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De Grandes Espérances   (1998)

Great Expectations • Alfonso Cuaron • En salle le 06-05-1998

• Musique composée par Patrick Doyle

Après A Little Princess, Patrick Doyle retrouve le réalisateur mexicain sur Great Expectations, sur lequel il nous offre une nouvelle partition de qualité particulièrement inspirée. Reniant avec son style classique habituel, Doyle en profite pour s'offrir ici les services de solistes talentueux, parmi lesquels la chanteuse Tori Amos, le guitariste John Williams (aucun lien avec le célèbre compositeur !) et un siffleur qui apporte une certaine magie à la partition.

[© Texte : Cinezik] •

De Grandes Espérances

Sortie de la BO

Atlantic Records (1997) - 0:50:19

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Finn (2:55)
2. Crossing the Gulf (1:48)
3. Paradiso Perduto (2:09)
4. Estella's Theme (3:28)
5. Ain't Love Grand (0:56)
6. A Walk in the Park (1:21)
7. I Saw No Shadow Of Another Parting (The Aria) (2:39)
8. Kissing in The Rain (3:06)
9. Joe Leaves (1:38)
10. The Day All My Dreams Came True (1:30)
11. Pyramid Of Pain (2:28)
12. Planes On A Plane (0:47)
13. A Toast (1:24)
14. Benefactor (1:34)
15. Lustig Dies (3:35)
16. Paradiso Perduto Revisited (0:45)
17. It Was Just My Memory Of It (2:22)
18. The Price Of Sucess (2:04)
19. Underfloor (2:42)
20. Bésame Mucho (4:55) *
21. By The Inch Or By The Hour (2:43)
22. The Big Trip (3:30)

* Music and Lyrics by Consuelo Velázquez

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Autour de cette BO


Nos articles sur cette BO

‘Finn' ouvre le film au son du sifflet qui semble flotter dans les airs comme par enchantement, très vite rejoint par les vocalises douces et légère de Tori Amos. Le thème principal associé à Finn, une mélodie descendante mélancolique et gracieuse, est très brièvement suggérée par le sifflet. Puis, très vite, la musique semble s'éveiller, bercé par une infime douceur quasi impressionniste, alors que l'on voit à l'écran le jeune Finn au bord d'une plage, en train d'admirer le coucher de soleil. Cette introduction révèle d'emblée le travail de sonorités effectué par le compositeur sur Great Expectations. Doyle utilise même des synthétiseurs tendance new age sur ‘Crossing the Gulf' avec une écriture orchestrale plus présente, dramatique et ample alors que Finn traverse le golf en direction du Mexique avec Lustig (De Niro). Doyle utilise rarement les synthétiseurs dans ses partitions, mais Great Expectations nous offre un bel exemple de ce que le compositeur arrive à produire lorsqu'il incorpore quelques éléments électroniques dans une musique plus classique d'esprit. Doyle s'amuse en tout cas beaucoup à varier différentes ambiances suivant ce qui se passe à l'écran. Après les sensations d'éveil du quasi impressionniste ‘Finn' et l'ampleur de ‘Crossing the Gulf', ‘Paradisio Perduto' évoque avec un certain mystère et une certaine magie la découverte de la demeure perdue de Mrs. Dinsmoor. On y retrouve aussi sur la fin quelques touches impressionnistes qui rappellent le début du film, avec quelques notes discrètement chantées par Tori Amos en fond sonore.

