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Batman Begins  (2005)

Warner Sunset Records (8 juin 2005) - Total : 60:32 | Original Score [musique originale]



Deux géants de la musique hollywodienne des années 2000, Hans Zimmer et James Newton Howard, collaborent sur ce film de Christopher Nolan en livrant une partition essentiellement atmosphérique, poncutée de morceaux d'action tonitruands et de sonorités dérangeantes. Un musique étonnante mais sombre et belle. Inégal mais efficace.

[© Texte : Cinezik] •

Batman Begins

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Vespertillio (2:52)
2. Eptesicus (4:20)
3. Myotis (5:46)
4. Barbastella (4:45)
5. Artibeus (4:19)
6. Tadarida (5:05)
7. Marcrotus (7:35)
8. Antrozous (3:59)
9. Nycteris (4:25)
10. Molossus (4:49)
11. Corynorhinus (5:04)
12. Lasiurus (7:27)

 

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On en rêvait, ils l'ont fait ! On savait Hans Zimmer et James Newton Howard amis, partageant la même approche de la musique, et collaborant parfois secrètement en s'échangeant quelques samples ou même des collaborateurs. Mais jusqu'à ce jour, aucun projet d'était parvenu à réunir leurs talents sur un seul film. C'est désormais chose faite, avec ce BATMAN BEGINS ! Réalisé par Christopher Nolan, ce cinquième Batman très attendu est annoncé comme particulièrement sombre et orginal, se démarquant profondément de l'ambiance gothique des précédents opus de Tim Burton, ou des grotesques navets filmés par Joel Schumacher...

Cette collaboration entre deux grands noms de la musique de film hollywoodienne augurait du meilleur comme du pire. Beaucoup étaient sceptiques : entre les nappes sophistiquées et les envolées synthétiques de Hans Zimmer, et les mélodies subtiles et atmosphériques de James Newton Howard, on voyait mal comment deux sensibilités musicales si différentes pouvaient s'intégrer à une seule partition. Car si les deux compositeurs ont bel et bien une vision commune de la musique de film, force est de constater que deux oeuvres telles que KING ARTHUR et THE VILLAGE ont, musicalement, peu de choses en commun. Mais les deux films n'ayant également rien à voir (et heureusement !), que peut donc donner le fruit de ces deux talents sur un seul et même film ?

Le résultat est plutôt déroutant. Les deux compositeurs ont visiblement préféré travailler ensemble sur une grande partie du film, plutôt que se confier des scènes ou des séquences à mettre en musique chacun dans son coin. De nombreux morceaux comportent donc à la fois la "patte JNH" et le "style Zimmer", les deux styles s'alternant régulièrement au cours de la partition, voire se mélangeant carrément par moments. Mais concrètement, que dire ce l'ensemble de la musique ?

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Hans Zimmer n'a pas vraiment joué la carte de la subtilité. Venant de lui, on a connu mieux (HANNIBAL, THE RING), car la plupart des passages d'action signés Zimmer sur cet album (et ils sont faciles à reconnaître) sont de facture classique et fonctionnelle. Les amateurs du Hans Zimmer d'action seront ravis de retrouver le style de BACKDRAFT ou de KING ARTHUR, mais ceux qui lui préfèraient les nappes mélancoliques de LA LIGNE ROUGE s'ennuieront ferme. De quoi donner de nouveaux arguments aux détracteurs de Zimmer, qui, ces dernières années, étonne davantage sur des films plus intimistes dont on parle peu. En ce sens, c'est un peu dommage. Mais Zimmer ne compose pas pour le CD, il compose pour le film : il est donc probable que sur les images, la musique fonctionne à merveille. Reste un constat : peu d'originalité, à l'exception de quelques rares moments de tension ou de latence, où Zimmer retrouve la veine dramaco-romantique de l'excellent THE RING.

