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Indigènes  (2006)

AZ (18 septembre 2006) - 0:49:08 | Original Score [musique originale]


Indigènes est probablement l'une des musiques les plus radicales d'Armand Amar, au contraire de Va, Vis et Deviens qui développait une musique beaucoup plus rythmée et mélodique, bien qu'essentiellement écrite sur le mode mineur (comme la plupart des musiques d'Amar). Indigènes est porteur d'une certaine gravité, et ce même dans les chansons algériennes interprétés par Khaled.

[© Texte : Cinezik]
Indigènes

Tracklist

1. Ya Dzayer * (1:52)
2. L'Algerie (1:33)
3. L'attente (4:35)
4. Mort de Messaoud ** (0:51)
5. Indigènes (3:23)
6. Seul (2:06)
7. Mort du frère (2:00)
8. Ya Dzayer * (4:30)
9. Monte Cassino (6:46)
10. L'enterrement (2:54)
11. Mort d'Ali (1:03)
12. Sacrifice (5:27)
13. Nostalgie ** (1:01)
14. Sur la tombe (1:57)
15. El Babour + (5:28)
16. Retour (3:42)

Voix : Khaled
* Composé par Ahmed Wahby - Arrangement Armand Amar
** Musiques originales additionnelles (co)composées, écrites et interprétées par Khaled
+ Composé par Khaled - Arrangement Armand Amar & Mathieu Coupat

Autour de cette BO

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Avec Indigènes, le compositeur français Armand Amar compose pour un grand genre cinématographique : le film de guerre. Un film de guerre un peu particulier cependant, mis en scène par Rachid Bouchareb, auteur de Little Sénégal (2001) et producteur de tous les films de Bruno Dumont (De La Vie de Jésus à Flandres) : Indigènes est l'histoire de quatre Maghrébens qui, alors que la France est occupée en 1943, décident de quitter leur pays et leur misère pour aller sauver un pays qui représentent pour eux tous les espoirs. Qui d'autre que Armand Amar pouvait composer la musique de ce film où se mêle l'orient et l'occident, dans le contexte historique fort et poignant de la seconde guerre mondiale (contexte qu'il avait déjà mis en musique - de manière bien différente - dans l'excellent Amen de Costa-Gavras).

Armand Amar compose pour ce film une musique dépouillée, essentiellement atmosphérique, en évitant de souligner l'action pour décrire plutôt l'intériorité des personnages. En ce sens, la voix du célèbre chanteur algérien Khaled symbolise leur pays aux tirailleurs africains venus fouler le sol français pour défendre un drapeau qui est le leur dans leur coeur et leurs espoirs. Avec la piste 5, le compositeur de Costa-Gavras nous dévoile une veine dramatique encore plus profonde, mêlant choeurs féminins à des nappes de cordes et quelques percussions discrètes. Les nappes évoluent par vagues, telles ces volets aériens qui, à l'écran, nous permettent de suivre l'évolution des hommes sur le terrain (à chaque changement de lieu et de date, un paysage en noir & blanc en vue aérienne s'assombrit pour laisser place progressivement à la couleur).

Indigènes est probablement l'une des musiques les plus radicales d'Armand Amar, au contraire de Va, Vis et Deviens qui développait une musique beaucoup plus rythmée et mélodique, bien qu'essentiellement écrite sur le mode mineur (comme la plupart des musiques d'Amar). Indigènes est porteur d'une certaine gravité, et ce même dans les chansons algériennes interprétés par Khaled, où la première (piste 1) est autour de la ville d'Alger, et la dernière (piste 15) raconte l'histoire d'un homme qui traverse la mer et se retrouve seul en terre étrangère. La musique prend sens entre les scènes d'action, lorsque les personnages sont livrés à eux-même, face à leur solitude et leurs espoirs (quitter la misère et devenir quelqu'un pour Saïd, retrouver une femme et s'installer en France pour Messaoud), les quelques scènes de fusillades du film faisant plus sobrement place au silence et aux simples effets sonores.

