Calendrier des films Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusCannes 2019

EN

VOIR

PLUS

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet  (1991)

Hook

La-La Land Records (27 mars 2012) - 2 disques | Réédition



Si 'Hook' n'a pas eu le même écho ou le même succès que des oeuvres telles que la trilogie des 'Indiana Jones' ou 'Jurassic Park', il n'en demeure pas moins une partition somptueuse, une oeuvre que Williams a écrite de tout son coeur, une oeuvre réfléchie et très travaillée, mûrie par dix années de travail. Tout devait ressortir dans cette musique : l'aventure, l'émerveillement, la gaieté, mais aussi la mélancolie, la tristesse, l'émotion, etc. Williams réussi à faire ressortir chaque émotion avec une telle force qu'on pourrait même considérer 'Hook' comme son oeuvre phare dans ce début des années 90. Mieux même, l'aboutissement de toutes ces années de travail en collaboration avec Spielberg.

[© Texte : Cinezik] • 0074644888829

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

DISQUE 1:
1 Prologue 1:30
2 We Don't Wanna Grow Up + 1:50
3 Banning Back Home 2:25
4 Granny Wendy 2:57
5 The Bedroom 1:07
6 The Nursery 1:38
7 The Watch :56
8 Hook-Napped 3:56
9 A Portrait Of Wendy 1:06
10 The Arrival Of Tink/The Flight To Neverland* 6:03
11 Presenting The Hook 3:01
12 Pirates! 2:41
13 Hook Challenges PeterH 7:50
14 From Mermaids To Lost Boys* 5:13
15 The Lost Boy Chase 3:32
16 Smee's Plan* 3:25
17 Pan Is Challenged 1:20
18 Hook's Lesson 3:08
19 The Banquet 3:10
20 The Never-Feast 4:41
21 Hook's Madness 4:00
22 Follow That Shadow 2:38

DISQUE 2:
1 Remembering Childhood 11:04
2 You Are The Pan* 4:03
3 When You're Alone+ 3:16
4 Tink Grows Up 2:20
5 The Ultimate War: To War* 9:45
6 The Ultimate War: The Death Of Rufio 2:36
7 The Ultimate War: Sword Fight 5:32
8 Farewell Neverland* 11:15
9 End Credits* 6:08
10 Prologue (alternate) 1:35
11 Banning Back Home (film version) 3:14
12 Presenting The Hook (film version-extended) 4:03
13 Hook's Blues 2:17
14 Wendy Tells Peter The Truth (partly unused) 2:24
15 Exit Music (unused)  1:42

 

Nos articles sur cette BO

'Hook' restera une oeuvre importante dans la carrière de Steven Spielberg. Le projet de départ du réalisateur était de tourner une comédie musicale à partir de 'Peter Pan', la célèbre oeuvre de J.M. Barrie, et ce au début des années 80 - Disney a adapté cette histoire en dessin animé bien avant que Spielberg n'en un film. Ce dernier avait alors contacté John Williams qui se chargerait d'écrire les chansons du film. Ayant abandonné cette idée, John Williams continua à composer de la musique pour ce projet sans scénario. Une dizaine d'années passa sans que le projet de 'Peter Pan' voit le jour, mais Williams continua à travailler et à réfléchir pendant toutes ces années sur cette oeuvre musicale qui naîtra finalement en 1991 avec la version finale. Ainsi, 'Hook' se sera construit à partir d'anciens projets qui permirent finalement de donner le splendide film qu'a réalisé le 'magicien' Steven Spielberg, ainsi que la splendide partition d'une richesse infinie qu'a crée John Williams pendant ces dix années de travail sur cette oeuvre majeure dans la carrière respective des deux compères.

Evidemment, une telle partition ne peut que receler de trésors. Parmi ceux-ci il y'a les thèmes: le thème principal évoque le personnage héroïque de Peter Pan et de ses exploits qu'il peut accomplir. Le second évoque le pays imaginaire avec un aspect bon enfant, un côté émerveillé. La fée Clochette possède elle aussi son propre thème, léger et sautillant (on l'entend dans 'The Arrival of Tink') confié aux bois et à un glockenspiel qui donne le côté féerique du personnage, un thème possédant un côté malicieux et espiègle, qui rappelle d'ailleurs par moment le morceau d'ouverture du 'Main Title' de 'Home Alone', composé juste un an avant 'Hook'! Le capitaine Crochet possède lui aussi son propre thème, un thème qui se veut beaucoup plus espiègle que vraiment méchant, une sorte de petite marche que l'on entend surtout dans 'Smee's Plan'. On pourra aussi noter le thème de l'enfance avec la très belle chanson écrite par Williams sur des paroles de Leslie Bricusse, 'When You Are Alone', que chante la fille de Peter dans le film lorsque cette dernière est retenue prisonnière sur le bateau de Crochet. 'When You are Alone' et la chansonnette enfantine de 'We Don't Wanna Grow Up' (que chantent des enfants au début du film) est le fruit du projet abandonné de comédie musicale. 'Hook-Napped' est quand à lui très sombre. L'écriture orchestrale de Williams est ici très agitée, traits rapides de cordes, fluidité instrumentale qui décrit la panique des enfants (et des parents) lors du kidnapping de Crochet. A noter l'utilisation d'un petit motif de cuivres qui décrit la menace de Crochet dans cette scène.