Mais l'atout majeur de la partition reste sans aucun doute le magnifique ‘Estella's Theme', probablement l'un des plus beaux thèmes romantiques que Patrick Doyle ait écrit pour un film à ce jour. Touché par la grâce, ce thème poignant est joué avec beaucoup de délicatesse par la guitare de John Williams sur fond de cordes toute en douceur, lorsque Finn rencontre Estella pour la première fois au début du film. Doyle a toujours nourri un goût sur pour les thèmes romantiques savoureux, et Great Expectations n'échappe heureusement pas à la règle. Doyle développe ce thème tout au long de sa partition sous de multiples variantes, que ce soit par une guitare solitaire de toute beauté avec les vocalises opératiques de la soprano Janis Kelly (‘A Walk in the Park') pour un morceau classique de toute beauté, la version légère et nostalgique de ‘Pyramid of Pain', la reprise orchestrale grandiose de ‘The Day All My Dreams Came True' ou la reprise époustouflante de ‘Kissing the Rain' pour la scène du baiser sous la pluie, dans laquelle le compositeur mélange différents styles avec une virtuosité incroyable – clavecin baroque, écriture orchestrale classique et rythmique hip-hop moderne avec vocalise féminine angélique, sans aucun doute l'un des moments forts de la partition et aussi l'un des passages les plus émouvants et les plus inventifs de Great Expectations (à noter que le compositeur nous offre un morceau similaire sur fond de rythmique hip-hop moderne dans ‘The Price of Success'). Doyle nous fait clairement comprendre le but du film avec ce morceau : revisiter le classique de Charles Dickens en le réadaptant au goût du jour. L'émotion ne manque pas, que ce soit dans le piano solitaire de ‘Joe Leaves' qui montre l'isolement de Finn lorsque tout lui réussit mais qu'il n'a toujours pas réussi à conquérir le cœur d'Estella, sans oublier le magnifique aria d'opéra de ‘I Saw No Shadow of Another Parting' interprété par le grande soprano Kiri Te Kanawa, qui rappelle une fois de plus le goût de Patrick Doyle pour le répertoire classique/lyrique (cf. l'aria final de Dead Again).

Le compositeur se montre ici très inventif, allant même jusqu'à incorporer des sons proches d'un battement de cœur sur fond de vocalises opératiques lyriques dans le mélancolique et sombre ‘Planes on a Plane' lorsque Finn comprend qu'Estella a quitté le pays pour partir vers d'autres cieux plus cléments. Doyle s'offre même un détour du côté de la musique d'action avec ‘Lustig Dies' lorsque le bienfaiteur de Finn est grièvement blessé dans le métro parisien. La seconde partie du morceau nous permet d'entendre un adagio pour cordes poignant et funèbre, de toute beauté. Le compositeur y exprime une fois de plus sa très grande sensibilité dans une veine classique très raffinée. L'émotion devient plus grande dans le nostalgique ‘It Was Just My Memory of It' lorsque Finn retourne à la demeure de la vieille Mrs. Dinsmoore à la fin du film. L'album se conclut avec quelques morceaux bonus, comme par exemple un morceau de jazz particulièrement savoureux (‘By The Inch Of By The Hour') interprété par le pianiste Cyrus Chestnut, et un morceau de Big Band/Swing pour ‘The Big Trip' très entraînant, idéal pour se souvenir de l'éclectisme de la musique composé par Patrick Doyle pour le film de Alson Cuaron.

Au final, Great Expectations demeure indubitablement l'une des plus belles partitions qu'ait écrit Patrick Doyle à ce jour pour un film. Inventive, inattendue, éclectique, riche et inspirée, la musique de Great Expectations nous permet de nous replonger en beauté dans l'univers crée par Charles Dickens avec une certaine magie et une grande poésie. Doyle varie les ambiances à loisir, avec un thème principal romantique inoubliable, véritable point fort du score de Great Expectations. La musique apporte donc une saveur poétique toute particulière aux images du film d'Alfonso Cuaron, avec un compositeur plus que jamais inspiré même si en 1998, à l'époque où il compose la musique de ce film, il était déjà tombé malade d'une leucémie. C'est aussi à cela que l'on reconnaît les grands compositeurs, ceux qui arrivent à donner le meilleur d'eux-mêmes y compris dans les moments les plus difficiles de leur vie. En un mot: une BO incontournable de Patrick Doyle à posséder absolument !

Quentin Billard

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Patrick Doyle a également écrit la musique de : Beaucoup de bruit pour rien (1993) • Pars vite et reviens tard (2007) • Harry Potter & la Coupe de Feu (2005) • Nanny McPhee (2005) • Henry V (1989) • Wah Wah (2005) • Eragon (2006) • As You Like It (2007) • The Last Legion (2007) • Sleuth (2007) • L'impasse (1994) • L'île de Nim (Nim's island) (2008) • Le Bazaar de l'épouvante (1993) • Igor (2008) • Thor (2011) •

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