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Arrietty et le petit monde des chapardeurs  (2011)

The Borrowers

Wasabi Records (5 janvier 2011) | Original Score [musique originale]



La harpiste et chanteuse celtique Cécile Corbel a été choisie par le célèbre studio d'animation japonais "Studio Ghibli" pour composer la musique de leur nouveau long métrage. En plus des deux éditions japonaises (le disque album avec les chansons, et le score), la BO est éditée en France avec une version de la chanson "Arrietty's song" en français.

 Interview B.O : Cécile Corbel chez Ghibli pour ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS (2011)

[© Texte : Cinezik] •

Arrietty et le petit monde des chapardeurs

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. the neglected garden
2. our house below - version du film
3. our house below - version instrumentale
4. the doll house - version instrumentale
5. sho's lament - version instrumentale n°1
6. arrietty's song - version instrumentale
7. the neglected garden - version instrumentale
8. sho's waltz
9. spiller - version instrumentale
10. rain - version instrumentale
11. the wild waltz
12. sho's lament - version instrumentale n°2
13. an uneasy feeling
14. with you
15. the house is in silenCe
16. sho's song - version instrumentale
17. preCious memories
18. goodbye my friend - version instrumentale
19. i will never forget you
20. arrietty's song - thème prinCipal - version originale Pistes

Bonus
21. tears in my eyes
22. goodbye my friend
23. la Chanson d'arrietty - thème principal - version française

 

Nos articles sur cette BO

La musique celtique est traditionnellement associée à la nature, et les artistes qui la font vivre aujourd'hui le revendiquent pleinement. A l'instar de son utilisation par Howard Shore dans la saga LE SEIGNEUR DES ANNEAUX pour caractériser les Hobbits, ce peuple amoureux de la nature et des joies qu'elle nous apporte (bien être, sentiment de sécurité, nourriture variée, boissons...), il n'est donc pas étonnant de la voir utilisée dans une production animée du studio Ghibli dont les fondateurs historiques, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, ont toujours revendiqué l'appel de la nature dans leurs oeuvres.

Néanmoins, faire appel à une chanteuse inconnue au niveau international fut une réelle prise de risque pour ce studio réputé pour y réfléchir à deux fois avant de prendre une quelquonque décision d'ordre artistique. Pour le coup, le hasard a bien fait les choses car Cécile Corbel est tombée au bon moment, et il faut croire que sa musique était exactement ce que cherchait le studio Ghibli à ce moment précis : du dépaysement, de la fraîcheur, de la nouveauté. Car si les thématiques de certains films japonais (notamment ceux de Miyazaki) nous ravissent par leur exotisme car explorant des croyances et des légendes inconnues de l'occident, l'inverse est aussi vrai, et à n'en pas douter, la musique celtique et authentique de Cécile Corbel a ravit les oreilles des japonais par son authenticité.

ARRIETTY est un film très classique, en particulier en comparaison des oeuvres monumentales et complexes de Hayao Miyazaki. Tout y respire la simplicité et la douceur, y compris le rythme du film lui-même, particulièrement lent, comme si le film vivait au rythme de la nature. A ce titre, la musique de Cécile Corbel participe pleinement à cette communion entre images et narration, en se plaçant constamment en symbiose avec le rythme du film. Les instruments utilisés (pour l'essentiel des bois et des cordes, en particulier la harpe, instrument de prédilection de la musicienne), évoquent ce mélange de douceur qui caractérise l'intérieur douillet de la famille d'Arrietty en même temps que la fragilité de leur situation et de leur mode de vie, totalement dépendant des humains.

Mais cette musique n'est pas que champêtre. "Sho's Lament" introduit sans doute le plus beau thème du score, une mélodie délicate et triste évoquant le personnage de Sho, enfant malade attaché à résidence dans la maison où vivent les chapardeurs. Ce thème particulièrement émouvant suggère la mélancolie intérieure du personnage de Sho et ce que ressent Arrietty pour lui (sans doute beaucoup de tristesse et pas mal de compassion), participant ainsi à l'atmosphère mélancolique du film qui est, de loin, sa plus grande réussite. Plus fort, ce motif n'est parfois pas loin d'évoquer un thème d'amour, suggérant ainsi l'ambiguité de la relation entre Sho et Arrietty, potentielle histoire d'amour imaginaire et impossible.

Le thème de "Arrietty's Song" décliné en instrumental ou en chanson est également franchement inspiré dans un registre plus classique, évoquant la fièvre de la rencontre, de la découverte et l'appel de l'aventure. La reprise rythmée du thème de Sho dans "Sho's Waltz" à la guitare et à la harpe donne de l'ampleur à la magnifique mélodie introduite plus tôt, structurant ainsi le score de motifs récurrents qui vont progresser la narration et l'émotion. En ce sens, les arrangements de Simon Caby, collaborateur de Cécile Corbel, font merveille car ils restituent avec ampleur toutes les subtilités des mélodies et la richesse des instruments. Ce score n'est pas que lyrique, il est aussi parfois plus ludique : ainsi, des percussions traditionnelles sont associées au personnage de Spiller, petit chapardeur mystérieux et sauvage (qui rappelle Conan le fils du futur de Miyazaki), avec des sonorités amusantes qui rappellent parfois les recherches de Joe Hisaishi sur MON VOISIN TOTORO de Hayao Miyazaki. Même remarque concernant "An uneasy feeling" qui, avec ses motifs astucieux et ses rythmiques hypnotisantes, porte littéralement les images. Quant à "Arrietty's Song", la chanson-titre, elle fait honneur à la tradition des chansons clôturant les films du studio Ghibli en reprenant le thème principal du film, hymne fort et facilement mémorisable qui laisse une impression agréable après la fin du film.

En parfaite harmonie avec le film, la musique de Cécile Corbel passe en outre le cap de l'écoute isolée avec brio, car l'écoute du disque est un immense plaisir, autant pour la qualité des mélodies développées que pour son impact évocateur du film. Car davantage que l'histoire qui nous est contée ici (plutôt classique et même relativement faible pour un film de Ghibli), c'est surtout l'atmosphère du film que l'on retiendra, grâce en grande partie au travail très inspiré de Cécile Corbel et de Simon Caby. Les musiciens ont su trouver le ton juste et apporter ce qu'il faut pour emporter cette histoire vers un degré insoupçonné de mélancolie, portant ainsi littéralement le film et lui donnant une densité qui n'existait pas, a priori, sur le papier. Pour une première expérience de cinéma, chapeau.

Sylvain Rivaud

Video

Interview Cécile Corbel - ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS

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