Avec une thématique aussi importante, on ne peut que s'attendre à une partition très travaillée et abondante d'émotions. Williams commente d'ailleurs cet aspect là dans 'Hook':
"Comme toujours, j'ai construit une base thématique à partir d'éléments clefs du film. Ensuite, je les ai dispersés en fonction du scénario et des occasions qu'il me procure. Sur 'Hook', l'expression a été incroyablement affirmée car Steven a enrichi l'oeuvre de J.M. Barrie de sa propre imagination. Musicalement, j'ai suivi cet enrichissement. Le long développement de l'histoire m'a permis d'exposer toute ma plénitude thématique."

L'arrivée de Peter au pays imaginaire ('Flight To Neverland') se fait avec un côté émerveillé, aérien, rappelant le thème du pays imaginaire essentiellement aux cordes/cuivres. Mais son atterrissage en plein milieu des pirates est simplement caractérisée par un air de danse de pirates un peu folklorique et amusant (petites flûtes en duo, tambourin, violon solo, etc.) pour illustrer la présence des pirates, qui s'ensuit sur l'excellent thème espiègle de Crochet alors qu'un cortège de pirates vient lui amener cérémonieusement son crochet sur un coussin dans 'Presenting The Hook'. Si le 'Prologue' du film possède un caractère d'aventure qui annonce le thème de Peter Pan ainsi que le thème du pays imaginaire, on passe de suite à une autre ambiance dans 'Banning Back Home', morceau qui se différencie de tout le reste par son emploi du piano solo jazz, d'une petite batterie swing et d'une guitare+basse jazzy des plus cool. Le morceau illustre la vie quotidienne au boulot de Peter avec une certaine légèreté et une jovialité tranquille, une flûte venant se rajouter ensuite au lot.

Mais alors que Peter tombe dans l'eau, des sirènes viennent l'embrasser et le ramener à la surface. Williams utilise un choeur majestueux pour évoquer l'aspect féerique de ces créatures, un peu comme l'a fait Debussy dans "La Mer". Peter remonte vite à la surface et atterrit en plein milieu du village des enfants perdus. On remarquera par moment l'écriture un peu mickeymousing de la musique de Williams, sans vraiment plonger totalement dans ce type d'écriture, mais qui reste flagrant par exemple dans l'amusant 'The Arrival of Tink' et la rencontre de Peter avec Clochette. 'The Lost Boy Chase' décrit la course poursuite des enfants perdus qui se lancent après Peter, ne sachant pas encore qui il est réellement. Evidemment, ce n'est pas une course violente, et Williams la décrit de manière très amusante en utilisant un motif de cuivre enjoué qui revient pendant tout le morceau qui me rappelle par moment 'The Basket Chase' de 'Raiders of The Lost Ark'. 'The Banquet' continue cette exploration du monde fantaisiste des enfants perdus avec la scène du banquet imaginaire où Peter découvre ses pouvoirs lorsqu'il se concentre bien, Williams l'illustrant ici aussi avec un thème enjoué qui possède un côté solennel qui est tout sauf pompeux, le morceau se voulant la description d'une amusante scène où des enfants font sembler de manger. Williams nous démontre ici son talent d'écriture dans une pièce très intéressante, superbement bien écrite et d'une pêche comme Williams sait en avoir dans ses moments les plus brillants, (à noter l'emploi amusant du tuba un brin balourd pour souligner le personnage de "bouboule") un morceau oscillant entre légèreté et entrain, évoquant toute la fraîcheur de l'imagination enfantine, et qui trouve sa conclusion brillante sur l'excellent 'The Never-Feast' qui reprend ce thème du banquet.

