque le compositeur nous offrait alors un nouveau chef-d’oeuvre qui allait devenir par la suite un très grand classique à la popularité indéniable, Il buono, il brutto, il cattivo (Le bon la brute et le truand), troisième collaboration sur un western-spaghetti de Sergio Leone et nouveau monument musical servi par une instrumentation toujours aussi inventive, une musique grandiose, belle, sombre et un célèbre thème principal d’une grande popularité. En 1968, Morricone signait la musique d’un autre western de Sergio Corbucci, Il Mercenario, dont Tarantino allait aussi reprendre un extrait musical dans Kill Bill Volume 2, suivi d’une autre excellente partition western pour un autre film de Corbucci, Il Grande silenzio (Le Grand silence) avec Jean-Louis Trintignant et Klaus Kinski. A noter que le maestro fut aussi amené à rencontrer un autre grand cinéaste italien de cette époque, Mario Bava, sur le film d’action Diabolik avec John Phillip Law et Michel Piccoli, adapté d’une bande dessinée italienne.

La même année, Morricone fit une autre rencontre importante dans sa carrière, celle avec Henri Verneuil, qui allait amener le compositeur à collaborer par la suite pour le cinéma français. Il composa alors en 1968 la musique de La bataille de San Sebastian, avec Anthony Quinn et Charles Bronson, une musique qui fit un certain effet sur le réalisateur puisque ce dernier le réengagea par la suite pour ses autres films. Un an après, Morricone retrouvait Pasolini pour la musique du sulfureux Teorema avec un Terence Stamp énigmatique, qui séduit tous les membres d’une famille bourgeoise avant de les quitter mystérieusement quelques jours après. La même année, le maestro retrouve Bernardo Bertolucci sur le drame Partner avant de nous offrir, toujours en 1968, l’un de ses plus grands chef-d’oeuvres, C’era une volta il West (Il était une fois dans l’ouest), quatrième collaboration avec Sergio Leone et nouvelle partition maîtresse dans l’immense filmographie de Morricone (partition maîtresse dans l’histoire de la musique de film, d’ailleurs !), musique magnifique portée par des thèmes langoureux qui hantent l’esprit, au lyrisme extrêmement poignant et d’une inventivité toujours aussi étonnante. Avec ses quatre premières partitions pour des western-spaghettis de Sergio Leone, Morricone s’assurait déjà une place parmi les très grands musiciens de son époque, absolument indétrônable. A noter que Morricone a atteint un petit record durant l’année 1969 puisqu’il signa pas moins de 26 musiques de films durant toute l’année, année qui se termina d’ailleurs en beauté avec la musique du Clan des Siciliens pour la seconde collaboration entre le maestro italien et Henri Verneuil sur ce polar pure souche avec Jean Gabin, Alain Delon et Lino Ventura.

Les années 70 furent toute aussi productive pour Ennio Morricone. En 1970, il signa une splendide musique pour La Califfa d’Alberto Bevilacqua avec Romy Schneider et Ugo Tognazzi, et collabora pour la première fois avec le cinéaste Dario Argento sur L’uccelo dalle piume di cristallo (L’oiseau au plumage de cristal), thriller macabre pour lequel Morricone nous offrit une de ses plus fameuses partitions horrifiques expérimentales. Un an après, le maestro retrouve Dario Argento sur Il Gatto a nove code (Le chat à neuf queues) et retrouve Lucio Fluci sur le film d’horreur Una Lucertola con la pelle di donna (Les salopes vont en enfer, dont le titre pour le moins un brin sauvage est aussi connu en France sous Le venin de la peur et Carole). Le début des années 70 est pour Morricone l’occasion de s’essayer au genre des musiques horrifiques expérimentales (notamment pour le "gallio" italien), un genre souvent moins connu du maestro mais que ce dernier appréciait pourtant particulièrement pour la liberté de style que ces films offraient la plupart du temps au compositeur, voyant là l’occasion de renouer avec ses expérimentations musicales de la fin des années 50. En 1971, le compositeur retrouve Pasolini sur Il Decameron (Le Décaméron) et prolonge les projets horrifiques/suspense (La tarantola dal ventre nero, Giornata nera per l’ariete, Malastrana, 4 mosche di velluto grigio, etc.) tout en écrivant de plus en plus pour le cinéma français, incluant Sans mobile apparent de Philippe Labro en 1971, Le casse d’Henri Verneuil, L’attentat d’Yves Boisset, Le serpent d’Henri Verneuil (1973), etc. En 1971, Morricone écrivait une partition remarquable pour Sacco e Vanzetti de Giuliano Montaldo, sans oublier une superbe partition pour Giù la testa de Sergio Leone (Il était une fois la révolution), avant d’enchaîner ainsi entre films italiens et français tout en continuant de privilégier sa participation aux films italiens. A noter qu’en 1971, Morricone signe la musique du drame Maddalena de Jerzy Kawalerowicz, dont le thème principal, ‘Chi Mai’, a été rendu très populaire dans les années 80 par son utilisation massive dans le film Le professionnel de Georges Lautner.

