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The Aviator  (2005)

Decca 2005 - 47:00 | Original Score [musique originale]



Après une partition plutôt répétitive et quelconque pour 'Gangs of New York', Howard Shore retrouve Martin Scorsese sur 'The Aviator', pour lequel le compositeur canadien nous livre une partition orchestrale dramatique évoquant le côté à la fois fonceur, tourmenté et déterminé d'Howard Hughes.

[© Texte : Cinezik] •

The Aviator

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

01. Icarus (3.58)
02. There is no Great Genius
without Some Form of Madness (2.50)
03. Murified (2.22)
04. H-1 Racer Plane (3.20)
05. Quarantine (3.52)
06. Hollywood 1927 (2.59)
07. The Mighty Hercules (3.32)
08. Howard Robard Hugues, Jr (3.57)
09. America's Aviation Hero (2.05)
10. 7000 Romaine (2.22)
11. The Germ Free Zone (2.49)
12. Screening Room (5.27)
13. Long Beach Harbour 1947 (3.49)
14. The Way of the Future (4.01)

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Dans le film, la musique tourne autour d'une vingtaine de minutes de musique originale étant donné le fait que l'un des morceaux du score, '7000 Romaine', est constamment répété durant toute la première partie du film – une façon pour le réalisateur et le compositeur d'évoquer les obsessions du personnage de DiCaprio. Shore utilise ici un thème de cordes assez sombre associé à Hugues, qui évoque son côté tourmenté, un thème en apparence plutôt psychologique et contrasté. On appréciera ici l'utilisation d'une guitare qui improvise par dessus un ostinato de cordes et de castagnettes, une petite trouvaille du compositeur assez étonnante, et qui évoque une fois encore les obsessions d'Howard Hugues. On regrettera néanmoins le côté quelconque de ce morceau, pourtant très présent dans le film. Pour un personnage aussi imposant et passionnant, on se serait attendu à quelque chose d'un peu moins conventionnel et de plus audacieux (même reproche adressé à la mise en scène très académique de Scorsese). Néanmoins, on retiendra ici l'idée de l'ostinato rythmique de castagnettes, un petit détail qui résume finalement à merveille le côté fonceur du protagoniste principal. Dans 'Icarus', Shore nous propose une toccata orchestrale dominée par des cordes virtuoses et un hautbois qui ne cessent de virevolter dans tous les sens, soutenues par un contrepoint de qualité au classicisme consommé, qui n'est pas sans évoquer J.S. Bach, mais en bien plus moderne (ce n'est certainement pas un hasard si l'on retrouve sur une scène aérienne du film une version orchestrée de la célèbre toccata et fugue en ré min. de Bach). Le morceau évoque ici la passion démesurée de Hugues pour l'aviation, ce qui expliquerait alors le caractère aérien et virtuose de l'écriture des cordes et du hautbois, avec un classicisme précieux qui évoque une ère révolue.