Les connaisseurs de BO noteront au passage la forte influence du score de La Ligne Rouge de Hans Zimmer dans la partition orchestrale d'Armand Amar, prouvant une fois de plus à quel point, consciemment ou non, cette musique a profondément révolutionné l'approche du film de guerre pour beaucoup de compositeurs actuels, de tous horizons. En ce sens, on pourrait facilement rapprocher la dernière piste de l'album de Indigènes au morceau "Journey to the Line" composé par Hans Zimmer pour le film de Malick, dans la progression mélodique et les sonorités utilisées (flûtes, percussions éparses - notamment gong japonais). Si cette influence est surtout présente dans le film, elle est en revanche mois présente sur le CD, qui a la bonne idée de ne retenir que les morceaux les plus personnels d'Armand Amar pour ce film, où la fusion entre musique africaine traditionnelle et musique occidentale est réelle, créant ainsi une véritable rencontre entre l'orient et l'occident comme le compositeur avait déjà pu l'expérimenter sur plusieurs de ses oeuvres précédentes. Il est dommage de constater que sur les images, cette "rencontre" est moins fréquente qu'elle ne devrait l'être, les nappes symphoniques prenant davantage de place que les morceaux à la fois orchestraux et traditionnels, qui sont pourtant le coeur de l'originalité de la démarche du compositeur et du réalisateur. Reste un album calme et riche, apaisant, qui traduit l'esprit du film de Rachid Bouchareb sans trahir son propos et qui reste dans la continuité de l'oeuvre d'Armand Amar, même si on pourra préférer ses musiques (plus rythmées) pour Costa-Gavras, d'une toute autre intensité.

Sylvain Rivaud

Le compositeur Armand Amar (décidément très prisé ces derniers temps dans le cinéma français) a crée une partition symphonique mélancolique, lente et élégiaque pour les besoins du film, aux côtés de Khaled, célèbre chanteur de raï qui nous offre quelques magnifiques vocalises arabisantes pour les besoins du film. Le film s’ouvre d’ailleurs au son de la voix de Khaled accompagné par l’oud de Zaim Abdelouahed (sorte de luth typique de la musique du Maghreb et du Moyen-Orient), ‘Ya Dzayer’, chanson écrite par Ahmed Wahby et arrangé par Amar, qui évoque le destin de ces soldats durant la guerre. La partie orchestrale d’Amar intervient dans ‘L’Algérie’ alors que les jeunes soldats algériens sont recrutés pour partir au combat. Le compositeur met ici l’accent sur le pupitre des cordes et plus particulièrement des cordes graves avec quelques instruments à vent (clarinettes, flûtes), le tout évoquant un sentiment de mélancolie, de tragédie, de tristesse. Et c’est l’attente terrible de la première bataille pour ces jeunes soldats "‘indigènes" dans ‘L’attente’ dans lequel Armand Amar utilise des percussions japonaises et métalliques pour accentuer la tension et l’angoisse de la scène. La seconde partie, toujours aussi pesante et mélancolique, nous permet de retrouver l’orchestre avec une pulsation électronique obsédante et quelques ambiances synthétiques sombres. Hélas, ce qui frappe à l’écoute de ce morceau ce n’est pas tant l’atmosphère élégiaque et sombre qui s’en dégage mais l’incroyable ressemblance avec ‘Journey To The Line’ du score de The Thin Red Line de Hans Zimmer. A vrai dire, l’ensemble du score de Indigènes semble avoir été entièrement inspiré par la composition de Zimmer, à tel point que l’on finit par se demander où est la personnalité d’Armand Amar dans cette composition orchestrale.

