Calendrier des films Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusCannes 2019

EN

VOIR

PLUS

L'Etrange histoire de Benjamin Button  (2009)

The Curious Case of Benjamin Button

Concord Records (US : 23 décembre 2008, FR : 26 janvier 2009) | Original Score [musique originale]


 

Alexandre Desplat compose pour la première fois pour David Fincher, succédant ainsi à Elliot Goldenthal (Alien 3), Howard Shore (Se7en, The Game) et David Shire (Zodiac). Ce double CD propose le score ainsi que des chansons, des dialogues et de la "source music" entendus dans le film. Le français compose pour ce film de Fincher une musique à facettes, complexe et raffinée, qui déroute autant qu'elle dérange. Une semi-réussite qui fascine tout de même.



[© Texte : Cinezik] •
L'Etrange histoire de Benjamin Button

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

CD 1

1. Postcards
2. Mr. Gateau
3. Meeting Daisy
4. A New Life
5. Love in Murmansk
6. Meeting Again
7. Mr. Button
8. "Little Man" Oti
9. Alone at Night
10. It Was Nice to Have Met You
11. Children's Games
12. Submarine Attack
13. The Hummingbird
14. Sunrise on Lake Pontchartrain
15. Daisy's Ballet Career
16. The Accident
17. Stay Out of My Life
18. Nothing Lasts
19. Some Things You Never Forget
20. Growing Younger
21. Dying Away
22. Love Returns
23. Benjamin and Daisy

CD 2

1. "My name is Benjamin"
2. We Shall Walk Through the Streets of the City
3. "Some days I feel different"
4. Ostrich Walk
5. "How old are you?"
6. That's How Rhythm Was Born
7. "When was the last time you had a woman?"
8. Freight Train Blues
9. Basin Street Blues
10. "Thanksgiving, 1930"
11. If I Could Be With You (One Hour Tonight)
12. "What's your secret?"
13. Chanson Sur Staline
14. "A date which will live in infamy..."
15. Arabeske for Piano in C Major Op. 18
16. "Coming home"
17. Out of Nowhere
18. Dear Old Southland
19. "Defined by opportunities"
20. Skokiaan
21. "Things were becoming different for me..."
22. My Prayer
23. Bethena (A Concert Waltz)

Autour de cette BO

> Extraits en écoute sur le site du label

Nos articles sur cette BO

Nul doute, à l'écoute de cette partition d'Alexandre Desplat, que le compositeur français a trouvé là une certaine maturité musicale, particulièrement dans son parcours hollywoodien, déjà bien entamé. Depuis 2003, il entretient en effet une relation privilégiée avec ces histoires de cinéma où les relations entre les protagonistes sont troubles, et où un personnage en particulier exerce une fascination sur les autres (La jeune fille à la perle, Birth, Lust Caution). Cette capacité à retranscrire musicalement l'ambiguité des personnages, sous forme de volutes et de mélodies à fleur de peau, mais aussi à créer un malaise, l'ont fait particulièrement remarquer aux Etats-Unis, ou peu de compositeurs parviennent à trouver le ton juste (à part peut-être Thomas Newman). C'est sans doute pourquoi Desplat a attiré l'attention de David Fincher, qui avait besoin pour ce film d'une partition à la fois classique, raffinée, subtile évidemment, mais qui distille aussi l'étrangeté du personnage de Benjamin Button et évoque intérieurement le malaise qu'il provoque chez les autres. En ce sens, L'étrange histoire de Benjamin Button est le digne prolongement des trois partitions citées précédemment, du point de vue des thèmes convoqués mais aussi des couleurs musicales utilisées, qui sont ici variées et d'une grande richesse. Un peu comme si Alexandre avait mis toutes ses tripes dans ce score, qui serait une synthèse quasi parfaite et équilibrée entre l'originalité de sa période française avec Audiard et le classicisme un peu dérangeant des partitions hollywoodiennes citées ici. Pourtant, à trop vouloir en faire, on s'y perd un peu. Est-ce délibéré ?