En 1973, Morricone nous offrait une partition western d’un genre plus particulier avec Il mio nome è Nessuno (Mon nom est Personne) de Tonio Valerii et Sergio Leone (non crédité au générique), qui reste sans aucun doute l’un des plus célèbres films de l’acteur italien Terence Hill. Délaissant son style inventif et lyrique traditionnel, Morricone offrait pour ce film une partition légère et fraîche radicalement différente de ce qu’il avait put faire auparavant, même si l’on y reconnaît parfaitement la touche personnelle du maestro. En 1975, Morricone retrouve une fois encore Henri Verneuil sur Peur sur la ville, un polar très décevant dans lequel le maestro tente de sauver les meubles (en vain). En 1976, il signe la musique de René la canne de Francis Girod, comédie dramatique réunissant un casting intéressant incluant Gérard Depardieu, Sylvia Kristel, Michel Piccoli et Jean Carmetc. La même année, il retrouve une fois encore Pasolini sur l’un des films les plus controversés du cinéaste italien, Salò o le 120 giornate di Sodoma (Salo ou les 120 journées de Sodome), évoquant symboliquement la décadence de la civilisation italienne fasciste de 1944 où la torture, le viol et le meurtre sont devenus banalisés (il s’agit du dernier film de Pasolini avant sa mort en 1975). La même année, c’est Bernardo Bertolucci qu’il retrouve avec Novecento (1900), évocation monumentale de l’Italie durant la première partie du 20ème siècle, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Mussolini, grande fresque historique avoisinant les cinq heures, avec Gérard Depardieu, Donald Sutherland et Robert De Niro.

C’est en 1977 que Morricone arrive finalement à Hollywood en signant la musique de The Exorcist II : The Heretic de John Boorman, suite du célèbre chef-d’oeuvre de William Friedkin, avec Linda Blair, Richard Burton, Louise Fletcher et Max von Sydow. Pour le maestro italien, c ’est le début d’une belle carrière hollywoodienne qui durera environ une quinzaine d’années. Après sa musique étrange et dérangeante pour The Exorcist II, Morricone poursuit dans sa lancé avec Orca de Michael Anderson avec Richard Harris et Charlotte Rampling. Il poursuit avec une production anglo-italienne, Holocaust 2000 avec Kirk Douglas et Simon Ward, thriller de science-fiction autour d’une histoire de centrale nucléaire et d’un antéchrist. En 1978, Morricone a eu l’immense honneur d’être choisi par Terrence Malick pour écrire une magnifique partition pour Days of Heaven (Les Moissons du Ciel), l’un des rares films d’un cinéaste particulier en marge d’Hollywood, qui n’a jusqu’ici réalisé que quatre long-métrages en plus de trente ans de carrière. La même année, le maestro signe une partition enjouée et très "seventies" pour La cage aux folles d’Edouard Molinaro avec Ugo Tognazzi, Michel Serrault et Michel Galabru. Un an plus tard, Morricone retrouve Henri Verneuil sur I...comme Icare, variation astucieuse sur l’histoire de l’assassinat de JFK avec Yves Montand.

