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Invincible  (2001)

Milan Records (2001) | Album



Hans Zimmer et son compagnon Klaus Badelt ont eu l'occasion d'écrire sur Invincible une très belle partition orchestrale essentiellement dominée par des cordes amples et lyriques. Dans la même veine que l'inoubliable partition de 'The Thin Red Line'...

[© Texte : Cinezik] •

Invincible

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-The Journey 2.45
2-Siegfried, The Iron King 2.09
3-Master Of The Occult 8.12
4-The Prophecy 1.41
5-Souls 3.07
6-Martha Lifts The Elephant 2.07
7-Visions 6.34
8-The Unknown Just 7.21
9-Benjamin Believes 2.08
10-3d Piano Concerto,
In c-minor, 2nv Mvt 3.30*
11-Ombra mai fú 3.15**
12-Sweet & Lovely 2.59***
13-You're The Cream
In My Coffee 3.13+

*Composé par
Ludwig Van Beethoven
**Composé par
Georg Friedrich Händel
***Composition et paroles de
Gus Arnheim, Harry Tobias et
Jules Lemare
+Composition et paroles de:
B.G. De Sylva, Lew Brown et
Ray Henderson

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La musique d'Invincible nous rappelle une fois de plus à quel point le compositeur allemand n'est jamais aussi motivé que lorsqu'il sort du style Hollywoodien spectaculaire dans lequel il s'est laissé un peu trop enfermer pendant de nombreuses années. 'Invincible' lui a finalement redonné l'occasion de s'exprimer pleinement avec son camarade de chez Media-Ventures qui signe une partie du score après avoir écrit la musique additionnelle sur 'Pearl Harbor', 'Hannibal', 'Mission: Impossible II', 'Gladiator', 'The Road To El Dorado', 'The Tigger Movie', 'Chill Factor', etc. après 'The Pledge', les deux musiciens renouent à nouveau leur collaboration et nous livrent un score lyrique intime et poignant. 'The Journey' débute et conclut le film avec un premier thème de cordes lors du départ de Zishe vers Berlin. Entièrement basé sur les cordes, le morceau possède déjà en soi une certaine sensibilité qui annonce le ton poétique et lyrique du score (et du film). L'ombre de Wagner semble planer sur la plupart des morceaux de Zimmer et Badelt, les deux musiciens s'étant manifestement inspiré des harmonies et du style du célèbre compositeur allemand.

'Siegfried, The Iron King' rappelle quand à lui le côté plus dramatique de 'The Thin Red Line' avec ces cordes sombres, lentes et mélancoliques à la fois. Zimmer évoque avec un côté dramatique la séquence où Zishe interprète le rôle de Siegfried pour la première fois sur scène. Si la séquence n'a rien de dramatique en soi, la musique a très vite fait de lui donner un ton quasi tragique. L'approche réalisé par Zimmer et Badelt à ce moment là est assez subtile: les deux musiciens cherchent à nous montrer que, derrière cette scène en apparence anodine se cache une vraie tragédie: celle de la montée du Nazisme personnifié par cette recherche d'identification à un héros aryen solide et fort capable de venir à bout de tous ses ennemis (sous-entendu: les juifs). Il s'agit ici d'une double tragédie car, sans s'en apercevoir immédiatement, Zishe joue le jeu des Nazis et ignore encore tout de ce qui va arriver à son peuple et ses frères dans dix ans après la prise de pouvoir d'Hitler. C'est donc grâce à la musique de Zimmer et Badelt que ces séquences au cabaret prennent une tournure dramatique saisissante, le réalisateur ayant bien pris de soin de mettre bien avant la musique des deux compositeurs dans son film (elle reste très présente et ce du début jusqu'à la fin).

'Master Of The Occult' évoque quand à lui la séquence d'hypnose d'Hanussen. Selon un principe similaire à celui de 'Siegfried, The Iron King', Zimmer et Badelt mettent en avant des cordes à la fois lentes, sombres et mélancoliques accompagné cette fois ci d'un choeur poignant qui renforce une fois encore l'âme tragique du score (et du film) avec le côté encore plus humain des voix. Ce très long morceau de plus de plus 8 minutes résume parfaitement tout l'esprit de la composition des deux musiciens de chez Media-Ventures avec, cette fois-ci, un long passage en suspend évoquant le côté mystérieux et intriguant (voire sinistre) de cette séquence d'hypnose. A noter que 'Master Of The Occult' fait intervenir le second thème du score associé au personnage d'Hanussen. 'The Prophecy' s'oriente de nouveau vers une écriture de cordes torturé à la Wagner et une montée de tension dramatique clairement tourné vers 'The Thin Red Line'. (On pense aussi à l'Adagio de Samuel Barber qui a apparemment servi de modèle d'origine aux deux compositeurs) On sent par moment l'influence du Prélude de 'Tristan et Isolde' de Wagner influer sur le style de la composition des deux musiciens (c'est particulièrement flagrant dans le morceau 'Visions' où Zimmer est à la limite de la citation). Cela peut s'expliquer pour deux raisons majeures, la première étant que Wagner a toujours fait partie des compositeurs de référence de Hans Zimmer et que son influence est notable dans des scores tels que 'The Lion King' (un motif est emprunté au thème du Graal de 'Parsifal'), 'Gladiator' ou bien encore 'The Thin Red Line' (un passage de 'Journey To The Line' est manifestement emprunté au Prélude de 'Lohengrin'). Mais au delà de l'explication des racines germaniques musicales du compositeur, on voit aussi une volonté ferme de faire référence à Wagner pour la simple raison que ce dernier était le musicien de référence durant le règne d'Hitler et des Nazis en Allemagne. Sans vouloir faire référence à ce côté péjoratif et négatif de l'utilisation de la musique de Wagner par les Nazis durant la seconde guerre mondiale, Zimmer et Badelt ont cherchés à détourner cette idée pour l'utiliser d'une façon dramatique en évoquant la montée du Nazisme et de tout ce qui y est rattaché: haine, intolérance, rejet, colère, orgueil, etc. cette subtilité semble avoir échappé à plus d'une critique, ces dernières s'étant essentiellement attaché à relier le score d'Invincible à celui de 'The Thin Red Line' sans prendre le temps de voir tout ce qui gravitait autour de cette excellente partition orchestrale; et pourtant, le lien avec Wagner est quasiment indéniable, et même si le style de Zimmer est encore fortement reconnaissable ici, son attachement à Wagner est à la fois indéniable et remarquable ici. C'est avec ce classicisme d'écriture romantique que Zimmer et Badelt arrivent à recréer l'ambiance mélancolique et dramatique du score dans le film, transformant chacune des séquences du film en peinture d'un drame humain sur le point de devenir réalité. C'est ce que les deux musiciens tentent de nous faire comprendre dans l'excellent 'The Prophecy' où Hanussen évoque sa sombre prophétie sur l'arrivée d'Hitler au pouvoir et le retour d'une nouvelle Allemagne plus puissante et plus solide.

