Calendrier films & séries Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusPodcasts

Le Secret des poignards volants   (2004)

House of Flying Daggers • Zhang Yimou •

• Musique composée par Shigeru Umebayashi

La musique de Shigueru Umebayashi pour Le secret des poignards volants s’affirme dans la continuité des musiques de Tan Dun pour Tigre et Dragons et Hero pour le même Zhang Yimou : instrumentarium asiatique, mélangé à un orchestre symphonique occidental plus quelques touches d’électronique.

 Interview B.O : Shigeru Umebayashi, IN THE MOOD FOR LOVE & LE SECRET DES POIGNARDS VOLANTS

[© Texte : Cinezik] •

Le Secret des poignards volants

Sortie de la BO

Sony Classical (15 novembre 2004)

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Opening Title (1:00)
2. Beauty Song (Jia Ren Qu) (2:32) *
3. The Echo Game (1:17)
4. The Peonyhouse (1:22)
5. Battle in the Forest (3:26)
6. Taking Her Hand (1:14)
7. Leo's Eyes (1:51)
8. Lovers (Flower Garden)
(2:19)
9. No Way Out (3:59)
10. Lovers (1:54)
11. Farewel No. 1 (2:42)
12. Bamboo Forest (2:36)
13. Ambush in Ten Directions (Shi Mian Mai Fu) (2:01)
14. Leo's Theme (2:36)
15. Mei and Leo (3:06)
16. The House of Flying Deggers (1:27)
17. Lovers (Mei and Jin)
(4:21)
18. Farewell No. 2 (2:49)
19. Until The End (2:55)
20. Lovers (Title Song) (4:12) +

* performed by Zhang Ziyi
+ performed by Kathleen Battle

Voir le calendrier des B.O

Autour de cette BO

Nos articles sur cette BO

La musique évoque à la fois la splendeur visuelle des décors du film et des chorégraphies oniriques, en même temps que les déboires sentimentaux du trio amoureux du film.

‘Opening Titles’ pose le décor en introduisant les sonorités exotiques du score: la dizi, flûte traversière en bambou d’origine chinoise, entame un solo doux et envoûtant à la fois. Puis, ‘Beauty Song (Jia Ren Qu)’ nous permet de découvrir l’un des thèmes centraux du score de House of Flying Daggers à travers la voix douce et suave de l’actrice Zhang Ziyi (qui est aussi l’interprète de la chanson), accompagnée ici d’une yangqin - cithare chinoise traditionnelle en forme de trapèze et constitué de 36 cordes minimum, que l’on joue à l’aide de 2 mailloches en bambou. Cette ‘chanson de beauté’ (associée à la belle Mei) annonce clairement la tonalité plus émotionnelle et sentimentale de la musique de House of Flying Daggers. Variant les ambiances avec une certaine aisance, Umebayashi nous offre ensuite un beau moment de percussions solo dans ‘The Echo Game’ pour la scène où Lin défie Mei au jeu de l’écho au début du film. ‘The Peonyhouse’ change encore radicalement d’ambiance en posant ici une trame plus orchestrale avec percussions et synthétiseurs dans un registre plus moderne et occidental – Umebayashi nous propose un brillant métissage musical tout au long de sa musique, les cultures asiatiques et occidentales se mélangeant comme pour rappeler le côté universel de cette histoire d’amour – et de l’amour en général.

Dès lors, Umebayashi a posé les bases de sa partition et va progressivement nous dévoiler les principaux thèmes de sa partition. ‘Battle in the Forest’ suggère déjà le thème de Leo joué ici par une cornemuse sur fond de percussions durant la scène de l’affrontement dans la forêt, rythmée par le son des percussions. ‘Taking her Hand’ dévoile la partie plus intime du score, comme ‘Leo’s Eyes’ avec sa flûte solitaire qui suggère déjà les sentiments naissances du personnage pour Mei. Puis, le compositeur dévoile son magnifique thème principal dans le poignant ‘Lovers – Flower Garden’, superbe ‘Love Theme’ d’une beauté frémissante, jouée ici par l’erhu (violon chinois très utilisé par Tan Dun dans Hero) accompagné par une guitare et des cordes. Délicat et sensuel, le thème principal porte ce doux parfum unique d’une Asie rêvée à travers cette toile sentimentale qui compose la partition de House of Flying Daggers (le fait que le thème commence sur les mêmes notes que le fameux thème de The Godfather de Nino Rota est certainement un hasard...). ‘Lovers’ nous permet de réentendre une très belle version de ce thème joué par un erhu solitaire. ‘No Way Out’ fait quand à lui intervenir un étrange son de cornemuse samplé sur fond de percussions, de dizi et d’orchestre sur fond d’ostinato rythmique entêtant, pour la scène où Mei et Jin s’enfuient ensemble dans la forêt pour échapper à leurs attaquants.