A son entrée dans les années 80, Morricone continue de multiplier des projets divers en variés, signant la musique du thriller américain The Island de Michael Ritchie (1980), La banquière de Francis Girod (avec Romy Schneider et Claude Brasseur), La cage aux folles II d’Edouard Molinaro, La dame aux camélias de Mauro Bolognini avec Isabelle Huppert, Le professionnel de Georges Lautner (pour lequel le réalisateur fit un usage totalement immodéré de la musique de Maddalena datant de 1971) ou bien encore Espion, lève-toi de Yves Boisset (1982) avec Lino Ventura et Michel Piccoli. Après avoir écrit la superbe musique de la mini-série télévisée Marco Polo en 1982, Morricone repart aux Etats-Unis où il rencontre pour la première fois John Carpenter, pour lequel il écrit une musique orchestrale / électronique hypnotisante et diablement envoûtante pour The Thing (La Chose), partition que le réalisateur choisira de n’utiliser qu’en partie, préférant y ajoutant ses propres contributions musicales. Commence alors une série de partitions pour des films français et américains tels que Le ruffian de José Giovanni (1983), Le marginal de Jacques Deray (1983), Sahara d’Andrew V. McLaglen (1983), sans oublier l’inoubliable et poignante musique pour Once Upon a Time in America (1984), marquant la dernière collaboration entre Ennio Morricone et Sergio Leone, et qui reste incontestablement l’un des plus grands chef-d’oeuvres du compositeur. Toujours aussi actif, Morricone poursuit sur sa lancée et commence à s’intéresser aux films d’action / aventure comme le pathétique Red Sonja (Kalidor) avec Schwarzenegger, Code Name: Wild Geese avec Lee Van Cleef, Klaus Kinsi, Lewis Collins et Ernest Borgnine ou le fameux thriller The Untouchables (Les Incorruptibles) de Brian de Palma, pour lequel Morricone nous livre l’une de ses plus belles partitions des années 80. Mais son chef-d’oeuvre hollyoodien reste sans aucun doute sa splendide et poignante musique pour The Mission de Roland Joffé (1986), pour lequel le compositeur a eu l’occasion d’exprimer toute sa foi et ses convictions religieuses à travers le récit de deux jésuites défendant une colonie indienne contre les agresseurs portugais au 18ème siècle. Considéré par beaucoup comme l’une des plus célèbres partitions du compositeur (l’album s’est vendu à des milliers d’exemplaires), la musique de Mission a fait le tour du monde et fait aujourd’hui partie de ces oeuvres qu’on apprécie et qu’on reconnaît instantanément dès les premières écoutes. En 1988, Morricone signe la musique du Frantic de Roman Polanski (c’est sa seule et unique participation à un film de Polanski) et collabore pour la première fois avec Guiseppe Tornatore sur Cinema Paradiso (1989) pour lequel il se fait aider de son propre fils, Andrea Morricone, qui a écrit le "Love Theme" du film. La même année, Morricone retrouve Brian De Palma sur Casualties of War (Outrages) pour lequel il livre une nouvelle partition lyrique, tragique et élégiaque sur ce drame évoquant les horreurs de la guerre du Viêt-Nam. Morricone fait même un petit détour du côté de l’Espagne en signant la musique de Atame! de Pedro Almodovar (1990) avec Victoria Abril et Antonio Banderas.

Le maestro retrouve Guiseppe Tornatore sur Stanno tutti bene (Ils vont tous bien, 1990) avec Marcello Mastroianni et Michèle Morgan ainsi que Franco Zeffirelli sur Hamlet (1990) avec Mel Gibson et Glenn Close. Des années 90, on retiendra quelques partitions telles que Bugsy (Barry Levinson – 1991), City of Joy (Roland Joffé – 1992), In The Line of Fire (Wolfgang Petersen – 1993), Wolf (Mike Nichols – 1994), La Sindrome di Stendhal (Dario Argento – 1996), U Turn (Oliver Stone – 1997), Lolita (Adrian Lyne – 1997), Bulworth (Warren Beatty – 1998), La leggenda del pianista sull’oceano (Guiseppe Tornatore – 1998) et Il Fantasma dell’opera (Dario Argento – 1998).

En 2000, Morricone nous livre un nouveau chef-d’oeuvre pour sa troisième collaboration avec Brian De Palma sur Mission to Mars, partition lyrique et spirituelle à la fois grandiose, mystérieuse et particulièrement poignante. Hélas, c’est la dernière fois que Morricone compose pour un film hollywoodien, retournant ensuite en Italie. Il enchaîne avec des partitions de qualité telles que Vatel de Roland Joffé et Malèna de Guiseppe Tornatore en 2000, Ripley’s Game de Liliana Cavani en 2002, 72 Metra de Vladimir Khotinenko en 2004 ou bien encore la musique du téléfilm Karol, un uomo diventato Papa (2005) retraçant la vie du Pape Jean-Paul II, incarné ici par l’acteur polonais Piotr Adamczyk.