L'apogée de l'émotion est atteint dans le superbe 'Souls', morceau incontournable du score très proche de 'The Thin Red Line'. Ce morceau d'une grande beauté confié à des cordes lyriques et quelques vents évoque la très belle séquence des méduses, une scène où la poésie de la musique de Zimmer et Badelt s'allie à la poésie inhérente de la scène du film. 'Souls' est à son tour rempli d'une inspiration Wagnérienne qui nous rappelle certains moments de 'Tristan et Isolde', 'Parsifal' ou la 'Tétralogie de l'Or du Rhin'. Il s'agit sans aucun doute du morceau de référence du score, le plus poignant et le plus captivant, un morceau très romantique au sens 19èmiste du terme. (les méduses sont comparées de manière très poétique à des âmes flottantes dans le 'vide' aquatique) 'Martha Lifts The Elephant' nous permet d'entendre de nouveau le thème d'Hanussen, plus Zimmerien d'esprit et toujours aussi dramatique. L'utilisation du choeur n'est pas sans rappeler ici certains moments de 'Peacemaker' ou 'Crimson Tide', surtout au niveau des tournures harmoniques typiques du compositeur. Le morceau accompagne à son tour la séquence où Marta soulève l'éléphant dans une mise en scène manifestement truquée (une femme seule ne peut pas soulever un tel poids) faite pour impressionner le public Nazi du cabaret. Zimmer conserve toujours ce ton dramatique que l'on retrouve dans le sombre et très Wagnérien 'Visions' avec ses cordes mélancoliques et son chromatisme torturé à la Wagner. (scènes de cauchemar de Zishe avec les crabes rouges) 'Visions' évoque la métaphore de la future 'Shoah' vue à travers l'image des crabes rouges grouillant sur des rochers avec un train leur fonçant dessus à vive allure. Si ces rêves sont encore énigmatiques pour le spectateur et le héros du film, la musique a vite fait de leur donner une dimension dramatique qui apporte une réponse à cette question: pourquoi ces rêves? La réponse est à la fois tragique et terrifiante. 'The Unknown Just' s'enfonce de plus en plus dans du mélancolique lent et résigné, Zishe revenant chez lui en Pologne après avoir vu le cadavre d'Hanussen dans des bois. Finalement, 'Benjamin Believes' et son écriture de cordes mélancoliques à souhait conclura le film sur une ultime touche de poésie saisissante (on est encore proche par moment de l'Adagio de Barber), la suite de l'album nous permettant d'entendre le magnifique second mouvement du 3ème concerto pour piano de Beethoven interprété par Marta dans le film, suivi d'un air d'opéra de Haëndel et de deux autres chansons du film.

Au final, le score d'Invincible, injustement passé inaperçu par la plupart des béophiles à sa sortie, est une oeuvre d'une beauté rare, à découvrir. Amateurs des sonorités électroniques Media-Venturiennes, passez votre chemin! 'Invincible' est un score lyrique mélancolique et poignant qui rend un bien bel hommage à Wagner et tire le meilleur de ce que les deux musiciens ont à nous offrir pour le très beau film de Werner Herzog. Sans être aussi bouleversant qu'a pu l'être la musique de 'The Thin Red Line' (un score auquel on l'a trop souvent comparé), 'Invincible' n'en demeure pas moins un score d'une qualité rare avec des harmonies Wagnériennes recherchées et une écriture raffiné, un classicisme 19èmiste qu'il est rare d'entendre encore aujourd'hui. Si certains pensaient encore que Zimmer ne savait qu'écrire que des gros scores épiques tels que 'Gladiator' ou 'Peacemaker', ils se trompent lourdement, car 'Invincible' est la preuve flagrante que le compositeur allemand possède avant tout une grande sensibilité qui lui permet d'offrir le meilleur de lui même, à condition qu'on lui donne plus souvent ce genre de projet intimiste et plus humain. Un score chaleureusement recommandé!

Quentin Billard

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