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Le Château des singes  (1999)

Milan (1999) | Original Score [musique originale]


 

Un score mineur d'Alexandre Desplat, néanmoins très motivé par son sujet. Afin d'évoquer l'univers des singes et de la forêt, le compositeur utilise l'orchestre traditionnel auquel il ajoute divers éléments exotiques (percussions, flûte, etc.). Légère, entraînante et fraîche, la musique de Desplat se veut comme un parfait complément émotionnel du film de Laguionie.



[© Texte : Cinezik] •
Le Château des singes

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. La Canopée
2. Kom Et Margad
3. La Chute De Kom
4. Le Roi De La Jungle
5. La Princesse Empoisonnée
6. Kom Et Gina Au Chateau
7. Le Labyrynthe Et Le Premier Baiser
8. Le Complot De Gorine Et Serignole
9. La Danse Du Roi Et De La Princesse
10. La Machine Volante
11. La Fête Au Chateau
12. Le Dragon Est En Feu
13. La Chanson De Kom
14. Le Lac Gelé
15. La Chanson De Serignole
16. Gina Est Poursuivie
17. Le Désastre Sur La Glace
18. Gina Et Kom Se Retrouvent
19. A La Recherche Des Fleurs Bleues
20. Le Combat Final
21. La Princesse Est Guérie
22. Le Chateau Des Singes
23. Assimiler (La Chanson Des Livres)

Nos articles sur cette BO

Dès l'introductif 'La canopée', le compositeur assoit le style de son oeuvre avec une flûte exotique, une harpe et quelques cordes et vents légers. Desplat évoque la tribu des Wonkoos de la canopée avec une certaine fraîcheur. Le classicisme d'écriture raffinée des cordes est contrebalancé à l'écran par la légèreté de l'écriture des vents, de la harpe et de la flûte exotique lié aux singes. On évite pas par moment le traditionnel style mickey-mousing qui reste néanmoins mineur ici, Desplat préférant opter pour une approche orchestrale moins sautillante mais plus fraîche et moins morcelée, lié à la fougue du jeune Kom que le compositeur nous décrit dans 'Kom et Margad' qui développe le thème principal de la partition de Desplat. Le thème associé à Kom reste toujours très simple et frais, avec son petit motif de 6 notes exposé ici par un piano doublé par une flûte et des pizzicati de violons. On notera une fois encore la fraîcheur de l'écriture toujours très sautillante des vents (ici, clarinettes et bassons), nous rappelant une fois encore à quel point Alexandre Desplat est passé maître dans l'art de manier l'orchestre symphonique et d'explorer tout son potentiel musical, et ce quelque soit le sujet du film. Plus sombre, 'La chute de Kom' nous dévoile une facette plus inquiétante du style musical de Desplat dans la scène où Kom tombe en bas de la forêt et traverse l'abîme tant redoutée. Plus descriptif, le morceau accompagne la chute avec des cordes dissonantes accompagnés d'étranges effets sonores de flûtes ou de violons évoquant les démons mythiques des profondeurs.

Le climat se veut plus rassurant avec 'Le roi dans la jungle' lorsque le roi sauve Kom et le ramène au château. Desplat change ici d'ambiance et utilise les percussions exotiques avec cordes, cuivres, vents et instruments aux sonorités exotiques évoquant (harpe, flûte, cithare, percussions, etc.). On retrouve d'ailleurs l'utilisation plus mystérieuse de la cithare dans 'La princesse empoisonnée', instrument lié ici aux sinistres comploteurs. Desplat se plaît ainsi à varier les ambiances tout au long du film en gardant à l'esprit une certaine légèreté entraînante qui nous renvoie au côté simple et agréable du film de Laguionie. Ainsi, 'Kom et Gina au château' nous permet de retrouver le sympathique thème enjoué de Kom aux cordes et aux vents dans un style plein de fraîcheur (les orchestrations y sont pour beaucoup) comme dans 'Le labyrinthe et le premier baiser' où Desplat manie les rythmes avec habileté (petit tempo de valse, rythmes sautillants plus mickey-mousing, etc.) liés à la bonne humeur et à la complicité de Kom et Gina, le compositeur nous offrant même un peu de poésie lors de la scène du premier baiser. Inventif, 'Le complot de Gorine et Sérignole' fait un usage intéressant de la cithare, de la clarinette, des cordes et des instruments exotiques sur fond de rythmes enjoués et ironiques liés aux méchants. La valse de 'La danse du roi et de la princesse' paraît plus nuancé avec son cor anglais soliste et ses cordes, comme pour évoquer l'empoisonnement de la princesse et la menace qui pèse sur le roi malgré la scène où les deux dansent ensemble.

