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Jusqu'en enfer  (2009)

Drag me to hell

Lakeshore (18 août 2009) - 0:52:27 | Import


 

Christopher Young retrouve Sam Raimi après INTUITIONS et SPIDER-MAN 3. Pour JUSQU'EN ENFER, Young va encore plus loin et nous offre carrément son nouveau chef-d’oeuvre, une partition symphonique absolument ténébreuse, macabre et gothique, d’une puissance renversante et d’une grande inventivité.



[© Texte : Cinezik] •
Jusqu'en enfer

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Drag Me To Hell (2:33)
2. Mexican Devil Disaster (4:33)
3. Tale Of A Haunted Banker (1:52)
4. Lamia (4:06)
5. Black Rainbows (3:24)
6. Ode To Ganush (2:23)
7. Familiar Familiars (2:11)
8. Loose Teeth (6:31)
9. Ordeal By Corpse (4:35)
10. Bealing Bells With Trumpet (5:12)
11. Brick Dogs Ala Carte (1:46)
12. Buddled Brain Strain (2:51)
13. Auto-Da-Fe (4:31)
14. Concerto To Hell (5:59)

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Dès l’ouverture du film, la musique annonce d’emblée la couleur : grande section orchestrale, choeurs grandioses, violon soliste, orgue gothique, tout est mis en oeuvre pour nous plonger ici dans une atmosphère dans une atmosphère gothique et infernale avec le thème principal, « Drag Me To Hell », qui s’apparente à un superbe concerto pour violon et orchestre (« Concerto To Hell »). Ce concerto fait la part belle au violon qui évoque clairement les sonorités de la musique tzigane/gitane (en rapport avec Mme Ganush et sa famille dans le film), accompagné de choeurs puissants associés aux enfers à la façon de « Hellraiser II ». Christopher Young nous offre ici un thème absolument grandiose et monumentale, à la fois ténébreux et lyrique, reflétant parfaitement l’univers si particulier du film de Sam Raimi. Cela faisait même depuis bien longtemps que Christopher Young ne nous avait pas offert un thème d’une telle envergure pour un film d’horreur, et force est de constater qu’il a su trouver l’inspiration dans les images maléfiques et démoniaques du film, avec ce formidable concerto des enfers et son violon tzigane tout simplement inoubliable !

La musique prend très vite une tournure clairement horrifique et cauchemardesque avec « Mexican Devil Disaster », pour le prologue du film. Le violon est de nouveau présent, avec ses intervalles de triton caractéristiques, symbole incontournable du mal dans la musique. A ce violon aux notes grinçantes et inquiétantes s’ajoute une voix féminine lointaine rappelant la mélodie du thème principal de façon toute aussi mystérieuse et inquiétante. Puis, l’orchestre devient plus sombre, plus inquiétant, avec ses sonorités instrumentales furtives et menaçantes, débouchant sur un climax atonal enragé et gothique à souhait : clusters de cuivres, percussions extrêmement agressives, cordes dissonantes, glissandi de cuivres stridents, effets électroniques étranges et choeurs ténébreux : une mise en bouche absolument savoureuse avant de rentrer dans le vif du sujet.

Christopher Young se montre très inventif tout au long de sa partition en utilisation ses différentes sonorités instrumentales de différentes façons - parfois retravaillées sur ordinateur. Le second thème de la partition est associé quand à lui à Christine Brown dans le film, et se distingue du reste du score par son côté plus intime et résolument mélancolique. On retrouve ce très beau thème de piano plus fragile et délicat dans « Tale Of A Haunted Banker ». Il évoque de façon plus émouvante le drame de Christine, dont la vie bascule finalement dans le cauchemar après que la jeune femme se soit fait jeter un sort par la vieille Mme Ganush. On retrouve ce thème dans « Familiar Familiars » et « Brick Dogs Ala Carte », des morceaux qui semblent d’ailleurs annoncer de façon plus subtile l’issue tragique du film (et aussi la relation entre Christine et son fiancé Clay). Mais ce ne sont évidemment pas ces passages intimes que l’on retiendra ici mais bien les grandes envolées gothiques de terreur pure comme le délirant « Lamia », le sinistre « Ode To Ganush », l’enragé « Lose Teeth » ou le climax de terreur total dans « Auto Da-Fe » (sans aucun doute l’un des morceaux les plus chaotiques et les plus impressionnants de toute la carrière du compositeur !). « Lamia » accompagne ainsi la délirante séquence de l’exorcisme vers le milieu du film, dans un style qui rappelle clairement les expérimentations atonales et avant-gardistes de « The Exorcism of Emily Rose ».

