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Bullitt  (1969)

Aleph Records (2001) | Réédition



Avec son excellent score pour Bullitt, Lalo Schifrin annonçait déjà le style de certaines de ses musiques d'action des années 70 (on pense inévitablement à la série des Dirty Harry qui débuta en 1971). Le score de Bullitt ne pourra d'ailleurs que ravir les amateurs de jazz puisque le compositeur argentin nous réserve quelques pièces jazzy sympathiques pour le film de Peter Yates.

[© Texte : Cinezik] •

Bullitt

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Bullitt, Main Title (movie version) 3.05
2-Shifting Gears 3.12
3-Ice Pick Mike (movie version) 3.58
4-Cantata For Combo 2.51
5-Room 26 (movie version) 2.28
6-On The Way To San Mateo 2.36
7-Just Coffee 3.03
8-Main Title (record version) 2.13
9-The Aftermath Of Love 3.01
10-Ice Pick Mike (record version) 3.07
11-Hotel Daniels 3.32
12-Bullitt, Guitar Solo 1.34
13-The First Snow Fall 3.41*
14-Room 26 (record version) 3.39
15-The Architect's Building 1.47
16-Song For Cathy 4.29
17-Music To Interrogate By 2.51
18-End Credits 3.51

*Composé par Sonny Burke

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Avec son célèbre 'Bullitt (Main Title)', Schifrin nous dévoile son impérissable thème principal qui, bien qu'un peu rétro, fonctionne toujours aussi bien aujourd'hui, à l'instar de la partition entière en elle-même (d'où l'ironie de la chose, puisqu'on ne peut pas en dire autant du film de Peter Yates!). Des cordes dissonantes introduisent le film sur un ton de mystère avant qu'un rythme de charleston/woodblocks et un ostinato groovy de guitare basse se mettent en place, introduisant le superbe thème de guitare avec saxophones, cuivres et flûtes. Le thème est associé à des rythmiques jazzy sympathiques, accentuées par la section de cuivres et les saxophones qui reprennent le thème. Le côté mystérieux de la musique est assuré par quelques notes de cordes dissonantes et discrètes et quelques rares synthétiseurs utilisées avec parcimonie. Avec son superbe 'Main Title', Lalo Schifrin résume en l'espace de deux minutes tout le charme 'rétro' de ce polar daté avec un côté 'cool/groovy' typique des musiques jazzy des polars de cette époque.

'Room 26' est une excellente pièce jazzy un brin rétro (dans le style des musiques jazzy d'aujourd'hui d'Alan Silvestri) avec section rythmique (batterie, piano, walking-bass traditionnelle), sax, cuivres et un sympathique solo de vibraphone, et qui nous plonge à son tour dans l'univers jazzy qu'a voulu recréer Lalo Schifrin conformément à un style musical dans la continuité des musiques jazzy des polars des années 40/50. 'Hotel Daniels' reste dans le même esprit, le morceau étant joué en 'source-music' dans une radio de la chambre du témoin, peu de temps avant qu'il soit abattu. A noter que l'album publié par Aleph Records reprend les morceaux des précédentes éditions ainsi que des pistes réenregistrées pour l'album, et parfois même absente du film. 'On The Way To San Mateo' est quand à lui plus représentatif du style polar du score, avec ce mélange rythmiques jazzy et ces cordes plus sombres et tendues. Le morceau décrit le déroulement de l'enquête de Bullitt avec un côté à la fois cool et sombre. A noter la réapparition du thème de Bullitt confié ici à des flûtes, le thème contribuant à son tour à créer une identité musicale forte et indissociable du film de Peter Yates.

L'action culmine avec les deux excellents et excitants 'Ice Pick Mike' et l'incontournable 'Shifting Gears'. Le premier décrit la poursuite dans l'hôpital avec le mystérieux tueur que poursuit Bullitt dans les couloirs du bâtiment. Schifrin installe le suspense avec une utilisation assez inventive et quasi expérimentale des différentes sonorités instrumentales qui s'offrent à lui, que ce soit par la batterie, le piano, la basse, les percussions métalliques, les saxophones, les cordes, les percussions diverses, etc. Le thème de Bullitt erre de manière lente et incertaine parmi les sonorités métalliques hypnotiques en tout genre imposant le ton suspense de la scène, se prolongeant sur un point culminant jazzy et particulièrement excitant. Quant au superbe 'Shifting Gears', il accompagne la première partie de la course poursuite en voiture en imposant une fois encore un certain suspense, une tension perceptible dès les premières secondes du morceau (cordes et cuivres dissonants entre autre). Par la suite, la rythmique de batterie groovy très 'sixties' et les cuivres donnent un côté plus cool à la poursuite sur la route, Schifrin ménageant le suspense en l'entrecoupant de passage souvent plus cool et plus entraînants pour les oreilles des auditeurs non initiés, une sorte de compromis musical intéressant mais que Schifrin ne renouvellera pas dans le très atonal/funky 'Dirty Harry' (1971). Pour le reste, Schifrin nous proposera un mélange jazz/lounge très intime dans le kitschissime 'The Aftermath of Love' un peu ennuyeux et trop éloigné du style du score (et, si je me souviens bien, absent du film), sans oublier le sympathique 'Song for Cathy' (Cathy étant interprétée dans le film par Jacqueline Bisset) et son excellent solo de flûte jazzy, ainsi que 'Just Coffee' et son intrigante nappe de trémolos de guitare avec une reprise plus sombre du thème de Bullitt à la flûte et au saxophone. Le morceau possède un côté mélancolique qui évoque la dureté de Bullitt, mélancolie accentuée par les dissonances de la fin du morceau, nous rappelant le fait que le héros est loin d'être le flic idéal au grand coeur.

Au final, 'Bullitt' apparaît comme un score incontournable du compositeur. Si l'on est encore loin ici de la qualité de 'Dirty Harry' ou de partitions plus audacieuses de la part de Lalo Schifrin, on commence néanmoins avec un excellent score jazzy/groovy un peu kitsch par moment mais toujours aussi percutant même 40 ans après. Le score de Lalo Schifrin a largement contribué au succès de 'Bullitt' en lui conférant une impérissable identité sonore parfaitement ancrée dans le ton du film, une identité musicale marquante qui nous prouve à quel point une musique peut elle aussi contribuer à l'impact d'un film sur le public, sans pour se présenter sous la forme d'un bête accompagnement d'une scène à l'autre. Ici, Lalo Schifrin a tenu à donner une dimension purement musicale à sa musique, résultant dans le fait qu'il est très aisé d'apprécier la musique de 'Bullitt' hors du film, étant donné que les pièces sont parfois quasiment autonomes du simple point de vue de l'écoute. Evidemment, 'Bullitt' reste avant tout une musique de film, mais une musique de qualité, certainement pas aussi audacieuse et recherchée que certaines partitions de Schifrin dans les années 70, mais vraiment remarquable aussi bien d'un point de vue musical que cinématographique. C'est aussi avec 'Bullitt' que Lalo Schifrin nous confirme son amour pour le jazz, déjà exploré dans certaines de ses précédentes partitions des 'sixties'. Au final, un score très sympa, à découvrir, si ce n'est pas déjà fait!

Quentin Billard

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