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Lost : Saison 1  (2006)

Lost : Season 1

Varèse Sarabande (21 mars 2006) |


 

La musique, créature omnisciente sans être envahissante, oscille sans cesse entre la brutalité de la musique orchestrale et le mystère de manipulations synthétiques : elle sait même parfois être ennuyeuse, afin de refléter la morosité de la vie sur l’île. Les instruments à cordes soli sont souvent très présents, comme pour souligner la solitude des naufragés.



[© Texte : Cinezik] •
Lost : Saison 1

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Main Title * (0:16)
2. The Eyeland (1:58)
3. World’s Worst Beach Party (2:44)
4. Credit Where Credit Is Due (2:23)
5. Run Like, Um... Hell? (2:21)
6. Hollywood and Vines (1:52)
7. Just Die Already (1:51)
8. Me And My Big Mouth (1:06)
9. Crocodile Locke (1:49)
10. Win One for the Reaper (2:38)
11. Departing Sun (2:42)
12. Charlie Hangs Around (3:17)
13. Navel Gazing (3:24)
14. Proper Motivation (2:00)
15. Run Away! Run Away! (:30)
16. We’re Friends (1:32)
17. Getting Ethan (1:35)
18. Thinking Clairely (1:04)
19. Locke’d Out Again (3:30)
20. Life and Death (3:39)
21. Booneral (1:38)
22. Shannonigans (2:25)
23. Kate’s Motel (2:07)
24. I’ve Got A Plane To Catch (2:37)
25. Monsters Are Such Innnteresting People (1:29)
26. Parting Words (5:30)
27. Oceanic 815 (6:11)

* Composed by J.J. Abrams

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Adaptation moderne de Robinson Crusoé, Lost est devenue dès sa diffusion en France une série culte. Pour la première fois, TF1 programmait une série en prime-time un samedi soir : l’impact de "Lost : les Disparus" sur le public français n’en fut que plus fort. Cette histoire de naufragés perdus sur une île mystérieuse, imaginée par le créateur génial d’Alias, J.J. Abrams, a tenu en haleine quelques millions de spectateurs pendant tout l’été 2005 (la diffusion de la saison 2 est prévue pour l’été 2006). Pour certains d’entre nous, la qualité cinématographique de Lost a démontré que les séries télévisées étaient devenues un genre noble, capable de mettre le spectateur en émois, de le surprendre, avec une qualité scénaristique et formelle qui transcende de plus en plus la qualité généralement considérée comme médiocre de la majorité des œuvres cinématographiques distribuées dans le monde ces dernières années.

La musique de Michael Giacchino, éditée très tardivement par Varèse (mars 2006), est à ce titre l’un des éléments les plus importants du succès de la série Lost. On peut dire sans craindre le ridicule que les sons hallucinés et torturés de ce compositeur transgenre, qui a écrit aussi bien des musiques de films (Les Indestructibles) que des musiques de jeu vidéo (Call of Duty) et de série télévisées (Alias), composent un personnage à part entière, personnification d’une menace permanente, celle des "Autres", qui influe sur le comportement des autres personnages. La musique, créature omnisciente sans être envahissante, oscille sans cesse entre la brutalité de la musique orchestrale et le mystère de manipulations synthétiques : elle sait même parfois être ennuyeuse, afin de refléter la morosité de la vie sur l’île. Les instruments à cordes soli sont souvent très présents, comme pour souligner la solitude des naufragés. Leur sonorité est volontiers aride, dure, sèche, à l’image d’une partition audacieuse, très proche des expérimentations instrumentales des compositeurs contemporains : Penderecki, Ligeti ou Hermann (le lancinant et hitchcockien "Kate’s Motel"). Par ailleurs, Michael Giacchino sembler beaucoup aimer les sonorités subliminales : on entend souvent des bruitages, des nappes synthétiques et des instruments, objets musicaux qui semblent hors contexte mais qui, mixés très bas, apportent autre chose à l’orchestration : par exemple, de très discrètes nappes de synthèse et des accords de guitare dans "Win One For The Reaper". On entend également de nombreux sons d’onde radio, évoquant la mystérieuse radio émettrice de l’île, un autre personnage clef du mystère de Lost ("The Eyeland", "Hollywood and Vines", "Parting Words", "Proper Motivation", etc…) qui introduit par ailleurs le générique de fin.

La musique trouve sa raison d’être dans des moments bien particuliers : lors des scènes d’action et de séquences émotionnellement lourdes. Elle est réduite à sa plus simple expression dans les génériques. Une seule nappe, furtive et énigmatique, suffit à illustrer un générique très simple et très bref (une dizaine de secondes pas plus) ("Main Titles"). Cette idée de ne pas introduire la série par un générique ordinaire, chose pratiquement impensable aux Etats-Unis, où le générique représente l’identité de la série et se doit d’être un peu long, est justifiée par le sujet et les ambitions esthétiques de Lost. La force de la série réside avant tout dans la suggestion, dans le silence, dans le mystère… Le générique, cette nappe inquiétante, nous ouvre doucement les portes de la plage, sans nous brusquer, afin que nous ayions l’impression d’avoir toujours été là : le générique a donc pour vocation d‘inscrire la série dans la continuité, au lieu de borner brutalement les limites de chaque épisode.

On peut distinguer trois types de musiques dans Lost (outre ce curieux instrumental bossa nova composé par Giacchino, complètement hors contexte bien qu’il contienne des éléments du reste et que l’on entend à la 24e plage du disque : "I’ve got A Plane To Catch"): celles qui sont utilisées pour susciter des émotions tristes ou mélancoliques (1), celles dont l’objectif est d’accentuer l’angoisse des naufragés (2), et les chansons (3).