Ici, Christopher Young - en maître incontesté des musiques de film d’horreur - nous rappelle qu’il manipule les symphonies de l’épouvante avec une maestria incontestable. Tous les ingrédients indissociables des musiques horrifiques du compositeur sont passées ici en revue avec une virtuosité et une excitation incroyable : effets instrumentaux avant-gardistes (glissandi, clusters, vibrato sur les quarts de ton, etc.), sonorités d’orgue retravaillées sur ordinateur (son déjà entendu dans « Emily Rose » par exemple), effets aléatoires des choeurs (cris, glissandi, etc.) et même touche d’humour noire avec la danse centrale totalement déjantée, une sorte de polka des enfers accompagnée d’un violon tzigane tout bonnement savoureux. A noter que cette danse infernale est basée sur une version accélérée du thème principal : un grand moment dans la partition de « Drag Me To Hell », preuve incontestable que le compositeur possède aussi un certain sens de l’humour que l’on retrouve aussi traditionnellement dans les titres des pistes de ses albums (à ce sujet, « Drag Me To Hell » ne déroge pas à la règle !).

Et si « Lamia » ne vous a pas encore convaincu, attendez d’écouter les expérimentations avant-gardistes macabres de « Black Rainbows » avec ses gargouillis stridents de cordes ou ses chuchotements de choeur évoquant la présence de l’esprit maléfique dans la vie de Christine Brown (le morceau rappelle parfois certaines sonorités du « Dimensions du temps et du silence » de Penderecki). Comme toujours chez Christopher Young, ces mesures atonales et avant-gardistes sont clairement inspirées de la musique de Penderecki, Lutoslawski ou Ligeti, et d’une façon générale de l’école polonaise/d’Europe de l’est du milieu du 20ème siècle. Christopher Young nous démontre encore une fois sa maîtrise absolue de l’esthétique avant-gardiste/aléatoire des années 50/60 et s’en sert comme d’un outil lui permettant de véhiculer un sentiment d’angoisse, de terreur et de malaise tout au long du film (le tout non dénué d’un certain humour noir). Encore plus puissant et plus redoutable que « Lamia », « Lose Teeth » s’impose par ses élans de terreur pure et son caractère absolument chaotiques pour l’extraordinaire séquence de l’affrontement dans la voiture vers le début du film (un grand moment de cinéma "made in Sam Raimi" !). Young laisse son orchestre exploser dans une véritable sarabande de terreur pure, retranscrivant à l’écran la violence fantaisiste de la scène, non sens un certain humour noir ici aussi. On retrouve ici aussi de nombreux effets instrumentaux avant-gardistes, la bonne idée provenant de l’utilisation vers le milieu du morceau de pizz frénétiques de contrebasses qui évoqueraient presque par moment une walking bass de jazz - un élément que l’on trouvait déjà dans le « De Natura Sonoris N°1 » de Penderecki. Autre élément insolite dans le surpuissant « Lose Teeth » : une utilisation d’un cri étrange entendu vers le milieu du morceau, cri particulièrement dérangeant car réalisé de telle sorte à ce qu’il ne soit pas identifiable par l’auditeur. Et pour le plan où l’on aperçoit Mme Ganush jeter un sort sur le bouton de la manche à Christine, Young utilise ici une voix trafiquée par ordinateur et dont la fréquence a été altérée afin d’obtenir ici un timbre plus grave et surréaliste : du grand art, tout simplement, et aussi une grande démonstration de virtuosité et d’humour noir.

La terreur se prolonge dans les effets orchestraux enragés de « Bealing Bells With Trumpet » avec ses trompettes en sourdine étranges et décalées, sans oublier le violon tzigane frénétique de « Buddled Brain Strain », mais c’est avec « Auto Da-Fe » que la partition atteint son climax de terreur, sans aucun doute l’un des morceaux les plus massifs et les plus chaotiques de toute la partition de « Drag Me To Hell » : un véritable apocalypse musical d’une puissance incroyable - et aussi très éprouvant à l’écoute. La musique apporte une puissance incroyable à la scène finale avec, au passage, la présence d’un orgue gothique et ténébreux associés ici aussi au monde des enfers (« Auto Da-Fe » atteint d’ailleurs des sommets de cacophonie contrôlée et éprouvante !). Enfin, la partition aboutit au magistral « Concerto To Hell » qui développe le thème du concerto des enfers dans son intégralité pour le générique de fin du film : un autre grand moment de musique dans la partition de « Drag Me To Hell » ! Au final, Christopher Young nous rappelle encore une fois qu’il est plus que jamais le maître incontesté des musiques de film d’horreur et qu’il voue une passion sans borne pour ce style de partitions qui ont fait sa gloire depuis le début des années 80. Au cours du festival « Soncinemad » à Madrid en 2007, Christopher Young déclarait qu’il se considérait comme quelqu’un d’extrêmement chanceux, étant donné qu’il vit de sa propre passion, écrire des musiques de film, et qu’il s’agit avant pour lui d’une passion plus que d’un simple travail (voir aussi notre interview de 2006). Cette passion, le compositeur nous la retranscrit à merveille à travers les pages ténébreuses et infernales de la musique de « Drag Me To Hell » : une véritable symphonie des enfers, une oeuvre gothique de terreur pure, un chef-d’œuvre de la musique de film contemporaine, tout simplement, à découvrir de toute urgence ! Les chefs-d’oeuvre sont rares de nos jours, mais « Drag Me To Hell » fait incontestablement partie de cette catégorie de partition complexe, riche, inspirée et passionnante, un grand moment de musique de film !

Quentin Billard

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