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Complot de famille  (1976)

Family Plot

Varèse Sarabande (6 décembre 2010) | Réédition


Unique collaboration entre John Williams et Alfred Hitchcock pour le dernier film du cinéaste, qui après sa séparation avec Bernard Herrmann, a travaillé avec Ron Goodwin, Maurice Jarre et John Addison. 

[© Texte : Cinezik]
Complot de famille

Tracklist

1. The First Séance (5:29)
2. Blanche's Challenge (2:09)
3. The Mystery Woman (3:27)
4. The Rescue Of Constantine / The Diamond Chandelier (2:21)
5. Kitchen Pranks (2:08)
6. The Shoebridge Headstone (2:23)
7. Maloney's Visit To The Jewelry Store / Maloney's Knife / The Stake Out (4:58)
8. The Second Séance (2:20)
9. Nothing Held Back (:37)
10. The White Mustang (1:19)
11. Blanche And George (1:17)
12. Maloney's Exit (2:03)
13. Share And Share Alike (:54)
14. The Mondrian Shot / The Revealed Identity (1:47)
15. The Search Montage (3:41)
16. Blanche's Arrival / Blanche's Note (2:29)
17. Blanche Gets The Needle (3:03)
18. Breaking Into The House (5:16)
19. The Secret Door / Blanche Wakes Up (1:39)
20. End Cast (4:14)
21. Family Plot Theme (2:38)
22. The Stonecutter (6:35)

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Nos articles sur cette BO

C'est la première et unique fois que le compositeur John Williams composa pour un film d'Alfred Hitchcock avec « Family Plot ». On raconte que dans la liste des compositeurs auxquels avait pensé le cinéaste sur « Family Plot » se trouvaient ainsi Miklos Rozsa, Jerry Goldsmith, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Richard Rodney Bennett, David Rose, Laurence Rosenthal ou bien encore Maurice Jarre. A l'origine, les producteurs d'Universal suggérèrent à Hitchcock d'engager Henry Mancini, mais le cinéaste refusa de le prendre sur son film, et ce suite à la mésaventure de son précédent film, « Frenzy » (1972), pour lequel la partition originale de Mancini avait été rejetée au profit d'une nouvelle musique signée Ron Goodwin. En 1976, Williams n'avait pas encore triomphé sur « Star Wars » et « Superman », mais il était néanmoins une valeur sûre à Hollywood, depuis le succès du « Jaws » de Spielberg en 1975. C'est d'ailleurs grâce à cette célèbre partition que Williams fut finalement suggéré à Hitchcock par le biais d'Harry Garfield, directeur de la musique chez Universal. Pour le compositeur, travailler avec un géant mythique du cinéma tel qu'Alfred Hitchcock représentait un immense honneur bien rare dans la carrière d'un musicien pour le septième art. Dans une note du livret de l'album publié par Varèse Sarabande, John Williams explique la facilité avec laquelle il travailla avec Hitchcock sur « Family Plot », le cinéaste l'ayant laissé relativement libre par rapport à ses propres compositions, n'exigeant simplement de lui que sa musique suive essentiellement le déroulement du récit plutôt que les personnages eux-mêmes, et que le score évoque aussi l'humour plus léger du film. A ce sujet, une phrase célèbre d'Alfred Hitchcock à John Williams résuma clairement les desideratas du cinéaste au sujet de la musique de son film : « Mr. Williams...murder can be fun ! ». En une phrase, tout est dit ! Suivant le concept souhaité par Hitchcock, John Williams s'attela à la composition de sa partition pour « Family Plot » en sélectionnant judicieusement sa formation orchestrale - le Hollywood Studio Symphony. Ainsi donc, Williams décida de n'utiliser que très peu de cuivres (il n'y a ni trompettes ni tuba, juste 4 cors et 6 trombones), et conserva une section de bois très minimaliste - 3 flûtes, 4 clarinettes, 2 saxophones, 1 hautbois et 1 basson - face à un pupitre de cordes bien plus massif, incluant 20 violons, 9 altos, 9 violoncelles et 4 contrebasses, sans oublier l'apport indispensable d'instrument soliste et plus particulièrement du clavecin, instrument-clé de la partition de « Family Plot », accompagné de quelques timbales pour les scènes à suspense et de quelques synthétiseurs 70's (au reste de l'orchestre s'ajoutent ensuite 2 harpes, des claviers et trois guitaristes). Autre élément clé du score de John Williams : l'utilisation étonnante d'une chorale féminine mystérieuse lors des scènes de spiritisme du film, qui permirent d'ailleurs au compositeur de nous offrir certains des meilleurs morceaux de sa partition pour « Family Plot ».