Si le début du score convoque piano, clochettes et violon, pour évoquer l'enfance de Benjamin ("A New Life" rappelle l'ouverture - superbe - de Birth), instaurant une atmosphère à la fois rassurante et étrange, légère et même désuète par moments (avec le tendre mais volontairement niais "Love in Murmansk"), progressivement le score se fait plus introspectif, cherchant à faire émerger musicalement le malaise des personnages, sous l'apparence d'une mélodie innoncente qui évoque pourtant quelque chose de trouble. Cette manière d'utiliser les faux-semblants, avec des mélodies variées et toutes en modulations, est sans aucun doute le point fort de Desplat, qui préfère toujours une mélodie à un cluster de cordes pour provoquer le malaise. Il n'est cependant pas encore totalement défait de son point faible : la construction dramaturgique, conséquence d'une partition aux motifs nombreux et fragmentés (c'est du moins gênant sur le CD). Il y a pourtant du mieux, avec la reprise ici et là de thèmes esquissés plus tôt dans la partition. Une chose est sûre : le ton est juste, les couleurs cohérentes du début à la fin, et harmoniquement, Desplat n'a jamais été aussi inspiré, utilisant quantité de sonorités originales en complément de l'orchestre classique, se rapprochant ainsi parfois des expérimentations sonores de Thomas Newman, avec plus de retenue cependant (le score, dans son ensemble, reste très "classique" et même peut-être peu audacieux - une volonté probable de Fincher).

Avec l'âge adulte arrive pour Benjamin l'époque des responsabilités et des conflits : la musique de Desplat se fait plus sombre, créant un suspense avec des motifs répétitifs (rappelant ses scores de thrillers politiques tels que Syriana et The Queen) et parfois quelques percussions ("The Accident"). Le thème d'amour se fait aussi plus mélancolique, moins désuet, jusqu'à se dévoiler au grand jour, avec cordes et piano, fidèle au romantisme de l'histoire ("Nothing Lasts"). "Growing Younger" est l'occasion en revanche d'une magnifique pièce intimiste et intriguante, qui décrit toute l'étrangeté du personnage de Benjamin et l'aspect fantastique de l'histoire (il rajeunit en grandissant). Et puis, il y a toujours cette idée de la fascination pour un personnage qui subsiste, et qui est ici parfaitement retranscrite musicalement.

Reste cette impression d'un score fragmenté, qui manque de cohérence, et dont les audaces sont aussi fulgurantes que rares. Ce n'est pas la première fois chez Desplat, particulièrement à Hollywood on l'on a parfois l'impression qu'il se complaît dans une certaine retenue. Si cela fonctionne sans aucun doute à l'image, créant ce fameux trouble qui fait toute la richesse et l'intérêt de sa musique, l'écoute du disque demeure plus laborieuse, même si l'auditeur est récompensé de nombreuses mélodies et d'une grande richesse harmonique. Mais il manque encore à Desplat cette radicalité dans l'économie (de thèmes et de couleurs) qui caractérise les très grands, tels que Morricone ou Williams. Peut-être il y a-t-il une volonté inconsciente de vouloir en mettre "plein les oreilles" au spectateur, ce qui expliquerait cette surabondance de motifs et d'harmonies (problème constaté également dans son score pour Et Après). Mais n'est-ce pas ici la volonté du cinéaste (David Fincher) que de proposer une musique à facettes, à l'image du film ? Peut-être cette partition est-elle volontairement dérangeante, finalement ?

Sur le second disque consacré aux chansons, on peut entendre quelques extraits de dialogues ou de monolgues, séquençant une douzaine de titres de jazz (type big band ou brass band), évoluant dont certains interprétés par Louis Armstrong ou Sidney Bechet. Mais les styles de musique évoluent au fil des années qui s'écoulent pour le personnage, et on passe ainsi du jazz à la variété américaine rétro (The Platters) en passant par le choeur stalinien ! Ainsi, David Fincher intègre à son film les chansons populaires de l'époque, donnant une couleur particulièrement authentique à son histoire avec ce contexte musical recherché.

Sylvain Rivaud

Autres BO du compositeur

Vos avis