En ce qui concerne la partie de James Newton Howard, c'est assez différent. Lorsque la musique se fait plus subtile et mélancolique, on se doute assez facilement qu'il s'agit d'un passage composé par l'auteur de la musique de SIXIEME SENS. On y retrouve également son goût pour les rythmiques, qu'il partage avec Zimmer : le score alterne assez brillamment les moments atmosphériques et les passages mouvementés, voire d'action pure. Mais l'ensemble demeure assez maladroitement équilibré, d'où un certain sentiment d'inachevé sur plusieurs morceaux (notamment Artibeus, qui comporte d'excellents passages tantôt torturés et mouvements, tantôt atmosphérique et mélancoliques, mais qui rarement émeut tant l'un et l'autre font des va et viens).

Un très beau thème principal, signé James Newton Howard, est néanmoins développé vers la seconde partie de l'album (Macrotus, Corynorhinus), dans la veine des subtiles mélodies de INCASSABLE ou de THE VILLAGE. Un moment de bonheur malheureusement trop court, car bien vite, d'obscures nappes Zimmeriennes prennent le dessus. Malgré tout, un grand thème héroïque est développé par Hans Zimmer dans le morceau Molossus (probablement le plus intéressant de l'album pour la partie action), suivi de rythmes trépidants francs et bruyants (du Zimmer d'action 100 % assumé). Sûrement le morceau le plus radical de l'album dans sa forme, mais qui évidemment, ne plaira pas aux allergiques du Zimmer de PEACEMAKER ou de KING ARTHUR.

Au final, rien n'est véritablement développé en profondeur, les bonnes idées sont courtes et ne réapparaissent que rarement, ce qui fait qu'au final, tous les morceaux de l'album (ou presque) se ressemblent, et qu'on n'en retient plus grand chose quand c'est terminé, même si les morceaux de fin d'album sont plutôt de bonne facture.

Une chose est sûre : pour apprécier la musique de BATMAN BEGINS a sa juste valeur, il faut faire abstraction du nom des deux compositeurs, et ne pas essayer de chercher dans ce score ce qui nous a plu dans l'une ou l'autre de leurs précédentes partitions respectives, sous peine d'être déçu. Finalement, c'est assez logique : ni l'un ni l'autre n'ont voulu mettre en avant son style au détriment de l'autre, mais plutôt créer un melting-pot sonore, une texture musicale, qui s'adapte au film avant tout. BATMAN BEGINS est donc bel et bien un mariage musical de Zimmer et Howard, et non pas un score comportant du Zimmer d'un côté, et du Howard de l'autre. En ce sens, la démarche des compositeurs est tout à leur honneur : s'effacer au profit du film, de la narration, donner ce qui manque à l'autre (Zimmer pour les parties d'action, Howard pour les parties intimistes), mais sans chercher à se mettre particulièrement en avant.

Le résultat, sur le disque, n'en demeure pas moins frustrant, il faut l'avouer, car à vouloir mesurer son style, la personnalité des deux musiciens en prends un sérieux coup : l'ensemble demeure donc excessivement lisse, fonctionnel, et avec peu de prises de risque, à l'exception des trois derniers morceaux de l'album.
Il est dommage que la veine romantique et subtile de Hans Zimmer (entendue par exemple dans HANNIBAL ou THE RING), très sous-exploitée, ne soit développée qu'à la fin du disque (Lasiurus), de même que James Newton Howard a semble-t-il eu peu d'occasions d'écrire de la musique d'action (comme on a pu l'entendre sur les excellents SIGNS ou DREAMCATCHER). La démarche est au service du film, certes, mais au désavantage de l'écoute isolée, la seule véritable originalité de l'album étant finalement le nom des morceaux (on se demande où Zimmer et Howard ont été chercher ça !), dont la première lettre entre les pistes 4 et 9 forment un mot-clé surprise... Bref, réponse définitive quand aux qualités fonctionnelles de ce score sur les images le 15 juin...

Sylvain Rivaud

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