Khaled nous offre une série de vocalises arabisantes magnifiques sur le poignant ‘Mort de Messaoud’, co-composé par Amar pour l’orchestre et le chanteur pour la partie vocale, un véritable Requiem aux accents arabisants particulièrement intense et fort à l’écran, lorsque Messaoud meurt vers la fin du film (spoiler oblige, merci les titres des CD qui dévoilent le contenu du film !). L'association de la partie orchestrale d'Amar et de la voix de Khaled évoque bien évidemment ici le métissage musical associé au sort de ces jeunes algériens qui se sont battus pour un pays qui n'était pas le leur mais qu'ils ont néanmoins défendu avec courage et loyauté, un mélange entre la culture musicale occidentale et orientale particulièrement juste et savoureux, bien que finalement sans grande surprise et assez prévisible étant donné le sujet traité. Le morceau Indigènes fait intervenir quand à lui des choeurs élégiaques et funèbres dans l’un des plus beaux morceaux du score, retranscrivant ici aussi les tragédies des combats et les injustices que vivent les "indigènes" tout au long du film. On retrouve ici aussi un travail des percussions proche de ce que l’on avait déjà entendu dans ‘L’attente’, avec en prime un final particulièrement poignant et émotionnellement très fort, combinant choeur et orchestre pour ce qui pourrait s’apparenter au thème principal, basé sur une cellule de 4 notes descendantes aux cordes et associé aux quatre héros du film. C’est ce sentiment de mélancolie et de solitude qui rend la partition si pesante, autant sur les images du film qu’à l’écoute du disque, comme le confirme ‘Seul’ et ses cordes sombres avec l’utilisation d’un violoncelle soliste, ou ‘Mort du Frère’ dans lequel intervient une flûte aux accents orientaux pour la mort du frère de Yassir. Ce sentiment funèbre et élégiaque se prolonge dans le long et douloureux ‘Monte Cassino’ toujours dominé par les cordes, marqué ici par l’intervention d’un alto et d’une viole soliste. La flûte soliste de ‘L’enterrement’ résonne à son tour de façon très funèbre, pour la scène de l’enterrement du frère de Yassir. ‘Mort d’Ali’, ‘Sacrifice’ et le très émouvant ‘Nostalgie’ (co-composé et interprété par Khaled sur un fond de cordes élégiaques) achève de rendre la partition particulièrement riche en émotion, autant dans le film que sur le disque. Avec ‘El Babour’, Khaled nous offre un très beau morceau de raï pour le générique de fin du film, concluant le long-métrage en beauté. Quand à ‘Retour’, il s’agit sans aucun doute de l’un des morceaux du score d’Indigènes le plus inspiré de The Thin Red Line de Hans Zimmer, sans grande imagination, hélas et bien trop proche de l’original pour susciter suffisamment d’intérêt !

Voilà en tout cas une magnifique partition orchestrale particulièrement respectueuse de son sujet mais aussi hélas bien trop proche des conventions musicales habituelles des films de guerre d’aujourd’hui. Effectivement, autant certaines critiques ont reprochés au film son côté Saving Private Ryan de Spielberg, autant on pourrait formuler le même genre de critique à l’égard de la composition d’Armand Amar, finalement pas si inspiré que cela lorsqu’on compare avec la musique de The Thin Red Line de Hans Zimmer qui a finalement sévèrement servi de modèle au compositeur, qui ne fait qu’appliquer les recettes des musiques élégiaques de films de guerre/drame d’aujourd’hui. Dans le même genre, la musique de World Trade Center de Craig Armstrong paraissait bien plus personnelle. Le fond du problème est donc là : autant les compositions de Khaled sont musicalement irréprochables et contribuent à apporter une grande touche d’émotion et d’authenticité à la musique du film, autant la partie orchestrale d’Amar transpire le manque d’imagination et nous oblige à nous questionner sur les réelles motivations du compositeur à propos de cette bande originale pourtant riche en émotion, d’autant que le score de ‘Indigènes’ est quand même bien loin de réussir à égaler le génie de la composition de Hans Zimmer pour The Thin Red Line. Maintenant, c’est à chacun de juger!

Quentin Billard

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