Quentin Billard

De Sergio Leone à Brian De Palma, en passant par Bernardo Bertollucci et Pier Paol Pasolini, Ennio Morricone est donc sans conteste une figure incontournable du cinéma, au-delà de considérations strictement musicales. Impossible de passer en revue toutes ses oeuvres. Nous en retiendrons donc seulement trois pour commencer, parmi ses plus marquantes, parmi les centaines de partitions éditées du maître italien.

1966 - LE BON, LA BRUTE, ET LE TRUAND : le chef d'oeuvre de Sergio Leone, et probablement le chef d'oeuvre de Morricone par la même occasion. Cette BO n'est pas seulement une suite de thèmes (dont le plus connu n'est que le premier), pas plus qu'elle ne sert simplement à illustrer les personnages. C'est bien plus ça, c'est l'aboutissement d'un style à part entière et d'une forme cinématographique propre à Leone. On retrouvera dans le score complet officiel (et indispensable) paru en 2001 chez GDM, de très nombreux thèmes, plus ou moins discrets, et des morceaux d'anthologie, ces morceaux cultes qui font le génie du couple Leone / Morricone. Au morceau d'ouverture, très connu, s'enchaîne une suite de thèmes simples et atmosphériques, rappellant le poussière de l'Ouest et son histoire. Les derniers morceaux comptent parmi les meilleurs composés par Morricone, comme L'Estasi Dell' Oro, chant magnifique qui est une excellente introduction à la scène finale, le monumental Il Triello, grande suite de 7 minutes où jamais la tension propre à Leone n'a été aussi forte et émouvante. Un monument de la musique de film, à découvrir dans une version complète qui rend un hommage tout à fait légitime à la plus grande partition née de la collaboration Leone / Morricone, et plus généralement à un score charnière dans l'histoire de la musique de film. A avoir !

1969 - IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST : le superbe film de Sergio Leone a été l'occasion pour Morricone pour mettre en place un style unique qui marquera chacun de nous, et notamment les amateurs de ce film. La musique n'a jamais aussi bien collé aux images que dans Il était une fois dans l'Ouest ! Un thème principal stressant ("l'homme à l'harmonica"), mais aussi un thème plus classique (avec la voix féminine d'Edda) et un autre, tendance plus "comédie" (celui de Cheyenne). Un INCONTOURNABLE !

1987 - LES INCORRUPTIBLES : pour ce film de Brian De Palma, le thème principal est très émouvant, représentant l'amitié entre les 4 policiers, héros du film. Le thème d'Al Capone (de Niro, génial !) est vraiment parfait et colle très bien au personnage, puissant et autoritaire. A noter également le thème de la poursuite (le thème d'action, celui qui se trouve dans la compile), très original et là encore très efficace, et celui de Ness & sa famille, très beau. Le meilleur thème, sans doute : "Death Theme", qui apparaît lorsque le premier des 4 amis (Sean Connery) se fait descendre par les hommes d'Al Capone. Un thème sublime, très émouvant, qui donne une dimension très lyrique à ce passage, sans pour autant tomber dans le mélo ! Entre la séquence d'ouverture (grandiose) et les passages plus intimiste et sombres (Death Theme), pour se terminer par un grand thème hollywoodien, The Untouchables est définitivement un "must" de Morricone à découvrir absolument !

2001 - MISSION TO MARS : pour cette nouvelle collaboration avec Brian De Palma, Ennio Morricone a délivré l'une de ses plus belles partitions, mystique à souhait, dans le sens de l'oeuvre du réalisateur, malheureusement peu convainquante car trop extravaguante et superficielle. La musique n'en demeure pas moins profonde et spirituelle, développant de larges mélodies lentes et subtiles, au sein d'une orchestration lumineuse propre au style désormais célèbre du maestro italien. Une grande musique pour un film raté.

Sylvain Rivaud

 


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© Photo en médaillon : Sylvain Rivaud (Cinezik.fr)


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