La partie plus action de la musique de House of Flying Daggers n’est peut être pas la partie la plus intéressante du score d’Umebayashi, mais elle n’en demeure pas moins très présente et particulièrement soignée dans le film. Mais c’est la partie plus intime comme ‘Farewell No.1’ qui attire ici toute notre attention, le saxophone soliste, accompagné par l’orchestre, suggérant une certaine mélancolie toute en finesse. A noter que ‘Farewell’ dévoile le second thème majeur du score, associé à la partie plus dramatique de cette histoire d’amour tragique. On constate aussi avec quelle aisance le compositeur varie son instrumentation tout au long de son oeuvre. Le troisième thème majeur de la partition, le ‘Leo’s Theme’, associé au personnage – tragique – de Leo, porte lui aussi cette sensation de douce mélancolie reliée aux sentiments du héros pour la belle Mei – relation qu’il sait pourtant impossible et vouée à l’échec. Le saxophone interprète ici aussi cette mélodie poignante avec une certaine retenue touchante, sur fond de cordes statiques et épurées. Signalons quelques très beaux passages comme la musique pour la scène dans la forêt en bambou, ‘Bamboo Forest’, entièrement portée par la voix éthérée de la chanteuse Tomoko Kanda (et qui correspond parfaitement au côté onirique de la mise en scène de cette séquence-clé du film), sans oublier la scène de l’affrontement, ‘Ambush in 10 directions (Shi Mian Mai Fu)’, accompagnée de façon très minimaliste par la dizi et le yangqin saupoudré d’un zest de synthétiseurs atmosphériques. On retrouve une ambiance similaire dans House of Flying Daggers avec sa dizi soliste pour la scène où Leo arrive au QG de la Maison des poignards volants, suivi d’une très belle reprise du thème principal dans ‘Lovers (Mei and Jin)’ lorsque Jin retrouve Mei une dernière fois après Leo, puis le retour du thème mélancolique dans ‘Farewell No.2’ et un ‘Until the End’ paisible avec sa voix féminine éthérée et ses cordes douces, suivi d’une dernière partie plus sombre avec erhu, guitare et cordes.

Umebayashi conclut sa partition avec une magnifique reprise de son thème principal dans ‘Lovers (Title Song)’ chanté ici par la soprano Kathleen Battle, le compositeur nous livrant là un climax émotionnel particulièrement vibrant, ‘Lovers (Title Song)’ restant sans aucun doute le morceau-clé du score de House of Flying Daggers, une partition qui devrait combler à coup sur tous les amateurs de musiques de film asiatiques, évoquant des compositeurs tels que Tan Dan, Toru Takemitsu ou bien encore Kitaro. Il ne fait aucun doute qu’un score de qualité comme House of Flying Daggers, dont la musique, parfaite sur les images du long-métrage de Zhang Yimou, survit sans problème en dehors du cadre fonctionnel du film grâce à ses qualités musicales et mélodiques indéniables – un côté raffiné, une instrumentation étoffée, un thème principal mémorable qui hante l'esprit longtemps après l'écoute, un parfum de mélancolie asiatique tout en retenue, etc. A une époque où l’inspiration vient cruellement à manquer dans une bonne partie du cinéma américain (et européen, malheureusement...), il est bon de se tourner vers d’autres horizons, le cinéma asiatique continuant une fois de plus de nous offrir de bien belles surprises comme cette très belle partition du décidément très talentueux Shigeru Umebayashi.

Quentin Billard

Autres BO de Shigeru Umebayashi


Shigeru Umebayashi a signé la musique d'autres films de Zhang Yimou : La Cité interdite (2007) •

Shigeru Umebayashi a également écrit la musique de : Le Maître d'Armes (Fearless) (2006) • My Blueberry Nights (2007) • Absurdistan (2007) • Charleston et Vendetta (2009) • A Single Man (2010) • Jours de grâce (2012) • True legend (2011) • Trishna (2012) • Comme le vent (2014) • Tigre et Dragon 2 (2016) •

Vos avis