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Brothers Grimm - Les Frères Grimm  (2005)

Milan (26 septembre 2005)
Durée: 1:13:41 | Original Score [musique originale]


 

Dès les premières notes, l’auditeur est envoûté par une musique subtile, très maîtrisée, dense et sombre, avec des cordes d’une sensibilité extrême. Le thème très doux et très délicat du film apparaît très rapidement et ne nous quittera pas.



[© Texte : Cinezik] •
Brothers Grimm - Les Frères Grimm

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Dickensian Beginnings (3:23)
2. Shrewd Thespians (0:42)
3. Red Riding Hood (3:56)
4. The Queen's Story (5:13)
5. The Forest Comes to Life (9:14)
6. Jakes's Pledge (2:03)
7. Muddy (3:08)
8. Inside the Tower (3:12)
9. The Queen Awakens (6:25)
10. The French Arrive (2:52)
11. Burning the Forest (2:24)
12. The Eclipse Begins (6:52)
13. A Slice of Quiche Would Be Nice (6:37)
14. It's You: You Know the Story (8:02)
15. Sleeping Beauties (3:50)
16. And they Lived Happily Ever After (3:40)
17. End Credits (2:08)

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Le nouveau film de Terry Gilliam était très attendu après le naufrage de son projet pharaonique, « The Man Who Killed Don Quixote »… La frustration éprouvée en regardant Lost In La Mancha laissait espérer une œuvre grandiose, à la mesure du génie de l’ex-Monthy Python. Hélas, The Brothers Grimm n’a rien de tout cela…

Principale raison de cet échec : un scénario complètement décousu signé Erhen Kruger. L’idée de départ était très intéressante pourtant car elle mettait en abîme les mécanismes de la création littéraire en montrant fictivement et implicitement les frères Grimm tirer la matière de leurs contes d’une aventure non moins merveilleuse. Mais le scénariste a oublié de rendre son histoire cohérente : il enchaîne les péripéties fabuleuses, multipliant les références aux contes de Grimm – détournés assez vulgairement par ailleurs – mais sans vraiment jamais les enfermer dans une même dynamique, dans un même mouvement narratif aux enjeux clairement identifiés. Pourtant, au début, une surprise de taille attend le spectateur, une surprise propre à renverser l’argument du film, qui repose sur l’hypothèse que les contes seraient en fait la retranscription de faits vrais : les frères Grimm seraient des petits farceurs qui metteraient en scène des combats diaboliques afin d’effrayer les villageois et se faire un nom. Cette surprise fugitive et fort agréable dévoile dès le début le mensonge et la supercherie propres aux mécanismes littéraires, ce qui peut paraître une maladresse lorsqu’elle est présentée comme introduction à une intrigue fondée sur le détournement de contes pour enfant…

Si la structure est bancale, les personnages le sont aussi. Il y a une surenchère dans le ridicule, notamment dans le portrait qui est fait des soldats français Napoléoniens (Jonathan Pryce est décevant). On comprend à peine les motivations des deux frères, alors que Monica Belluci interprète une superbe mais très cruelle Reine du Miroir, croisement entre la Belle au Bois et Dormant et la belle-mère de Blanche-Neige… Là peut-être réside le principal intérêt du film (sans pour autant que cela soit très original) : le détournement de la figure de la belle princesse prise dans l’étau des siècles, qui rejoint le mythe du vampire, monstre assoiffé d’Eternité. Un étrange rituel se dessine alors, où ce mythe se révèle dans toute sa grandeur : le miroir à défaut de renvoyer le vide renvoit l’image rajeunie de la Reine, aidée dans son dessein par un chevalier servant et sanguinaire lié à elle par la force de l’amour (dans le mythe vampirique, la morsure lie éternellement la victime au vampire qui l’a tué)…

Heureuse surprise, - et on n’en attendait pas moins de Terry Gilliam – le réalisateur ne se complait pas dans l’hémorragie visuelle comme Christopher Nolan dans le catastrophique Batman Begins, également produit par Charles Roven : découpage propre et carré, pas tape-à-l’œil pour un sou, décors sublimes et spectaculaires, et effets spéciaux prodigieux. Finalement, The Brothers Grimm est extrêmement divertissant mais anecdotique, ce qui est bien dommage…

La musique est signée Dario Marianelli, un compositeur Italien méconnu. Lourde tâche qui lui incombait que de devoir souffrir l’inévitable comparaison avec Michael Kamen, auteur de la musique mythique du non moins célèbre Brazil ! A l’image, son travail peut paraître facile et un peu fade mais en écoute isolée il révèle un charme, une délicatesse et très grande richesse que le film dissimulait très jalousement. Pour apprécier le talent de Marinelli il ne faut donc pas se contenter de voir le film : il faut acheter le disque.

Sa maîtrise de l’orchestre est très impressionnante. Le compositeur italien ne manque jamais d’idées, il multiple les coups d’éclat, il n’hésite pas à utiliser des instruments inattendus, des effets en tous genre, tout en conservant une thématique très prononcée et une grande profondeur d’écriture : dès les premières notes, l’auditeur est envoûté par une musique subtile, très maîtrisée, dense et sombre, avec des cordes d’une sensibilité extrême. Le thème très doux et très délicat du film apparaît très rapidement et ne nous quittera pas. La partition regorge de moments jouissifs mais trop brefs, de grandes envolées orchestrales qui rappellent les plus belles pages d’un Miklos Rosza ou d’un Maurice Jarre (Sleeping Beauties).

Néanmoins, c’est surtout l’ironie plutôt que la somptuosité qui marque cette partition. D’abord avec des effets particuliers, comme des scratchs sur « Red Riding Hood » ou des cris… Sur « The Queen’s Story », on peut entendre une fanfare ironique, avec des mélodies romantiques accompagnées de modules dissonnants à peine perceptibles pour accompagner la mésaventure de la Reine. Ce morceau joue constamment sur l’ambiguité : entre le lyrisme et la dissonnance, avec une voix légèrement fausse et des effets sonores. « The Forest Comes To Life » est à cet égard également intéressante : insertion d’effets d’inversion, de sons bizarres, de percussions inquiétantes sur une musique presque guillerette. D’une part il y a ce rappel de l’innocence, d’autre part l’horreur de ces arbres mobiles, avec leurs griffes aiguisées et assassines. Même procédé dans « Muddy » : on a d’une part une musique inquiétante et très contemporaine, à base de cris, de glissandi, de col legni, qui rappelle dans les premières secondes Wojciech Kilar (The Ninth Gate), d’autre part on a un saxo fou qui n’est pas sans rappeler celui d'Elliot Goldenthal dans Titus.

Mais le principal fait d’armes de Mariannelli demeurera ici cette reprise ingénieuse d’airs de la musique classique (Carmen de Bizet dans « The Queen Awakens » par exemple). Cette technique du collage, déjà expérimentée par le très regretté Luciano Berio, trouve sa justification dans ce film, fondé sur le détournement des contes de Grimm. La plage « The Eclipse Begins » détourne ainsi deux grands airs de la musique classique, légèrement réarrangés : La pie voleuse de Rossini, et une berceuse de Brahms.

Pour un peu, on pourrait comparer cette folie orchestrale et expérimentale aux morceaux spectaculaires du maestro Elliot Goldenthal… Un grand talent est né, assurément…

Damien DESHAYES

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