'La machine volante' nous dévoile un nouveau thème majestueux à la John Debney pour la scène de l'envol de la machine volante construite par le roi tandis que l'amusant 'La fête au château' évoque les festivités royales avec une légèreté exemplaire (flûtes, bassons, cithare, clarinettes, etc.). Mais, loin de vouloir s'arrêter à ce style d'ambiance, Desplat continue de varier les plaisirs et passe ainsi par un style plus sombre dans 'Le dragon en feu' dans la scène où les comploteurs font brûler le dragon construit par le roi pour travers l'immense lac. On retrouve un thème de cordes plus amples qui évoque alors le drame de la scène (thème qui n'est pas sans rappeler le David Arnold de 'Last of The Dogmen', preuve des influences américaines sures du compositeur français). Plus sombre, 'Gina est poursuivie' fait un bien bel usage de l'orchestre, des rythmiques inventives et de la cithare pour la scène où Gina est poursuivie par les comploteurs. Plus l'histoire avance, et plus la musique s'assombrit petit à petit, sans jamais vraiment basculer dans un style très dramatique. C'est par exempole avec beaucoup de finesse que Desplat évoque le drame de la glace brisée lors de la traversée du lac dans 'Le désastre sur la glace', le compositeur gardant toujours ce ton léger et plein de finesse tout au long du film. 'A la recherche des fleurs bleues' nous permet de retrouver une très jolie variante quasi nostalgique du thème de Kom aux cordes et aux vents lorsque ce dernier retourne chez les Woonkos pour chercher les fleurs bleues censées guérir le mal de la princesse. Même le 'combat final' n'a rien de très dramatique mais reste suffisamment sombre pour maintenir la tension durant la confrontation finale contre le chambellan, toujours illustrée par la cithare avec un pupitre plus massif de cuivres avant de déboucher sur un final plus enjoué où la finesse et la légèreté reprennent le dessus. Le thème de Kom revient une dernière fois dans 'La princesse est guérie'. A noter pour finir les trois chansons du score écrites par Desplat, la poignante 'La chanson de Kom', l'ironisante 'La chanson Sérignole' et l'entraînant 'Assimiler' lors de la scène de l'apprentissage de Kom.

La conclusion s'impose donc d'elle-même. 'Le château des singes' reste sans aucun doute l'une des plus agréables compositions orchestrales d'Alexandre Desplat, qui signe ici sa première partition pour un long-métrage d'animation. Avec une fraîcheur d'orchestration et une certaine inventivité parfois fantaisiste, Desplat livre l'accompagnement musical parfait pour le film de Jean-François Laguionie qui, à l'instar du film, demeure toujours simple et léger, sans aucun artifices musicaux particuliers. Evidemment, 'Le château des singes' n'a rien d'un chef-d'oeuvre impérissable et ne marquera certainement pas les annales du genre, mais il n'empêche que l'on ne peut que se laisser capturer par la qualité de cette composition orchestrale qui nous rappelle une fois encore à quel point Alexandre Desplat fait plus que jamais partie des grands noms de la musique de film française, des musiciens inspirés d'une nouvelle génération qui compte parmi elle des compositeurs aussi talentueux que Philippe Rombi, Bruno Coulais, Eric Neveux, Pascal Estève et bien d'autres encore. En somme, voilà un très sympathique score à découvrir si ce n'est pas déjà fait!

Quentin Billard

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