On en arrive à 'Remembering Childhood' lorsque Peter commence à se souvenir de son enfance avec ses moments joyeux et ses moments plus tristes, le tout lorsqu'il se confie à Clochette. Williams commence sur une reprise brillante du thème de l'enfance avant de finir de manière plus douce sur les souvenirs tristes de Wendy devant une Clochette toute émue. Williams utilise aussi un autre thème qui pourrait sembler être plutôt nostalgique, très doux, avant que Peter ne s'aperçoive qu'il est en train de flotter dans l'air et qu'il arrive maintenant à voler. (petit rappel juste avant du thème du pays imaginaire en utilisant un glockenspiel majestueux couplé avec un piano). Lorsqu'il arrive enfin à voler, Williams laisse éclater en brillance son orchestre qui développe le thème héroïque de Peter Pan de manière triomphante et entraînante, bref, un passage dans lequel on retrouve notre cher grand John Williams, réutilisant au passage le superbe thème du pays imaginaire en lui donnant évidemment un côté aérien.

Mais l'émotion touche un pic avec le mélancolique 'You're The Pan', introduit d'abord par des choeurs alors qu'un enfant touche le visage de Peter et déclare qu'il est bel et bien Peter Pan, mais qu'il a simplement vieilli. On enchaîne sur une magnifique partie de cordes accompagné par une harpe avant que ne rentre la flûte qui énonce un thème d'une beauté profonde, alors que les enfants comprennent enfin qui est réellement Peter. Cette découverte touche leurs coeurs au plus profond d'eux, alors que Peter réalise encore à peine qu'il est ce personnage fantaisiste qui vole et reste un enfant toute sa vie. 'You're The Pan' constitue ce type même du lyrisme poignant comme seul maître Williams sait en écrire avec une magnifique partie de cordes touchante et une certaine mélancolie voire nostalgie profonde de cette période qu'ils ont tous vécus ensemble, Peter et les enfants lorsque Peter était encore un enfant parmi eux.

'When You're Alone' est la chanson enfantine que chante la fille de Peter sur le bateau de Crochet sur le thème de l'enfance. Véritable petit hymne à l'innocence de l'enfance, on voit d'ailleurs comment la chansonnette arrive même à émouvoir les pirates qui l'écoutent d'un air naïf. Mais l'on finit de manière épique avec 'The Ultimate War' et la bataille finale entre Peter/les enfants perdus et Crochet/les pirates. Près de 15 minutes de musique décrivent tour à tour la préparation des enfants à la bataille (début qui rappelle la rythmique de la marche de 'Indiana Jones and The Temple of Doom') avec un petit rappel du thème de Peter. Williams installe petit à petit un climat de plus en plus agité avant que son orchestre se lâche à son tour dans l'illustration de la bataille. C'est évidemment une fois de plus les retrouvailles avec le grand John Williams épique, nous sortant ses cuivres héroïques et son orchestre brillant et agité. Comme Williams le dit lui même, 'The Ultimate War' est une longue séquence très importante car elle résume parfaitement tout le travail de développement de la thématique qu'a pu fournir John Williams grâce à toute ces années de travail sur cette partition. 'The Ultimate War' oppose parfaitement les thèmes de Peter et de Crochet, mais aussi un rappel du thème de 'The Banquet" vaguement esquissé alors que les enfants s'attaquent aux pirates. On retrouve aussi quelques vagues rappels du thème de l'enfance, d'autre du pays imaginaire, etc. Et bien que seulement la moitié de cette longue séquence soit retenue sur l'album (probablement pour des questions de compilation des séquences sur le CD), 'The Ultimate War' nous plonge véritablement au sein d'un grand moment d'aventure prenant et entraînant, fruit une fois de plus de tout le travail colossal qu'a accomplit Williams sur cette oeuvre.

Le film trouve sa très belle conclusion sur 'Farewell Neverland' où Peter dit adieu aux enfants perdus du pays imaginaire pour retourner vivre sur terre auprès de sa femme et de ses deux enfants. (réutilisation du thème nostalgique entendu dans 'Remembering Childhood'). Les retrouvailles de Maggie et Jack avec leur mère est magnifique. Williams l'illustre avec un choeur féerique vraiment poignant. L'adieu entre Peter et Clochette se fait avec le rappel du petit thème espiègle de Clochette, avant que Peter ne rentre chez lui retrouver sa femme et ses enfants. Williams finit de manière optimiste et majestueuse sur le rappel du thème de l'enfance et du pays imaginaire, symbolisant ce que Peter finit par dire sur le balcon à la fin du film, c'est-à-dire que la vie est une belle aventure qui vaut la peine d'être vécue. C'est en tout cas le message que l'on pourrait ressortir de la fin de 'Hook'. L'oeuvre de John Williams va ainsi dans ce sens là: elle illumine un peu notre vie, nous permet de nous évader, de rêver naïvement de manière inoffensive, mais surtout de plonger au sein d'une aventure symphonique splendide, fruit d'un très long travail qui restera un moment clef dans la carrière des deux compères Williams/Spielberg. En conclusion, 'Hook' est un véritable chef-d'oeuvre comme on en entend rarement ces temps-ci!

Quentin Billard

Autres BO du compositeur

Vos avis