1) Deux thèmes se partagent en général les séquences tristes. Le thème de Lost aux cordes, lancinant, très douloureux, à base de mouvements obliques déchirants ("Credit Where Credit Is Due", "Just Die Already", "Departing Sun", la variation "Shannonigans", etc…), et ce battement doux en fa mineur au piano, extrêmement envoûtant ("Win One For The Reaper"), accompagné parfois par quelques notes de violoncelle ("Life and Death", qui accompagne la naissance du bébé de Claire et la mort de Boone), entendu dans le premier épisode sur le seul générique de début de la série. Chacune de ces orchestrations, variation du même thème, représente la solitude des personnages sur l’île : le premier la solitude du groupe dans son entier, soudés par le même drame, le deuxième thème celui de la solitude de chacun, en proie à ses fantômes où à une méditation intérieure (on l’entend notamment dès le second épisode "Pilot – Part II" lorsque Kate se lave dans la mer)

On entend ces deux thèmes dans une grande suite à la fin du dernier épisode de la série "Exodus – Part III" ("Oceanic 815"). Une séquence en forme d’épilogue douloureux, qui présente tous nos personnages en train de prendre place dans l’avion avant le drame, que la musique esquisse également.

Néanmoins, d’autres thèmes mélancoliques, où le piano et les cordes prédominent toujours, se font entendre ponctuellement :. "Navel Gazing" (adagio déchirant suivi par des ostinati sublimes), "We’re Friends", "Locke’d Out Again", "Parting Words" (un autre adagio pour cordes, violoncelle solo et piano).

2) Les musiques angoissantes représentent l’intérêt majeur de la partition de Lost. Le premier épisode résume à lui seul et très bien la façon dont Giacchino a illustré la menace qui pèse sur les naufragés.

Le premier thème, morceau inquiétant composé de quelques notes à la harpe et de trémolos stridents aux cordes, est aussi le premier que l’on entend dans la série. Ce thème lent, que l’on retrouvera à plusieurs reprises présente Jack. Puis un deuxième thème percussif, soulignant la violence du crash, présente les personnages de la série confronté à la nécessité de survivre. Un troisième thème accompagne la poursuite. Un quatrième thème, à base de pizzicati et de lents staccati aux cordes, de glissandi aux harpes et de percussions métalliques, dans une mélodie atonale illustre la recherche de Jack.

Le compositeur a utilisé les instruments conventionnels d’une façon tout à fait inhabituelle, et dans le cadre d’une série télévisée, complètement nouvelle. Pour exprimer l‘angoisse, la musique se fonde sur de nombreux trémolos et clusters aux cordes, de cuivres graves en crescendi dont les mélodies succintes s’achèvent dans des glissandi descendants, de nombreuses percussions qui scandent un rythme parfois irrégulier. Sur une idée de J.J. Abrams, des bouts de la carcasse de l’avion ont été utilisées comme percussions, ou dans un piano préparé ("Monsters Are Such Ininteresting People", "Proper Motivation", etc…). On remarquera plusieurs séquences d’action où les cordes du registre grave sont utilisées à nu : Michael Giacchino ne cède pas à la facilité, ne cherche pas à déchaîner la puissance de l’orchestre : il déshabille son orchestration, à la manière d’un naufragé qui avec quelques bouts de ficelles construit son radeau ("Hollywood & Vines", qu’on entend lorsque le groupe escalade la montagne). Cette orchestration subtile, aride et dépouillée ne cherche pas à souligner la mise en scène. Elle se fond dans le paysage. C’est cette humilité, associée à une gestion très intelligente du silence, qui renforce les aspects spectaculaires de la série.

3) Les chansons sont la plupart du temps préexistantes. Leur utilisation demeure rarissimes. Elles datent toutes d’avant l’année 2004, date à laquelle les héros du "Lost" s’écrasent sur l’Ile. Ces chansons cessent d’accompagner les péripéties des protagonistes sur l’Île au moment où le baladeur d’Hurley s’éteint, faute de piles. Ces musiques sont donc synchronisées à l’image comme si elles étaient diégétiques.

Bien entendu, impossible de ne pas mentionner les musiques originales censées être composées par le groupe de "Drive Shaft" dont Charlie est le bassiste, morceaux très proches de l’esthétique pop-rétro du groupe anglais Oasis : le chanteur du groupe s’appelle Liam et est le frère de Charlie ! Les textes stupides de "You All everybody", qui devaient originalement être écrits par l’interprète de Charlie, sont fondés sur une phrase prononcée par une femme dans le talk show Phil Donahue. L’expression, devenue un running gag lors du tournage, a servi de base pour les paroles du tube de Drive Shaft.

La musique a été ensuite composée par Jude, qui a utilisé les notes que chantent Charlie avec une voix de fausset, sur le modèle de Prince, dans l’un des premiers épisodes. Le résultat est à la fois accrocheur et mièvre : tout à fait approprié puisque "Drive Shaft" est un groupe certes célèbre mais loin d’être original.

L’intégrale de la saison 1 (17 heures de programmes) est disponible dans un seul coffret Buena Vista Home Entertainment de 24 épisodes. L’un des bonus montre pendant une dizaine de minutes le travail de Michael Giacchino sur cette série.

La musique a été éditée par Varèse Sarabande. On notera que le listing, plein d’humour, joue beaucoup sur les mots ("Locke’d Out Again", "Thinking Clairely", "Bonneral", "Shannonigans", etc…).

Damien Deshayes

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