Le film s'ouvre sur le mystérieux « The First Seance » accompagnée d'orchestrations impressionnistes - cordes, célesta, harpe, bois, piano - et de choeurs féminins envoûtants évoquant la première séance de spiritisme du film. Le morceau rappelle beaucoup le « Sirènes » tiré des « Nocturnes » de Claude Debussy, influence majeure dans les passages choraux de « Family Plot ». « The First Seance » introduit un premier thème, mystérieux et prenant, qui reviendra lors de la plupart des séances de spiritisme du film, associé aux (faux) pouvoirs de Blanche. Dans « Blanche's Challenge », Williams introduit l'omniprésent clavecin, tandis que la flûte et le piano reprennent le thème du spiritisme dans une version instrumentale plus posée et légère. Le morceau présente ensuite le deuxième thème, mélodie ascendante associée à Blanche dans le film, avec ses notes plus malicieuses et espiègles qui évoquent la duperie de la jeune femme. Le thème de Blanche revient ensuite dans « Kitchen Pranks » ou dans « Blanche and George » avec le piano, le hautbois et les cordes. Il est entendu régulièrement dans les scènes avec Blanche ou lors des fausses séances de spiritisme, et apporte un peu de légèreté fort bienvenue à un score somme toute assez sombre et agité. Mais si la partie comédie est assurée par le thème malicieux de Blanche, « The Mystery Woman » introduit le suspense et la tension avec son mélange de clavecin/synthétiseurs/orchestre, développant le troisième thème associé dans le film à Arthur Adamson et sa compagne Fran. Le thème se distingue par sa mélodie de cordes aux allures quasi baroques, sur fond de clavecin, de synthétiseurs et de timbales suggérant la tension et la menace représentée par le couple de kidnappeurs. Ce thème sombre et intriguant aux accents baroques sera d'ailleurs très présent tout au long du film lors des scènes de suspense. Autre motif présenté ici : une succession mystérieuse et intrigante de tierces répétées au synthétiseur ARP typique des 'seventies', motif que l'on retrouvera plusieurs fois dans le film, pour le secret lié au passé criminel d'Adamson. Williams combine bien souvent le thème d'Arthur/Fran et le motif de tierces du synthétiseur sans hésiter à les développer aussi conjointement ou séparément. On notera la manière dont Williams développe le thème d'Adamson au synthétiseur ARP dans « The Stonebridge Headstone », avec des sonorités plus sinistres sur fond de cordes lugubres, de harpe, de clusters graves de piano et de clarinette basse obscure. Encore une fois, la musique suggère à l'écran ce sentiment de mystère et de lourd secret à l'origine des mésaventures des deux héros du film. Le thème reste omniprésent et quasi obsédant, tant il semble omniprésent tout au long du film (on le retrouve dans « Maloney's Visit to the Jewelry », « Share and Share Alike », « Breaking Into the House », etc.). Quand au motif mystérieux du synthétiseur, il reste l'élément clé des scènes d'intrigue comme « The White Mustang », « Nothing Held Back », « Share and Share Alike » ou « The Secret Door/Blanche Wake ».

La terreur est aussi au rendez-vous durant la scène de poursuite de « Maloney's Exit » avec la scène de poursuite en voiture : timbales, piano, cuivres massifs sont ici de la partie, pour rythmer la scène avec frénésie. Comme dans « The White Mustang », le thème de Blanche est à nouveau présent, mais malmené ici par quelques dissonances et des orchestrations plus sombres et plus inquiétantes, notamment dans l'emploi agressif du piano et des timbales. C'est ce climat de tension et d'intrigue qui permet à John Williams de faire basculer une partie de la musique de « Family Plot » dans l'atonal pur, rappelant par moment son style plus avant-gardiste et expérimental hérité de partitions telles que « Images ». Dans « The Search Montage », la tension reste de mise avec le thème de Blanche repris au clavecin sur fond de ponctuations de percussions (avec le raclement sec d'un guiro brésilien) et de cordes staccatos. La musique oscille ici entre comédie et tension de façon tout à fait judicieuse et nuancée, à l'image du film d'Hitchcock. Le suspense est suggéré à nouveau par le synthétiseur ARP et les développements du thème intrigant d'Arthur Adamson/Fran. Les 20 dernières minutes du film permettent à Williams de faire monter la tension d'un cran lors de « Blanche's Arrival » avec sa reprise sinistre du thème de Blanche au piano sur fond de cordes/timbales menaçantes, ou dans l'agressif et dissonant « Blanche Gets the Needle », un pur passage d'angoisse et de suspense, alors qu'Adamson neutralise Blanche avec une seringue hypodermique. On appréciera ici la façon dont le synthétiseur résonne de façon dissonante, notamment avec sa série de secondes mineures dissonantes assez troublantes, et son utilisation très avant-gardiste des cordes et des percussions. Enfin, signalons le retour du thème impressionniste des séances de spiritisme avec la chorale des six chanteuses dans « The Second Seance » ou « End Cast ». Petite astuce de la part de John Williams : après le retour du thème de clavecin de Blanche, le thème d'Adamson est repris dans une tonalité majeure vers la fin de « End Cast » avec des orchestrations plus légères et optimistes marquant la conclusion du récit. John Williams signe avec « Family Plot » un travail absolument remarquable, servi par des orchestrations inventives, des développements thématiques très prenants et une approche des images très cohérente et bien pensée. L'unique contribution du maestro américain à un film d'Alfred Hitchcock aura permis au compositeur de se dépasser pour ce qui reste un grand moment de musique de film, à redécouvrir enfin grâce à l'excellente édition CD de Varèse Sarabande !

Quentin Billard

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