Un morceau comme 'There is no Great Genius without Some Form of Madness' évoque avec beaucoup de subtilité la psychologie d'Howard Hugues, le morceau étant ici dominé par le pupitre des cordes seules, développant un motif sombre (que l'on retrouve dans 'Quarantine', de nouveau associé à la folie du personnage) avec un contrepoint de qualité, les cordes donnant à la fois l'impression d'avancer constamment tout en étant relativement sombre, une excellente façon de la part du compositeur d'évoquer le côté à la fois fou et génial de Hugues, un côté sombre que l'on retrouve dans 'Murified' avec ses cordes solitaires qui illustrent l'isolement de Hugues et sa phobie maladive des germes et autres infections. On pourra alors apprécier 'H1-Racer Plane' qui accompagne la scène où Hugues tente de dépasser le record de vitesse sur longue distance à bord du 'Hugues H1', le compositeur faisant intervenir ici cordes et cuivres avec un ostinato de percussions (toujours soutenus par les castagnettes, agrémentées ici de tambours) tout en développant aux cuivres le thème d'Howard Hugues très présent durant la première partie du film. Ici aussi, l'idée semble être cette obsédante course vers l'avant, l'orchestre donnant systématiquement l'impression d'osciller entre une énergie intérieur considérable et un côté sombre et plus subtil. 'Hollywood 1927' se distingue un peu du reste du score avec ses orchestrations plus massives faisant la part belle aux cuivres, cordes et percussions pour la scène où Hugues tourne son premier film hollywoodien, Shore ayant cherché ici à évoquer le style des grandes partitions symphoniques de l'époque, sans pour autant tomber dans le 'Golden Age' hollywoodien stéréotypé, conservant son approche psychologique et introspective avec une certaine subtilité. On retrouve ici aussi le thème de Hugues mélangé au motif de la folie développé dans le pupitre des cordes graves, avec toujours ce souci constant d'une écriture contrapuntique de qualité et des harmonies denses et tourmentées (parfois limite atonales) révélant la folie et les obsessions du personnage. 'The Mighty Hercules' prolonge ce côté énergique, dense et sombre en accompagnant la scène des préparatifs de l'immense Hercules, au détour d'un nouveau rappel du thème principal aux cordes et d'un nouveau ostinato de castagnettes. 'Howard Robard Hugues, Jr' résume finalement les principales idées du score: énergie du contrepoint des cordes, harmonies tourmentées, rythmes obsessionnels des castagnettes et des cordes, etc.

Même 'America's Aviation Hero', dont le nom pourrait laisser présager un gros morceau héroîque et patriotique, s'avère être finalement assez sombre, dominé par le pupitre des cuivres et des cordes avec un piano inattendu, mais sans aucune trace d'héroîsme, même s'il est question ici de l'occasionnelle quasi suprématie d'Howard Hugues sur l'aviation américaine des années 30/40. En tout cas, un morceau comme 'The Germ Free Zone' confirme l'orientation psychologique et sombre de la partition de 'The Aviator', avec une clarinette soliste sur fond de cordes sombres et répétitives aux harmonies quasi atonales - Shore optant ici pour un certain minimalisme répétitif reflétant les tourments intérieurs du personnage. Le thème de la folie prend des proportions plus inquiétante dans 'Screening Room' où les cordes aiguës s'emparent du motif pour le rendre encore plus agressif au détour d'une scène dans la salle de projection où s'enferme Hugues vers la fin du film. On ressent ici une certaine noirceur quasi désespérée, un isolement intérieur, une profonde névrose qui ressort à merveille à travers l'écriture tourmentée et agitée des cordes sur fond d'atonalité angoissante (on pense ici au score d'Howard Shore pour 'Spider'). Finalement, 'The Way of The Future' conclut le film en beauté avec un dernier rappel des principaux motifs du score, avec une reprise solide du thème principal aux cordes et cuivres avec l'ostinato de castagnettes lorsque Hugues teste enfin l'Hercules à la fin du film.

Une fois encore, Howard Shore s'impose en créateur d'ambiances psychologiques tourmentées, un genre qu'il a pratiqué à merveille tout au long de sa collaboration avec David Cronenberg et qu'il continue de développer ici pour les besoins du film de Martin Scorsese. L'album restitue finalement à merveille le travail d'Howard Shore, qui ne dépasse pas dans sa totalité les 47 minutes de musique (on ne trouve qu'à peine 20 minutes du score dans le film!). Si l'on pourra regretter le côté quelconque et extrêmement conventionnel de la musique de 'The Aviator', on appréciera la qualité de l'écriture orchestrale du compositeur, toujours aussi à l'aise lorsqu'il s'agit d'illustrer les tourments et les blessures de l'âme humaine, apportant une certaine émotion au film de Martin Scorsese. Pas franchement indispensable, pas non plus inoubliable (à en croire les diverses critiques glanées sur le net, la partition de Shore s'avère être étonnamment sur-estimé), le score d'Howard Shore pour 'The Aviator' confirme néanmoins qu'après le succès monumental de la trilogie des 'Lord of The Rings', Shore n'a rien perdu de son inspiration.

---Quentin Billard

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