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La Cicatrice Intérieure   (1972)

• Philippe Garrel • • Au cinéma le 02-02-1972

• Musique composée par Nico

Une musique somptueuse et mélancolique, véritable plainte déchirante et contrepoint idéale aux paysages désolés et crépusculaires du film. La voix froide et grave de Nico apporte une atmosphère d’étrangeté troublante...

[© Texte : Cinezik] •

Sortie de la BO

Warner Bros (27 mars 2000)

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

- Désert Shore Musique du Film LA CICATRICE INTERIEURE
Réalisation : PHILIPPE GARREL (35mm. Couleur)
Parole et Musique : NICO
Production et Arrangements : JOHN CALE

1. Janitor Of Lunacy
2. The Falconer
3. My Only Child
4. Le Petit Chevalier
5. Abschied
6. Afraid
7. Mutterlein
8. All That Is My Own

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Autour de cette BO

Le Film

Réalisé par Philippe Garrel

Sortie au cinéma: 02-02-1972 (France) -

Avec Pierre Clémenti, Nico, Balthazar Clementi...
(France)
1h00

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D’origine Allemande, Nico (Christa Päffgen, de son vrai nom) est surtout connue comme l’interprète légendaire du groupe de rock New-yorkais, The Velvet Underground. The Velvet Underground & Nico sort en 1967, c’est un disque très avant-gardiste complètement à contre courant du mouvement hippie et qui n’eut aucun succès à l’époque de sa sortie. Après une carrière solo, Chelsea Girl (1968) et The Marble Index (1969), elle s’installe à Paris où elle rencontre le cinéaste Philippe Garrel avec qui elle va tourner pas moins de 7 films. Après Le lit de La Vierge en 1969, La Cicatrice Intérieure, premier ouvrage d’une trilogie sera leur deuxième collaboration, suivit par Athanor (1973) et Le Berceau de Cristal (1975). Au départ les images de La Cicatrice Intérieure tournées par Philippe Garrel étaient destinés à accompagner les concerts de Nico durant sa tournée en France. Tourné avec un budget dérisoire entre 1970 et 1972 dans le désert du Nouveau-Mexique, en Egypte, Italie et Islande, le film est très conceptuel, porté par une symbolique mystico biblique et réfute la narration traditionnelle. Il n’y a ni générique ni sous-titre, peu de dialogues mais des images fortes soutenues par la musique envoûtante de Nico. L’action démarre par un plan fixe de la chanteuse vêtue d’une longue robe de bure assise sur un rocher, le regard absent, perdue au milieu du désert… Dans le lointain, Philippe Garrel, habillé d’un étrange costume rouge médialo-futuriste s'avance vers elle et l’emmène avec lui ; c’est peut-être le diable en personne…

Pendant tout le film, le couple va évoluer dans ce No Man’s Land sans jamais communiquer, elle en pleurs lui tournant en rond… la caméra le suit dans un long panoramique à 360° pendant que s’élève en off, la voix majestueuse de Nico qui s’accompagne à l’harmonium sur la chanson « Janitor of Lunacy ». Serait-ce la fin du monde ? Ou tout simplement la représentation d’un couple en crise ? C'est peut-être la "Cicatrice intérieure" dont parle le titre. Arrive ensuite un homme nu sur un cheval, interprété par Pierre Clémenti avec sur son dos un carquois de flèches. Sans doute le rédempteur… On s’interroge… vers la fin du film, le petit Ari Boulogne, le fils de Nico, dévêtu lui aussi est assit sur une fourrure blanche au milieu d’étranges rochers de glace. Qui sont ces individus ? Où vont-ils ? Que veulent-ils ? Autant de questions que Garrel se garde bien de répondre. A la sortie du film, il déclare alors : "Il ne faut pas regarder La Cicatrice Intérieure en se posant des questions, il faut le regarder juste par plaisir, comme l'on peut prendre plaisir à se promener dans le désert. Ce sont des traces avec ce qui se passe dans ma tête au moment où je tourne, cela ne peut être que des traces ou des jalons".

Le film, à mi-chemin entre Le Petit Prince de St Exupery et les décors apocalyptiques de La Planète des Singes (1968) fait aussi beaucoup songer à El Topo (1970) d’Alejandro Jodorowsky (pour la scène avec l’enfant dans le désert) et aux Chevaux de Feux (1965), le poème musical de Serguei Paradjanov. Le propos resterait par ailleurs assez anecdotique s’il n’y avait cette musique somptueuse et mélancolique, véritable plainte déchirante et contrepoint idéale aux paysages désolés et crépusculaires du film. La voix froide et grave de Nico apporte une atmosphère d’étrangeté troublante sur des titres comme Mütterlein (Petite mère) et Abschied (Adieu) qu’elle interprète dans sa langue natale. Des chansons naviguant entre le lied allemand et la comptine folklorique… Le réalisateur a le bon goût de restituer les titres dans leur intégralité, sans coupures ni mixage. Le film est lui-même peu découpé, composé de plans séquences extrêmement étirés, suivant les personnages dans leur errance. Garrel sur Janitor of Lunacy, l’enfant My only Child, Nico assise en amazone sur un cheval (photo de couverture), All that is my own. Les chansons palliant l’absence presque total de dialogues... Comme chez le Velvet Underground, la structure des morceaux est assez classique mais l’instrumentation est très insolite ; à milles lieues du psychédélisme rock de l’époque. Harmonium, clavecin, trompette, violon alto joué par John Cale, percussions, distorsions sonores, chant a capella… Le son semble sortir du néant… On pense au climat surréaliste de Poppy Nogood and the Phantom Band, composé en 1969 par Terry Riley, un compositeur de musique répétitive qui eut une grande influence sur John Cale. Comparé aux disques actuels, l’album peut sembler très court, 30mn à peine mais il est magnifique de bout en bout, véritablement intemporel, habité et profondément angoissé (le LSD a certainement dû aussi contribuer à cette atmosphère singulièrement dérangé.) Un véritable trip existentiel au bord de la folie qu’il est difficile d’oublier…

L’esthétique particulière du film aura des répercussions sur des cinéastes comme Gus Van Sant (Gerry en 2002), Vincent Gallo (The Brown Bunny, 2003), Olivier Assayas (L’eau Froide, 1994, qui réutilisera la chanson « Janitor of Lunacy »), et un impact considérable sur la génération New-Wave de la fin des années 70 (l’allemand Klaus Schulze, le groupe anglais Joy Division et surtout Brian Eno et David Bowie sur la trilogie berlinoise, « Low, Heroes, Lodger »).

Julien Mazaudier

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